Faits divers littéraires… ou pas

Avez-vous déjà remarqué que, presque systématiquement dans les romans de Dostoïevski, vient à un moment ou à un autre une scène au cours de laquelle un personnage jette des billets, au choix : par terre, au feu, ou à la figure de quelqu’un ? Les raisons ne sont pas forcément les mêmes, mais dans tous les cas, à l’argent est opposée une idée supérieure, une chose à laquelle on peut sacrifier ce bien matériel pourtant essentiel.

J’ai lu, cette semaine, une brève de presse russe qui m’a fait repenser à ces nombreux accès de pyromanie dostoïevskiens. Un article de quelques lignes à peine, venant préciser le lieu et les circonstances d’un fait divers tenant en une phrase :

Sébastopol. Ivre, il met le feu à un distributeur de billets pour se réchauffer un peu.

Outre la tranquillité et la facilité avec laquelle notre homme semble avoir commis son forfait (pas si étonnantes, au fond : n’oubliez pas cette jeune femme dont j’ai parlé il y a quelque temps, qui avait incendié un camion en rentrant de boîte de nuit pour se réchauffer les mains), c’est surtout l’objet choisi qui m’a surprise. D’une part, parce qu’à première vue, ce n’est pas le barbecue le plus simple du monde à allumer et, d’autre part, bien évidemment, du fait de son contenu – qui implique d’ailleurs souvent une vidéosurveillance.

Qu’a-t-il donc bien pu passer par la tête de cet homme éméché ? Y avait-il une revendication anticapitaliste secrète derrière son geste ? Ou bien celui-ci était-il totalement irréfléchi ? Le héros de cette histoire a-t-il seulement songé à Dostoïevski ? Tant de questions, aucune réponse, un protagoniste à la psychologie hermétique, l’argent pour victime : tout un faisceau qui m’a conduite, moi, à songer au fameux auteur.

J’ai quelques scrupules à vous faire partager les autres brèves de presse insolites de cette semaine, leur fil rouge étant incomparablement plus trivial… Mais si vous souhaitez tout savoir, allons-y : la compagnie aérienne Pobiéda a renvoyé l’un de ses directeurs adjoints suite à un drôle de scandale survenu en novembre. Un pilote aux commandes d’un vol intérieur Moscou-Ekaterinbourg, visiblement fana de foot, a voulu montrer à sa manière son soutien à un joueur pris dans une affaire de vidéos intimes ayant fuité. C’est ainsi qu’il a bravement adapté la trajectoire de son avion pour dessiner dans le ciel un… pénis géant. Pas vraiment du goût de la compagnie, dont le directeur général est lui-même dans la tourmente à cause de cette initiative.

Bien que ce thème ne soit pas des plus élégants, il rejoint un autre scandale ailleurs en Russie ce mois-ci, à Novossibirsk où, comme chaque année, on assiste au retour de la controversée patinoire de forme phallique – ce n’est pas moi qui l’invente, j’ai vu plusieurs titres de journaux exposant l’affaire en ces termes. Nombre d’internautes, essentiellement sibériens, arguent cependant qu’il s’agit là de la forme de la Sibérie, du moins du district fédéral portant ce nom. D’autres, plus malicieux, persistent à penser que c’est fait exprès… Je préfère ne pas prendre parti.

Pour ne pas vous laisser sur ces deux notes peu distinguées, je vous abandonne dans les forêts du nord-ouest russe, où les hommes politiques s’adonnent parfois à d’étonnantes activités :

Région de Leningrad. Un député de Russie unie arrêté alors qu’il tronçonnait des rails de chemin de fer pour les emporter chez lui.

1 commentaire

  1. Gainsburg a bien allumé un billet de 500 Francs de l’époque devant la TV et provoqué l’incompréhension des bobos et bien-pensants médiatiques ou lamdas !!! il avait des parents émmigrés de Russie , je crois ! la survie est toujours plus urgente qu’un billet, quel que soit sa valeur ! Quand au camion, j’aurais tenté de rentrer dedans et mettre le chauffage d’abord.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *