Les 1001 nuits à Vladivostok : les mystères de l’Extrême-Orient

La première du ballet Les Mille et une nuits s’est tenue à Vladivostok (Extrême-Orient) sur la scène locale du théâtre Mariinsky, qui vient de rouvrir après le confinement. Les mesures sanitaires (un siège occupé sur deux, prise de la température à l’entrée…) n’avaient pas été oubliées, et les masques cachant le visage des spectateurs donnait au public un côté mystérieux et oriental qui cadrait parfaitement avec le spectacle…

La « scène du Primorié » du célèbre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, construite à Vladivostok en 2012, est l’un des théâtres les plus modernes de Russie. Perché sur une colline, le gigantesque cube de verre reflète à la fois le ciel et la mer du Japon. Sa grande salle, qui peut accueillir plus de 1 300 spectateurs, bénéficie d’une acoustique exceptionnelle, saluée tant par le public que par les artistes.

Plus qu’une simple curiosité touristique, le théâtre est devenu l’un des principaux centres culturels – voire spirituels – de Vladivostok depuis que la troupe du Mariinsky et son directeur Valeri Guerguiev ont investi les lieux. À la fin d’août, il accueillait la 5e édition du festival international annuel « Mariinsky », créé en 2016 à Vladivostok. Avec, en ouverture, Les Mille et une nuits.

Élevé au soleil du sud

Ce ballet est né à Bakou en 1979, à l’initiative du compositeur azerbaïdjanais Fikret Amirov, des dramaturges Maksoud et Roustam Ibraguimbekov et de Nela Nazirova, qui en fut ensuite la chorégraphe et metteuse en scène.

Le théâtre Mariinsky de Vladivostok. Photo : Wikimedia Commons

L’exotisme oriental a toujours été synonyme de séduction. Mais ce spectacle haut en couleur, à la musique puissante et mélodieuse et aux thèmes fantastiques, célèbre également la raison, le triomphe du bien sur le mal et la noblesse des cœurs. Autant d’éléments qui ont assuré son succès sur de nombreuses scènes en URSS et à l’étranger.

Eldar Aliev, maître de ballet en chef du théâtre de Vladivostok, porte un intérêt particulier à ce spectacle. Né à Bakou où il a étudié et commencé sa carrière de danseur, il a été élevé au soleil du sud, à la brise marine et aux flots de la mer Caspienne. Fin connaisseur de l’esthétique et de la musique azerbaïdjanaises, dont il aime à souligner la grande richesse, il a su plier ses racines orientales aux exigences de ce temple du ballet classique qu’est le Mariinsky.

À Vladivostok, il offre aux spectateurs une vision hollywoodienne du ballet. La musique, la chorégraphie et les décors s’inscrivent dans le style des miniatures arabes. « Ce n’est pas la première fois que je travaille sur le thème des Mille et une nuits, mais ce spectacle-là est différent, estime Eldar Aliev. La musique d’Amirov est incroyablement belle, rythmée et pittoresque. Elle évoque immédiatement les personnages typiques, hauts en couleurs, des contes de Shéhérazade. »

« C’est l’Orient fantastique et passionné des contes que nous voulons montrer. »

Venu de Bakou, le chef d’orchestre Eyyub Kouliev connaît parfaitement la partition et sait en révéler toute la valeur. Reconnaissons-lui le talent d’avoir su faire jouer presque « sans accent » une musique azerbaïdjanaise à un orchestre russe… Le costumier Piotr Okouniev, de son côté, a recréé un Orient bigarré et romantique. « C’est l’Orient fantastique et passionné des contes que nous voulons montrer, confie-t-il. Quelque 200 costumes ont été confectionnés pour ce ballet à partir de tissus très variés : de la soie la plus fine au velours et au jacquard. Il y a beaucoup de broderies différentes, dont certaines sont des créations originales de nos ateliers. »

Un spectacle passionné

Le spectacle commence avec une ouverture multimédia (signée du vidéaste Vadim Doulenko) et la projection d’un vieux grimoire animé. On y suit le récit d’événements dramatiques, de batailles sanglantes, rythmées par la musique autant que par les coups tranchants des lames étincelantes des guerriers. Puis le rideau se lève…

…De retour de la chasse, le roi Sharhyar surprend sa femme dans les bras d’un esclave. Sa vengeance s’abat sur l’infidèle Nourida, mais, furieux, il en veut désormais à toutes les femmes. Seule Shéhérazade parvient à adoucir son cœur trahi. Toutes les nuits, Shéhérazade lui raconte une histoire, dans laquelle les femmes sont douces et tendres et les hommes protecteurs, tandis que triomphent l’attraction mutuelle, l’altruisme, l’amour et la fidélité.

La première du ballet Les 1001 nuits à Vladivostok, le 14 août 2020. Photo : prim.mariinsky.ru

Le spectateur est émerveillé tour à tour par l’intensité du « monologue » de Shahryar, puis par les pas de deux acrobatiques des ballerines, qui semblent à peine toucher le sol. Elles glissent d’une position à l’autre dans les bras de leur partenaire, redescendent tête la première, effleurant du nez le plancher de la scène, pour remonter l’instant d’après sur l’épaule de leur cavalier.

« Le rôle est tellement saturé de ces portés au-dessus de la tête, qu’au début, j’avais tout le temps mal aux mains, raconte Sergueï Oumanets, interprète du rôle de Shahryar. Il y a également un véritable travail d’acteur à effectuer, car il faut montrer l’évolution du caractère de Shahryar au fil de l’histoire. »

Aux côtés de Sergueï Oumanets, on retrouve la sensible Lilia Berejnova dans le rôle de Nourida et Anna Samostrelova dans celui, plus technique, de Shéhérazade. Elles alternent les représentations avec trois danseurs de Saint-Pétersbourg, Roman Beliakov, Ekaterina Tchebykina et Renata Chakirova.

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