Moscou : le livre gratuit fait recette

Le 11 août dernier, la mairie de Moscou a lancé la quatrième édition de l’opération Livres déréférencés, qui permet aux habitants de la capitale de récupérer gratuitement les vieux livres des bibliothèques.

« Au cours de leur inventaire annuel, les bibliothécaires retirent du fonds les références qui doivent être remplacées. En général, il s’agit de livres qu’ils ont en plusieurs exemplaires, ou trop usés pour être prêtés. Plutôt que de les mettre au rebut, nous avons choisi de les donner », explique le responsable du développement culturel de la mairie de Moscou.

L’objectif est double pour les conservateurs : faire de la place aux nouvelles acquisitions, tout en fidélisant les habitants de la capitale.

Pour en acquérir (pas plus de dix par personne et par jour…), il suffit de s’inscrire sur le site des bibliothèques municipales, knigi.bibliogorod.ru, et de sélectionner les ouvrages convoités, à retirer dans l’une des 169 bibliothèques participantes.

Lecteurs tout-terrain

En quatre ans d’existence, ce dispositif a permis de distribuer gratuitement près d’un million d’ouvrages de toutes sortes : sciences, histoire, informatique, littérature… Cette année, les 162 000 livres proposés devraient encore une fois rapidement disparaître.

« Les gens ont pris l’habitude de ne plus payer pour lire. »

Il faut dire que les Russes sont des lecteurs passionnés et assidus. Selon un sondage du Centre russe de l’opinion publique (VtsIOM), 53 % d’entre eux lisent quotidiennement.

En 2017, une photographie prise dans le métro moscovite et montrant la plupart des voyageurs d’une rame absorbés dans d’épais volumes avait fait le tour des réseaux sociaux. « Ils lisent debout, jusque dans le métro ! », s’extasiait Layla, une Américaine. « Quatre livres pour trois téléphones portables… Beau ratio », ajoutait le Brésilien Mario.

Dans le métro de Moscou, station Place de la Révolution. Photo : Robert Montgomery/Flickr

Selon la mairie de Moscou, un habitant sur neuf possède une carte de lecteur et fréquente régulièrement une bibliothèque. Fermées pendant deux mois en raison de l’épidémie de coronavirus, les salles de lecture ont été prises d’assaut dès leur réouverture, le 16 juin dernier.

« La reprise s’est très bien passée, confirme Svetlana Dranitsa, responsable de la bibliothèque Alexeï Tolstoï, avenue Koutouzov. Les thrillers marchent très bien : Michel Bussi, Jo Nesbø, Mary Torjussen, Agatha Christie… Les gens sont en demande de livres faciles, au ton léger. »

Quand les libraires font grise mine

Cet optimisme est loin d’être partagé par les libraires, dont 40 % n’ont pas rouvert à la fin du confinement, selon le syndicat du secteur. Et la faute n’en revient pas nécessairement au commerce en ligne : « Il y a toujours une demande de livres, mais le vrai problème, c’est la baisse du pouvoir d’achat », affirme Sergueï Roubis, chef de projet de la maison d’édition AST.

« Depuis la crise, les dépenses culturelles sont passées au second plan, estime Katia, vendeuse à la librairie Molodoïa Gvardia, dans le centre de la capitale. Et puis, il devient de plus en plus compliqué de faire accepter l’idée que le livre a un prix. Que ce soit en bibliothèque ou en téléchargeant gratuitement des livres électroniques sur internet, les gens ont pris l’habitude de ne plus payer pour lire. »

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