Trois faits divers pour relativiser votre début d’hiver

On me rétorquera peut-être à la lecture de ce titre que l’hiver n’a pas encore officiellement commencé, puisque nous ne sommes qu’en novembre ; certes, mais n’avez-vous pas, pour autant, une sensation d’hiver ? Ce froid dont on avait perdu l’habitude, cette nuit qui tombe en fin d’après-midi, ce confinement qui nous prive des quelques divertissements destinés à oublier la saison qui arrive ? N’est-ce pas suffisant pour se croire en hiver, et même, pour se dire : « Mon hiver commence mal » ?

Si cela peut vous consoler, sachez qu’il y a des chances pour que votre hiver se passe moins mal que celui d’un certain nombre de Russes dont j’ai lu l’histoire dans les journaux cette semaine. À l’étudiant confiné qui me lit pour oublier sa déprime, j’aimerais ainsi conter l’histoire de son homologue originaire de la région d’Omsk, qui vient d’écrire à son député pour se plaindre des cours en ligne obligatoires. Ceux-ci, dispensés sur Zoom, nécessitent en effet une connexion internet robuste : or, que faire lorsqu’on n’a pas internet chez soi, et que les bibliothèques et autres cyber-cafés sont fermés ? La seule solution de notre malheureux ami est de suivre les cours des heures durant au seul endroit où il réussit à capter la 4G : au sommet d’un bouleau de huit mètres de haut. Il précise, dans sa lettre, avoir déjà attrapé une double pneumonie, et tout en compatissant à son malheur, j’avoue n’avoir pu m’empêcher de rire en l’imaginant perché, solitaire, au milieu des corbeaux, à se demander s’il valait mieux taper sa question sur un point obscur du cours, ou rester dans l’ignorance mais garder ses moufles.

À mes lecteurs déprimés par le nombre grandissant de contrôles de police sur les routes françaises, je pose la question : préférez-vous, à l’angoisse d’être contrôlé, celle de passer derrière le camion qui sable la route pour éviter le verglas, et découvrir que celui-ci sème également des os humains parmi lesquels un crâne ? C’est ce qui est arrivé aux habitants de la région de Novossibirsk.

L’entreprise ayant sablé la route avait été mandatée par les autorités locales. Sans attendre les conclusions de l’enquête, une source non-officielle d’Interfax indique que la société serait allée se servir en terre non loin d’un cimetière. Tous les ossements ont évidemment été retirés de la route, et les habitants en ont été quittes pour un malaise persistant en prenant leur voiture les jours suivants.

Ce sont peut-être vos enfants qui souffrent de voir que les écoles n’ont finalement pas fermé, et qui traînent des pieds jusqu’à leur salle de classe le matin ? Ils peuvent avoir une pensée pour les écoliers russes de Carélie, qui s’apprêtent à vivre des sorties scolaires plutôt glauques : dans le cadre de sorties labellisées « Week-ends patriotiques », on assistera prochainement à l’ouverture de la reconstitution en plein air d’un camp de concentration finlandais pour enfants, où ils pourront découvrir le quotidien des jeunes de leur âge. Ce n’est pas tout : on n’oubliera pas de leur proposer de participer à des « jeux militaro-patriotiques », et ils auront également droit à des « leçons de bravoure ».

Il est certes bien difficile de se consoler en se disant qu’au moins, on n’est ni assis en haut d’un arbre par moins dix, ni en train de rouler sur un fémur en rentrant du travail, ni en pleine bagarre ludique dans un camp de concentration pour juniors. Pour tromper l’ennui ou le sentiment d’inutilité qui pourrait vous envahir, je vous propose donc également d’opter pour l’acte héroïque, comme ce député de Novossibirsk qui a traversé un lac gelé allongé sur un matelas gonflable afin d’aller sauver un canard… au moins, ça fait des choses à se raconter (au téléphone, et avec un masque).

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