Écotourisme : les Russes se mettent au vert

En 2020, la fermeture des frontières liée à la crise du coronavirus a contraint nombre de Russes à rester dans leur pays pour les vacances. Pour certains, cela a été l’occasion de découvrir un nouveau mode de voyage de plus en plus populaire : l’écotourisme. 

Marina et Vladislav partent habituellement en vacances à l’étranger. Cette année, ce couple de Moscovites a opté pour le Caucase et tenté l’expérience « éco » avec un séjour à l’éco-hôtel Victoria, dans le village d’Arkhyz. « Malheureusement, nos craintes concernant l’écotourisme russe se sont vérifiées : il n’y avait rien d’éco là-bas. J’ai surtout l’impression que l’écotourisme est un prétexte utilisé par les hôteliers pour proposer le service minimum : nous n’avons pas eu d’eau chaude pendant plusieurs jours, aucun petit-déjeuner n’était prévu, le ménage n’était pas fait quotidiennement dans les chambres… », déplore Marina. 

Le propriétaire de l’hôtel, Azamat, n’est pas d’accord : « Nous avons l’air frais de la montagne et des produits naturels. Ce n’est pas écologique, ça ? ». Il rappelle que le tourisme est une activité récente dans la région, ce qui peut expliquer le caractère rudimentaire des infrastructures. En revanche, l’environnement est préservé : « Nous sommes dans une zone protégée, il est interdit d’y construire des hôtels depuis 2013, explique-t-il. On ne peut pas non plus abattre d’arbres, il est donc impossible de construire un bâtiment un peu spacieux. Les gardes forestiers passent une fois par semaine pour vérifier qu’on ne jette pas de déchets dans les fossés. » 

Prairie près du village d’Arkhyz, dans la république de Karatchaïévo-Tcherkessie. Photo : Denis Abramov/RIA Novosti

Écologique ou pas, le Victoria est en tout cas convivial. Sous une tente plantée à côté de l’établissement, la famille d’Azamat s’active : ses sœurs préparent le pain, le lagman (un ragoût de nouilles, de viande et de légumes) et de savoureuses brochettes. En face, sous une autre tente, son beau-père vend du miel, du thé, des peaux de mouton et des tcherkeska, les manteaux traditionnels caucasiens. Tandis qu’Eldar, son cousin, propose des promenades à cheval. 

« Nos activités intéressent même des locaux ! Avant, tous les petits Caucasiens savaient monter à cheval dès l’âge de sept ans. Désormais, ils ne savent même pas dans quel sens se met une selle », constate le jeune homme. 

Les écofermes : comme chez grand-mère, mais plus cher 

Un autre exemple d’écotourisme : l’agrotourisme, qui propose de passer plusieurs jours dans une ferme. Les visiteurs peuvent traire les chèvres, rentrer les vaches et même conduire un tracteur. 

« Il y a peu de monde, c’est ce qui m’a attirée », raconte Anastasia, originaire de Tcheliabinsk, qui a passé quelques jours dans une ferme près de Vladimir. En août, Anastasia est allée en famille à Anapa, au bord de la mer Noire. Des hôtels et des cafés bondés de touristes, des rues et des plages sales : elle a tenu deux jours. « Ce n’étaient vraiment pas des vacances ! Nous avons alors décidé d’essayer quelque chose de nouveau », confie-t-elle. 

« Les prix sont plus élevés dans les écofermes qu’à Moscou. On ne risque pas de se goinfrer ! »

Dans les écofermes russes, comme il se doit, les déchets produits par l’activité agricole sont transformés en engrais, les levains utilisés pour fabriquer le lait et le fromage – qui se veulent certifiés bio –, et il est interdit d’utiliser du plastique pour la construction des infrastructures.

« Nous essayons d’obtenir l’écocertificat délivré par l’entreprise suisse Ecoglobe. Des observateurs visitent régulièrement nos installations et contrôlent la qualité de la production », explique Alexandre Konovalov, propriétaire et créateur de la première écoferme de Russie, Konovalovo, située à l’ouest de Moscou. Il lui a fallu environ un million de dollars pour lancer cette entreprise en 2009, et cela se ressent sur les prix, au dire des visiteurs. 

L’écoferme Konovalovo, située à l’ouest de Moscou. Photo : konovalovo.com

Maxime, un jeune homme originaire de Kazan, raconte : « J’imaginais que séjourner dans une écoferme serait comme être chez ma grand-mère quand j’étais petit : je pourrais boire des litres de kvas maison [une boisson fermentée traditionnelle, ndlr] et cueillir des cerises dans le jardin. C’était naïf de ma part : les prix sont plus élevés dans les écofermes qu’à Moscou. On ne risque pas de se goinfrer ! ». 

Malgré tout, selon Alexandre Konovalov, l’afflux de touristes aurait augmenté de 20 % cette année. En 2020, plus de 4 000 personnes ont déjà visité sa ferme. « Les gens viennent de partout. Cet été, on a même eu des touristes en provenance du Kamtchatka et de Vladivostok », explique-t-il. 

Glamping : allier nature et confort 

Pour ceux que les dépenses n’effraient pas, il existe encore plus onéreux que l’écoferme, le glamping (contraction de « glamour » et de « camping »). Une nuit sous une tente en forme de dôme futuriste brillant, un chapiteau meublé, une cabane d’artiste ou une tente de safari revient ainsi entre 30 et 275 euros. En Russie, cette forme de villégiature bénéficie aussi du tampon « éco ». Les normes appliquées par les propriétaires de ces lieux ne sont pourtant spécifiées nulle part… 

« Le terme écotourisme s’applique en fait à tout type de vacances dans des sites naturels et relativement isolés, explique Alexeï Dmitriev, manager au sein de l’agence de voyage moscovite Amadeus. Les normes encadrant cette activité sont souples et assez générales, ce qui permet à un large spectre d’entreprises de s’en revendiquer afin d’attirer la clientèle. » 

« On nous a quand même servi à manger dans de la vaisselle en plastique… »

Cette année, la hausse de la demande pour l’écotourisme et le glamping en Russie a notamment été stimulée par la création d’un agrégateur d’offres regroupant les destinations les plus variées, de la Carélie à la Crimée, en passant par la région de Moscou et le Kamtchatka. 

« J’ai vraiment été impressionnée par le service. À la réception, nous avons eu droit à une bouteille de champagne (pas très écolo… ndlr) parce qu’on nous a fait patienter un peu. Et puis ça n’a rien à voir avec une destination touristique russe traditionnelle, où les gens sont égoïstes, où tout le monde hurle, où personne ne respecte rien. Ici, les gens étaient tous sympathiques et polis. Je pense même organiser mon mariage en glamping », raconte Daria, qui a séjourné en septembre au Sentier Vert, à Toula (170 kilomètres au sud de Moscou). 

Selon Daria, les glampings valent le détour pour leur cadre et l’originalité de leurs installations, mais aussi pour leur programme d’activités. Chaque soir, le Sentier Vert organise une projection de film, des mini-concerts autour d’un feu de camp ou des tournois de volley. « Je n’ai jamais vu ça dans les hôtels fréquentés par les Russes à l’étranger, se rappelle Margarita, une amie de Daria. Mais c’est vrai qu’il est difficile de parler d’écotourisme : on nous a quand même servi à manger dans de la vaisselle en plastique… » 

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