Brèves de presse gogoliennes

Coronavirus ou pas, les périodes rythmant l’année s’enchaînent implacablement, voire se chevauchent – et je le dis en connaissance de cause, ayant reçu avant même la Toussaint un catalogue de jouets pour Noël. Dans la presse russe commencent également à arriver les premières brèves « spécial fêtes de fin d’année », où des faits divers absurdes ou sordides se jouent sur fond d’une poétique atmosphère de flocons et de cadeaux.

C’est à Kovrov, dans la région de Vladimir, que s’est déroulée l’inauguration de cette série revenant immanquablement chaque année. Une grenade a explosé sur un marché, blessant deux hommes et une femme ; le coupable a été interpellé rapidement, et il est apparu que celui-ci… portait un costume de Ded Moroz, le Père Noël russe. Si l’enquête a fait apparaître que son acte était motivé par la jalousie, la question de son étonnant accoutrement est cependant restée en suspens.

Comme nous ne sommes encore que le 4 novembre, c’est la seule info à coloration « Noël » de la semaine, le reste des brèves de presse étant plutôt, cette fois, une série gogolienne. Dans la région d’Otradnoïé, nous avons ainsi un revival du Revizor : un habitant du Kouban, invité sur place par une association au rôle trouble, a présidé une série de rencontres avec les locaux. Ceux-ci, le prenant pour un conseiller du gouverneur, lui ont posé des questions sur la gestion de la ville et fait part de nombre d’inquiétudes quant à leurs situations. Notre homme y a répondu vaillamment, allant de rencontre en rencontre sans jamais lever le malentendu, sans jamais non plus prendre de véritables mesures face aux problèmes évoqués lors des assemblées. Aucun article ne précise comment il a finalement été démasqué, mais son franc-parler détonnant est peut-être en cause : il a en effet, au cours d’un plaidoyer particulièrement intense, dit son envie d’« étouffer comme des chatons les patrons qui se font plein de fric et n’ont jamais à répondre de leurs actes ».

Nous quittons le Revizor pour migrer vers les Âmes mortes, qui ont quant à elles connu leur variante à Astrakhan lors d’un procès le mois dernier. Un officier de police avait dressé quatre procès-verbaux à un habitant pour activité commerciale non déclarée, alors que le mis en cause était… mort. Simple erreur administrative ? Pas du tout : l’officier de police était parfaitement informé du décès, ce qui ne l’a pas empêché de se montrer zélé au point de faire exister administrativement sa victime, tel un Tchitchikov des temps modernes.

La dernière brève de presse insolite de la semaine nous transporte dans les Nouvelles de Saint-Pétersbourg, puisqu’elle trouve son cadre dans la capitale du nord, en pleine nuit, et met en scène un héros à la psychologie étonnante. Précédemment en état d’ivresse, mais ne l’étant plus au moment des faits, celui-ci a avisé une voiture de police stationnée non loin dans la rue, et, baissant son pantalon, s’est assis sur le capot. Ce qui m’a le plus intriguée dans cette affaire somme toute sans grand intérêt est le traitement qui en a été fait par le journal Fontanka dans lequel j’ai lu l’information : celui-ci précise en effet que les policiers sont arrivés alors que l’homme « se délectait du contact de ses fesses sur le métal », et cette formulation trop compréhensive pour ne pas en devenir absurde vaut pour moi plus que l’anecdote elle-même : les meilleures brèves de presse russe, c’est parfois la presse russe elle-même…

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