Chroniques scolaires insolites

L’accessoire phare de la rentrée va incontestablement être le masque. Y compris, sans doute, dans les écoles, où des trafics sont d’ailleurs à prévoir entre ceux qui auront plus de style que d’autres (en dépit de tout bon sens hygiénique). Si la Russie n’a pas rendu son port officiellement obligatoire dans les établissements, nombre de régions l’ont cependant fortement recommandé.

Ce petit morceau de tissu permet évidemment de se démarquer. Vous n’avez encore croisé personne portant un masque Louis Vuitton trois fois plus cher que le vôtre ? Cette petite marge de manœuvre pour se singulariser n’est pas rien dans les écoles russes : depuis 2013, le port de l’uniforme y est obligatoire, et il arrive régulièrement que ceux qui cherchent à se démarquer d’une autre manière se fassent reprendre.

Lors de la rentrée précédente, un écolier admirateur du joueur de foot Zlatan Ibrahimovic avait ainsi réalisé son rêve en adoptant la coupe de cheveux de son idole : cheveux rasés sur les côtés, mèche finissant en petit catogan sur la partie centrale du crâne. Notre aspirant sportif avait fait la une du Siberian Times, moins pour cette coupe que pour l’argument mis en avant par l’école qui lui avait intimé d’en changer : « Il ressemble à un membre des Jeunesses hitlériennes. » Il est vrai que le jeune garçon n’avait pas encore la pilosité et la noirceur capillaire de la célébrité mondiale à laquelle il souhaitait ressembler : son teint frais et ses cheveux blonds lui ont valu d’avoir une dégaine de jeune nazi aux yeux de la directrice, qui l’a renvoyé chez le coiffeur avant de l’autoriser à revenir en classe.

Photo : siberiantimes

Si les écoliers commettent parfois des faux-pas le plus innocemment du monde, comme notre héros, il arrive aussi que les enseignants s’attirent les foudres des élèves ou de leurs parents en croyant bien faire. Ainsi cette institutrice d’Ekaterinbourg qui, l’an passé, avait déclenché un scandale avec une méthode peu conventionnelle pour débusquer un coupable : obliger tous les CP à écrire « cul » au tableau pour pouvoir, en comparant les écritures, déterminer qui avait écrit « cul » au tableau pendant la récréation. Une autre, à Krasnodar, avait défrayé la chronique en obligeant un élève à baiser le sol natal, après que celui-ci eut déclaré « ne pas aimer la Russie ».

Et quand ce ne sont pas les enseignants, ce sont les écoles elles-mêmes : vous préféreriez vous pendre plutôt que d’aller à la kermesse de fin d’année de votre progéniture ? Sachez qu’inconsciemment, certains établissements aimeraient eux aussi voir les élèves morts et enterrés plutôt que de les avoir encore sur place en juin. Je dis inconsciemment, car l’école de Krasnoïarsk dont je vais parler avait fait l’effort de préparer un gâteau pour eux, et même d’afficher dessus une photo du visage de chacun, imprimé sur… une pierre tombale. Patatras. Voyez plutôt :

Photo : ngs24.ru

« Nos enfants sont associés à des tombes !, se sont plaint les parents, ça ferait dresser les cheveux sur la tête de n’importe quel adulte. » Je vous laisse donc avec la photo ci-dessus et celle-ci-dessous, vous proposant ce dilemme culinaire pour occuper votre semaine : préféreriez-vous, si vous étiez écolier, manger un gâteau avec votre tête imprimée sur une pierre tombale plantée dessus, ou vous couper une main comestible de cette version pâtissière du cadavre de Lénine, qui avait fait sensation dans une galerie d’art en 1998 ?

Photo : Viktor Velikzhanin / TASS

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