Adultes sans enfant : attention à la taxe !

Face à une démographie russe en berne, l’idée de taxer les personnes sans enfant a refait surface ces derniers temps en Russie.

À l’antenne de la radio Govorit Moskva, Tatiana Boutskaïa, présidente de l’Union des mères, s’est récemment prononcée pour une taxe « symbolique », de 300 à 500 roubles mensuels (un peu moins de 5 euros) applicable aux hommes et aux femmes « en âge de procréer mais n’ayant pas d’enfant ».

« Nous parlons bien sûr de ceux qui font le choix délibéré de ne pas procréer, précise-t-elle. Ils refusent de donner de l’amour ? Eh bien, qu’ils paient ! Certes, personne ne fera d’enfant dans le seul but d’échapper à un impôt aussi faible. Mais cela fera prendre conscience aux gens de la portée de leur décision… »

Tatiana Boutskaïa rappelle ainsi la crise démographique dont la Russie peine à sortir : selon les dernières prévisions gouvernementales, la population russe (environ 146 millions de personnes en incluant la Crimée) baissera d’1,2 million d’ici à 2024. « Si l’on n’agit pas sérieusement pour augmenter la natalité, notre nation pourrait disparaître », alerte-t-elle.

« Cet impôt a existé en URSS, sans empêcher la baisse de la natalité. »

Sur les réseaux sociaux, les réactions négatives fusent par centaines. « D’une certaine manière, une femme seule peut toujours avoir un enfant — grâce à l’insémination artificielle. Mais un homme célibataire n’a pas cette possibilité-là », écrit un lecteur du quotidien RBC en commentaire d’un article. « Les personnes sans enfant sont de fait déjà taxées, puisque les parents bénéficient d’un abattement de 1 400 roubles (15 euros) sur l’impôt sur le revenu », ajoute un autre internaute.

L’idée de Tatiana Boutskaïa ne fait pas non plus l’unanimité au sein du clergé orthodoxe. « En principe, une taxe porte sur un bien ou un privilège. Mme Boutskaïa sous-entendrait-elle que la non-procréation en est un ? Il faudrait plutôt parler d’amende… », écrit sur Telegram l’évêque Savva de Zelenograd.

À la Douma non plus, on ne déborde pas d’enthousiasme : « Cela ne servirait à rien. Cet impôt a existé en URSS, sans empêcher la baisse de la natalité », écrit le député Anton Gorelkine sur Telegram.

Une vieille histoire

En effet, cette idée n’est pas nouvelle. En novembre 1941, quelques mois après l’entrée en guerre de l’URSS contre l’Allemagne nazie, un prélèvement obligatoire sur les hommes (de 20 à 50 ans) et les femmes (de 20 à 45 ans) sans enfant est mis en place par Staline. Initialement fixé à 6 % du salaire, l’impôt s’applique à presque toutes les catégories sociales — avec des exceptions pour les travailleurs les plus modestes, les parents ayant perdu un fils au front, ainsi que les moines à partir de 1946.

« Gloire à la mère-héroïne », poster soviétique de Nina Vatolina (1944). Photo : Pinterest

La mesure disparaît avec l’URSS au début des années 1990, mais depuis, des voix s’élèvent périodiquement en faveur de sa réintroduction. C’est le cas du prêtre Dmitri Smirnov en 2013, puis du président du parlement de Bachkirie, Konstantin Tolkatchev, en 2019. Chaque fois, l’argument invoqué est celui d’une démographie russe chancelante.

Depuis 1990, le taux de fécondité russe n’a jamais atteint une seule fois le seuil de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme en âge de procréer). Depuis 2018, la faible natalité n’étant plus compensée par l’immigration, la population russe a diminué de 135 000 habitants, atteignant 146,7 millions au début de l’année 2020. Selon les scénarios les plus pessimistes de l’ONU, ce chiffre pourrait chuter à 124 millions d’ici à 2050, puis à 84 millions d’ici à 2100.

Seuls 9 % des Russes ne veulent pas d’enfant par principe.

Pourtant, les Russes, dans leur majorité, souhaitent devenir parents. En 2019, une étude du Centre Levada indiquait que 55 % d’entre eux aimeraient avoir plus de deux enfants et 27 % au moins un. Seuls 9 % ne veulent pas d’enfant par principe.

« Taxer les gens qui ne veulent pas avoir d’enfant ne serait pas une mesure efficace. C’est le manque de stabilité et de confiance en l’avenir qui fait chuter la natalité », affirme Inna Sviatenko, présidente du comité sénatorial aux affaires sociales. Elle rappelle également les efforts mis en œuvre par le gouvernement et la réévaluation de l’allocation de maternité au début de 2020.

Le ministère des Finances a d’ailleurs déclaré, dans un communiqué, qu’aucune taxation des adultes sans enfant n’était actuellement envisagée.

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