Transition énergétique : la Russie pense à l’hydrogène

Vanté depuis plusieurs dizaines d’années pour ses nombreuses applications industrielles, l’hydrogène occupe une place encore relativement modeste dans le bouquet énergétique européen. La « stratégie hydrogène 2030 » dévoilée par l’Allemagne devrait ouvrir des opportunités à plusieurs groupes russes.

Le principal avantage de l’hydrogène est sa polyvalence. Il peut être produit en grandes quantités à partir de la plupart des sources d’énergie connues : hydrogène « gris » par reformage ou gazéification de combustibles fossiles, hydrogène « bleu » avec captation des émissions de gaz carbonique, hydrogène « vert » issu de l’électrolyse de l’eau par énergie renouvelable…

À long terme, les partisans du Green Deal européen souhaiteraient substituer l’hydrogène vert à toutes ses autres formes. À court terme, l’hydrogène bleu (issu principalement du méthane) devrait assurer la transition. C’est là une opportunité de conversion à saisir rapidement pour Gazprom : en produisant de l’hydrogène bleu et en le faisant circuler dans le réseau existant de gazoducs européens, le géant russe mettrait le pied dans un marché estimé à 153 milliards d’euros par an d’ici à 2050 !

Pari d’avenir

« Jusqu’à présent, à l’exception de projets isolés, la Russie s’est tenue à l’écart des partenariats internationaux dans le champ de l’hydrogène, rappelle Iouri Melnikov, expert au Pôle Énergie de l’École de management Skolkovo de Moscou. Les choses sont en train d’évoluer, et les deux plus grandes compagnies énergétiques russes, Gazprom et Rosatom, ont lancé des programmes de recherche pour produire de l’hydrogène à grande échelle et à moindre coût. Elles disposent déjà de résultats préliminaires intéressants. »

Le monopole gazier russe doit faire preuve de souplesse s’il veut conserver sa position de fournisseur dominant dans l’UE.


Gazprom a indiqué être en mesure de remplacer environ 20 % du gaz naturel qui circule dans ses gazoducs par de l’hydrogène sans modification majeure des infrastructures, et jusqu’à 70 % dans les tubes de dernière génération (Nord Stream 2, par exemple). À moyen terme, la compagnie pourrait exporter sur le marché européen un mélange de gaz naturel et d’hydrogène, qui aurait le double avantage d’être plus énergétique et moins polluant que le méthane.

Le pari est osé, mais il y va de l’avenir de l’entreprise sur son principal marché d’exportation. Le monopole gazier russe doit faire preuve de souplesse s’il veut conserver sa position de fournisseur dominant dans l’Union européenne. Il est d’ailleurs à noter que l’Allemagne est prête à investir 9 milliards d’euros sur dix ans dans le développement de l’hydrogène.

Le premier tram russe à hydrogène lors d’un trajet d’essai à Saint-Pétersbourg, en novembre 2019.
Photo : gov.spb.ru

« Gazprom doit accompagner la décarbonisation de l’Europe en pariant sur l’hydrogène. L’Union européenne peut atteindre un objectif de 25-35% de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, si elle recourt à un mélange de méthane et d’hydrogène dans les secteurs de l’énergie et du transport », clame déjà le directeur général adjoint de l’entreprise chargé de la stratégie, Oleg Axioutine.

La stratégie du groupe passe par des partenariats avec des entreprises européennes dans le domaine technologique : Engie en France, Uniper, Wintershall, VerbundNetz et Siemens en Allemagne, OMV en Autriche. En Asie, Gazprom collabore également avec le Japon, la Chine et la Corée du Sud.

Un Russe peut en cacher un autre

En 2019, Gazprom a été rejointe sur le marché par l’entreprise publique Rosatom, qui a signé avec le Japon un protocole d’accord pour l’exportation d’hydrogène d’origine nucléaire, dit « fluorescent ». Une étude de faisabilité est en cours. Selon Nikolaï Ponomarev-Stepnoï, physicien du centre de recherche PIR de Moscou, les opportunités sont réelles et diverses : « Rosatom pourrait se lancer dans une nouvelle gamme de produits – carburant à hydrogène, pile à combustible, mélange hydrogène-méthane – en tirant parti de ses réacteurs à haute température. En outre, l’hydrogène faciliterait l’approvisionnement énergétique de longue distance, enjeu majeur du secteur nucléaire. »

À la fin de 2019, Rosatom a d’ailleurs signé un projet d’accord pour la construction de trains à hydrogène avec l’entreprise de construction ferroviaire russe Transmashholding ‒ signe que la course à l’hydrogène ne laissera pas la Russie au bord du chemin.

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