2021 : les défis de la politique étrangère russe


L’année 2021 s’annonce difficile pour tous les pays – en espérant qu’elle ne soit pas aussi dramatique que celle qui s’achève. À l’international, la Russie est attendue sur un certain nombre de dossiers.

Partout dans le monde, l’heure est venue pour les experts de dresser les listes des menaces et défis de toutes sortes qui attendent l’humanité en général, ou tel pays et telle région en particulier, en 2021. La Russie ne faisant pas exception, elle sera confrontée, elle aussi, à un certain nombre de difficultés auxquelles le Kremlin devra trouver les réponses appropriées. Et si ces dernières dépendent essentiellement du développement économique et social, les dossiers brûlants de politique étrangère ne manquent pas.

Tentons donc de définir les principaux objectifs de la Russie à l’international. Restons néanmoins réalistes et efforçons-nous de ne pas exiger de Moscou ce qu’elle n’est pas en mesure d’accomplir. Autre précision importante : par « politique étrangère », nous n’entendons pas uniquement la « diplomatie ». En d’autres termes, la feuille de route que nous proposons n’engage pas seulement le ministère des Affaires étrangères.

1. Traité New Start. Sans accord, le format d’un contrôle bilatéral russo-américain des armes stratégiques s’effondre. Le président élu Joe Biden a fait part de sa volonté de proroger le traité existant aux mêmes conditions. Il n’a toutefois pas précisé le nombre d’années sur lequel porterait l’engagement. Par ailleurs, le temps presse : la prestation de serment de M. Biden est prévue le 20 janvier prochain, et le New Start arrive à échéance le 5 février. Les deux parties n’auront donc que deux semaines pour s’entendre.

2. Moratoire sur le déploiement de missiles à portée intermédiaire en Europe. S’il semble inconcevable de faire renaître le traité FNI sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, formellement dénoncé par Washington puis par Moscou l’année dernière, le respect de facto de ses clauses n’a rien d’impossible. Rappelons que la Russie est prête à élargir le moratoire à ses missiles 9М729 (dont la portée est l’objet d’un débat entre Russes et Occidentaux), à la condition que l’OTAN écoute ses récriminations concernant le déploiement en Europe des lanceurs verticaux Mk41.

3. Sommet P5. Dès le début de 2020, la Russie a appelé à la tenue d’un sommet rassemblant les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Celui-ci n’a pas eu lieu, mais la proposition garde toute son actualité. Son ordre du jour inclurait les questions de stabilité stratégique ainsi que les conflits régionaux sur lesquels une position du Conseil s’impose. En cas de succès, un tel sommet pourrait constituer une solide base de travail pour un renforcement de la gouvernance mondiale.

4. Restauration du volet militaire dans les travaux du Conseil OTAN-Russie (COR). En avril 2014, les pays membres de l’OTAN ont cessé toute coopération militaire avec la Russie, ce qui s’est traduit notamment par le gel du dialogue dans le cadre du COR. Les critiques de cette décision soulignent à juste titre qu’elle n’implique pas l’arrêt total des contacts. Autant qu’il soit permis d’en juger, du côté occidental, on observe les prémisses d’un retour progressif à des échanges réguliers. Il s’agirait là d’une avancée majeure pour la sécurité en Europe.

5. Inclusion de la Russie dans le Pacte vert pour l’Europe. L’année prochaine s’annonce décisive pour la coopération entre Moscou et Bruxelles sur les questions climatiques et environnementales. La plupart des projets communs en matière d’économies d’énergie, de développement des énergies renouvelables ou encore de recyclage des déchets, ne sont pas concernés par les sanctions européennes en vigueur contre la Russie. Ils doivent donc jouer un rôle moteur dans les relations bilatérales.

6. Transition politique en Biélorussie. Il va sans dire qu’un changement de régime en Biélorussie est l’affaire du peuple biélorusse. Toutefois, la position russe est de nature à accélérer ou, au contraire, à freiner les processus en cours. Moscou aurait tout intérêt à favoriser des changements cohérents et modérés, et à faire en sorte que 2021 soit une année charnière dans le développement de l’État biélorusse. Au contraire, soutenir le statu quo comporterait de sérieux risques politiques.

Minsk (Biélorussie), le 13 septembre 2020. Des policiers anti-émeutes bloquent une rue lors d’un rassemblement de l’opposition. Photo : Natalia Fedosenko/TASS

7. Donbass. Malheureusement, aucun progrès décisif n’a pu être enregistré en 2020 dans la solution du conflit dans l’est de l’Ukraine. Il est probable qu’aucune évolution profonde ne se produira l’année prochaine non plus. Il faut donc éviter tout retour en arrière et protéger les acquis : stabilité sur la ligne de contact, respect du cessez-le-feu, échanges réguliers de prisonniers.

8. Haut-Karabagh. Le Kremlin peut s’attribuer le mérite de la fin des hostilités dans le Caucase du Sud au début de novembre. Cependant, le potentiel conflictuel y demeure élevé, le statut du Haut-Karabagh n’est toujours pas fixé, et la Russie n’est pas à l’abri de se voir prise entre les feux des reproches des deux belligérants – l’Arménie et l’Azerbaïdjan. L’année 2021 doit voir le début d’un règlement politique de la crise, et c’est à Moscou d’en prendre l’initiative en qualité de garante extérieure du processus.

9. Élargissement des débats au Conseil de l’Arctique. Au printemps 2021, la Russie prendra la présidence du Conseil de l’Arctique pour deux ans. Ce sera l’occasion, d’une part, d’empêcher l’enlisement de cette institution dans l’opposition géopolitique mondiale entre Orient et Occident ; et d’autre part, d’approfondir la réflexion, notamment sur les questions de développement économique et social et d’amélioration des conditions de vie dans l’Arctique.

10. Achèvement du gazoduc Nord Stream 2. La réalisation de ce projet controversé constituerait une victoire majeure pour la Russie. Cela démontrerait également la capacité de l’Union européenne à tenir tête aux États-Unis, en dépit des menaces de sanctions. Enfin, cela ouvrirait de nouvelles perspectives à la coopération économique entre la Russie et l’Union.

11. Accords OPEC+. Au printemps dernier, l’alliance entre les membres de l’OPEC et d’autres pays exportateurs de pétrole – dont la Russie – a permis, avec le soutien de Donald Trump, d’éviter un effondrement prolongé des cours des hydrocarbures. De bonnes relations entre Moscou et Riyad seront encore nécessaires, l’année prochaine, afin d’assurer la relative stabilité des prix et de maintenir le baril autour de 50 dollars – le niveau optimal pour le secteur énergétique russe.

La réalisation du projet de gazoduc Nord Stream 2, actuellement en suspens à une centaine de kilomètres des côtes allemandes, constituerait une victoire majeure pour la Russie. Photo : NORD STREAM 2/AXEL SCHMIDT

12. Diversification des partenariats économiques avec la Chine. En 2020, la Russie a su éviter un effondrement des volumes commerciaux. Il n’empêche que la structure des échanges avec son voisin asiatique est dépassée et exige une rapide diversification. Par ailleurs, l’année prochaine, Moscou et Pékin auront pour tâche de mettre en place de nouvelles chaînes technologiques bilatérales et de lancer des projets d’investissements importants.

13. Réformes économiques et politiques en Syrie. L’année 2021 verra l’élection présidentielle syrienne, qui sanctionnera l’évolution du pays au cours des sept dernières années. Après le scrutin, la Russie disposera de différents moyens d’action afin de stimuler l’économie locale et d’encourager la formation d’un système politique plus inclusif – notamment par la prise en considération des travaux du Comité constitutionnel.

14. Crise des relations russo-turques. Ankara demeure un partenaire important de Moscou, mais leurs positions diffèrent radicalement sur un certain nombre de dossiers : Syrie, Libye, Méditerranée orientale, Haut-Karabagh, Crimée… Un des enjeux de 2021 sera, pour la Russie, d’éviter toute dégradation des relations sans pour autant accepter trop de concessions.

Bien entendu, cette liste – sans doute subjective – ne saurait prétendre à l’exhaustivité. Par définition, elle n’inclut pas les événements imprévus qui ne manqueront pas de survenir, exigeant une réponse ad hoc rapide. À l’inverse, on aura tôt fait de la trouver trop ambitieuse. Disons-le donc clairement : que la moitié des objectifs de cette feuille de route se réalisent, et l’on pourra parler, en décembre prochain, d’année réussie pour la politique étrangère russe.

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