Au feu !

Cette semaine s’ouvre en Russie le procès du lycéen qui a incendié son établissement scolaire en janvier dernier afin de ne pas avoir à retourner en cours. J’avais évoqué ce fait divers il y a quelques mois, et retomber dessus à cette occasion m’a laissée songeuse : pourquoi trouve-t-on, en Russie, autant d’événements petits ou grands liés au feu ?

Ne serait-ce que dans l’histoire : Moscou a brûlé lors des invasions mongoles, puis sous Ivan le Terrible, sans oublier le fameux incendie à l’arrivée de Napoléon, et encore, il ne s’agit là que de quelques exemples pris parmi des dizaines d’autres : il existe d’ailleurs une interminable page Wikipédia exclusivement dédiée aux incendies de Moscou dans l’histoire, c’est dire !

Cela étant, qu’une ville brûle en cas de guerre ou d’invasion n’a rien de très exceptionnel. En revanche, le rapport des Russes au feu est largement plus… intense, dirons-nous, que le nôtre. Ainsi, on pense en France que le feu peut avoir des vertus purificatrices : en Russie, on met la chose en pratique, et pas seulement pour cautériser des plaies sur un champ de bataille. L’écrivain Nicolas Gogol, auteur bien connu des Âmes mortes et du Revizor, est aussi l’auteur moins connu d’une idylle romantique qui fut plus que mal reçue par la critique. Meurtri, le jeune auteur dont c’était le premier écrit n’a pas seulement racheté tous les exemplaires dans les magasins (ce qui est déjà quelque chose), il les a tous brûlés dans la cheminée d’une chambre d’hôtel !

Le passé est passé : apprécions donc ce qui se fait à notre époque. Toujours dans le domaine littéraire (enfin, d’une certaine façon), nous avons un homme de soixante-trois ans, originaire de Perm qui, en juin dernier, a brûlé la maison des parents d’un de ses amis, sous prétexte que celui-ci avait refusé de lui prêter des livres. L’incendie vengeur a visiblement été pour lui une cathartique purification intérieure, face à ce qui vous apparaît peut-être comme un affront bien minime en comparaison de l’ouragan qui en a résulté, mais n’oubliez jamais que celui qui sème le vent récolte la tempête.

Notre héros est par ailleurs loin d’être un cas isolé. En août de cette année, c’est un caissier de Saint-Pétersbourg qui, en rentrant chez lui, a été agacé par la manière dont des gens étaient garés sur un parking. Comment passer ses nerfs tout en faisant œuvre de salut public ? En brûlant deux voitures, pardi !

J’ai évoqué récemment un Russe qui allait se faire du thé dans les bâtiments administratifs de la ville, puisque son électricité avait été coupée par erreur et que personne ne s’occupait de lui. Sans surprise, ce pacifique Dr Jekill oublié des pouvoirs publics a son Mr. Hyde en la personne d’un compatriote qui, en 2016, a mis le feu à un bâtiment administratif car il ne parvenait pas à trouver du travail.

Sachez cependant que les Russes ne sont pas tous aussi à l’aise qu’on pourrait le croire avec le fait de déclencher des incendies : si cela réussit à certains, comme ce jeune homme qui, à Krasny Kout en 2016, a mis le feu au balcon d’une jeune femme pour qu’elle sorte de chez elle et continue à discuter avec lui, d’autres ont été effrayés de leur propre audace. Ainsi, l’année dernière, un homme redoutant d’essuyer un refus en retournant voir son ex a déclenché un incendie dans la résidence de celle-ci pour pouvoir l’éteindre lui-même et, ce faisant, l’impressionner et la reconquérir. Il a finalement pris peur à la vue du feu et s’est enfui. Comme quoi, nous ne sommes pas tous nés pour brûler notre capitale…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *