Action, réaction

J’ai croisé récemment, dans un supermarché de Bourgogne, une petite famille en plein drame. Les parents sommaient leur dernier rejeton de mettre un masque, avec un argument choc : « Tu ne veux pas mettre ton masque ? Tu veux tuer Papa et Maman, c’est ça ? » Passant mon chemin, je me suis interrogée sur la portée traumatisante de cette question rhétorique dans l’esprit d’un petit de quatre ans, et n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec les enfants russes qui, d’après ce que je lisais dans la presse, me semblaient quand même moins mis sous pression par le spectre Covid.

C’était oublier que ledit spectre n’est pas la seule menace qui occupe les esprits : le même jour, j’ai lu le récit d’une séance de prévention du terrorisme qui a tourné au drame dans la région de Tioumen. Il faut savoir que les Russes enseignent une matière appelée « OBJ », acronyme de « Osnovy Bezopasnosti Jiznedeiatelnosti », qui pourrait se traduire par « Fondamentaux de sécurité des activités courantes ». Dans le cadre de cette discipline, on apprend des choses aussi diverses que les gestes de premiers secours, les moyens de rester en bonne santé par son alimentation et son mode de vie, l’obligation militaire des citoyens et, dans le cas qui nous intéresse, comment réagir aux situations extrêmes.

Les écoliers de la ville d’Ichim ont eu droit à une séance qui, à en croire le gouverneur de la région, « enfreignait tous les principes pédagogiques » : durant le cours ont fait irruption des hommes en treillis, cagoulés, munis d’armes à feu, qui ont simulé une prise d’otage. Visiblement, la leçon sur les situations extrêmes était encore trop fraîche dans la tête des enfants : l’un d’eux a eu une crise de panique, et les enseignants ont dû faire venir une ambulance pour le prendre en charge. Le « jeu pédagogico-pratique », ainsi que l’a appelé l’école, a tourné court.

Savoir quelle est la bonne réaction à adopter dans une situation extrême ou contraignante est cependant un véritable apprentissage de la vie, et rester positif en toutes circonstances compte parmi les stratégies possibles. À Ioujno-Sakhalinsk, des habitants abandonnés par leurs gouverneurs successifs ont ainsi trouvé le moyen de rire un peu de leur malheur.

Il y a en effet au moins un quart de siècle qu’ils demandent à la ville de régler un problème littéralement de taille : la présence, depuis vingt-cinq ans, d’une flaque absolument gigantesque, occupant toute la largeur de la chaussée au niveau du 10, rue de l’océan Pacifique. Ils lui ont d’ailleurs consacré une page sur Instagram : « Je suis une flaque, y lit-on, et pas seulement une flaque, mais la plus grande, la plus ancienne et la plus majestueuse flaque du quartier. Voilà déjà 25 ans que les pouvoirs publics n’arrivent pas à venir à bout de moi. » Et il est vrai que, lorsqu’on voit la photo, on ne peut s’empêcher de trouver une certaine majesté à cette flaque qui a quelque chose de l’océan Pacifique :

Photo : Instagram / @ya_luzha_u_doma

Je note par ailleurs que ce n’est pas la première fois que des Russes célèbrent une flaque avec un certain respect : en 2016, des habitants de Novossibirsk avaient apporté un gâteau et des ballons pour le premier anniversaire d’une flaque locale, et en mai dernier à Kovdor, un concours de la plus grande flaque avait été lancé sur les réseaux sociaux. Quitte à ne jamais pouvoir s’en débarrasser, autant s’en enorgueillir et en faire une curiosité ! Que les Parisiens agacés par des travaux interminables en prennent de la graine.

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