|  
43K Abonnés
  |   |  

Jean-Luc Pipon, l’un des fondateurs du journal, nous a quittés

Le Courrier de Russie est en deuil

Quand le téléphone a sonné, ce fut d’abord le choc. Pourquoi lui ? Il y eut un espoir, avant qu’il disparaisse brutalement, comme le compagnon de route qui vient de nous quitter. Montaigne, qui avait le culte de l’amitié, définissait ses Essais comme « un registre commenté de morts diverses ». L’histoire de notre journal est une chaîne d’amis et aujourd’hui ils se relaient pour partager leur peine et rendre hommage à Jean-Luc Pipon, mort dans la matinée du mardi 23 janvier, entouré des siens à Paris. Jean-Luc aimait Sainte-Beuve, il en avait l’érudition, la saveur des mots, le goût de l’histoire et des lumières religieuses. Cet avocat infatigable savait faire l’éloge de la vertu à toutes heures du jour ou de la nuit.

Nous sommes nombreux à avoir reçu de lui ses conseils avisés dans cette Russie tumultueuse mais aussi pleine de promesse. Quand il la découvre pour la première fois en 1992, il comprend qu’il veut y passer une partie de son existence. En 1995, il s’installe à Moscou et découvre un autre monde, où l’humilité et la persévérance lui serviront de boussole. Tant de souvenirs nous reviennent en mémoire, de partage, de griserie, de dossiers à régler ou encore d’horaires à retarder. S’il ne fallait en garder qu’un, c’est notre premier dîner avec Laurence dans les cartons, avant qu’elle ne devienne son épouse, à la maison Igoumnov. La famille s’agrandira avec l’arrivée d’Éléonore et d’Alexandra, et s’investit dans de nombreux aspects de la vie communautaire. Jean-Luc s’engage dans la création de la Chambre de commerce, les Conseillers du commerce extérieur et dans votre journal.

Mais une autre partie de sa vie était ailleurs. Non uniquement dans son bureau, ni dans des conférences ou réceptions qui enchantaient certains d’entre nous. Ailleurs : dans les livres. La littérature classique et la poésie étaient sa passion, son jardin secret. Mais aussi dans son bocage normand au cœur de cette ruralité qu’il aimait tant. Parfois, il voyageait vers cet autre monde qui l’arrachait à la médiocrité, à l’ennui du monde réel ou à la brutalité du monde des affaires. Notre amitié est née d’une confiance réciproque entre trois hommes. De son ouverture d’esprit et de son élégance héritée d’un seigneur de Jersey qui le rendait si attachant. Si nous partagions ensemble l’imaginaire, la fantaisie, le rire, nous parlions aussi de théologie, de politique, d’histoire ou des bernaches(1). En nous réunissant il y a 16 ans, nous allions lancer ce titre qui nous unit encore aujourd’hui.

Dans son dernier éditorial, Jean-Luc nous avait annoncé : « Que l’aventure continuera d’être formidable ». En parfait latiniste, il savait manier l’étymologie et le double sens, à « ce qui doit arriver » en latin ou au « destin » en vieux français. Ce coup-là, notre officier parachutiste ne l’avait pas prévu. Ce grand esprit, cet ami disponible, si bienveillant, si drôle aussi, nous manquera cruellement ; mais son regard malicieux, son sourire affectueux planeront toujours autour de nous.

(1) « Les bernaches (branta bernicla hrota) sont des oies sauvages qui nichent tantôt en Sibérie, tantôt au Mont Saint-Michel et dont on peut donc se demander si elles sont russes ou normandes ».

Emmanuel Quidet et Philippe Pelé-Clamour, fondateurs du Courrier de Russie, Jean-Claude Galli, directeur général, et toute l’équipe de la rédaction présentent leurs sincères et profondes condoléances à son épouse Laurence et leurs deux filles, à sa mère, à ses frères et à toute sa famille. La messe de funérailles aura lieu ce samedi 27 janvier à 14h30 à l’église Saint-Sulpice, place Saint-Sulpice, 75006 Paris. L’inhumation aura lieu dans la stricte intimité familiale au cimetière de Saint-Germain-de-Livet.

Philippe Pelé-Clamour, Emmanuel Quidet

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *