Une présidente pro-UE en Moldavie : Moscou garde espoir

En Moldavie, la candidate pro-européenne et anticorruption Maïa Sandu a été élue présidente de la République, le 15 novembre dernier, face au sortant, Igor Dodon, proche de la Russie.

Cette économiste de formation, ancienne ministre de l’Éducation nationale (2012-2015) et Première ministre d’Igor Dodon (juillet-novembre 2019) est la première femme élue à la tête de la Moldavie, petit pays d’Europe de l’Est coincé entre l’Ukraine et la Roumanie. Comme à chaque élection, la politique étrangère du pays était au cœur des débats pendant la campagne. Il faut dire que, depuis l’effondrement de l’URSS, les gouvernements prorusses et pro-occidentaux se succèdent à Chisinau. 

Au lendemain de l’élection, Vladimir Poutine a félicité la nouvelle présidente, « espérant qu’elle contribuerait au développement constructif des relations » entre leurs deux pays, « dans l’intérêt des peuples russe et moldave ». Son porte-parole, Dmitri Peskov, a souligné, de son côté, l’importance d’établir « de bonnes relations de travail » entre Moscou et Chisinau.

Dès le 18 novembre, Mme Sandu a rencontré l’ambassadeur de Russie en Moldavie. Elle a déclaré vouloir entretenir avec Moscou des relations « positives, pragmatiques et solides ». « J’espère que notre coopération sera fertile. De bonnes relations avec la Russie résoudront les problèmes importants des Moldaves », a-t-elle ajouté. Les questions économiques devraient servir de base à cette relation : « Nous nous sommes mis d’accord pour commencer rapidement à travailler sur la prolongation du régime d’exception aux droits de douane pour un certain nombre de produits moldaves », a-t-elle annoncé. 

Des liens importants mais non exclusifs

Globalement, la presse russe a souligné cette volonté de coopération de la part d’une présidente ouvertement pro-européenne. Pour le quotidien économique RBC, les sujets ne manquent pas : les accords commerciaux bilatéraux, la diaspora moldave installée en Russie (357 000 personnes selon Chisinau), ou encore le conflit en Transnistrie – région sécessionniste tournée vers la Russie, où Moscou compte un millier de soldats. 

« La Moldavie serait en difficulté sans la Russie. »

Kommersant s’est plus intéressé à la disparité de la population moldave, révélée par le scrutin. Le quotidien souligne que 85,8 % des électeurs de Transnistrie ont voté pour le président sortant. Les expatriés, dont 250 000 se sont exprimés dans les urnes, ont au contraire très majoritairement soutenu la gagnante (88 %). Des chiffres extrêmes, qui tranchent avec les résultats finaux – 57,7 % contre 42,3 % pour M. Dodon. Les Izvestia notent, de leur côté, qu’en dépit des déclarations pré-électorales d’Igor Dodon, anticipant des tentatives de fraudes de l’opposition, le scrutin s’est déroulé dans le calme et sans contestation.

Le politologue Kirill Koktych souligne, toujours dans les Izvestia, que la Moldavie se retrouve, pour une fois, avec un président et un parlement pro-européens. Cela signifie-t-il que Chisinau tournera définitivement le dos à Moscou ? « La Moldavie serait en difficulté sans la Russie », affirme le chercheur. Selon l’Observatoire de la complexité économique, la Russie est le deuxième partenaire commercial de la Moldavie, avec 918 millions de dollars d’échanges en 2018 (contre 2 140 milliards pour la Roumanie…). 

Au contraire, pour Forbes, ce scrutin entérine la perte d’influence de Moscou à Chisinau et, plus généralement, dans la Communauté des États indépendants (CEI).

Meduza insiste enfin sur l’image d’« incorruptible » de Mme Sandu et sur les nombreuses réformes de son programme social : justice, retraites, développement économique… 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *