Neige Violette : une pièce de Vladimir Sorokine (épisode 3)

Le Courrier de Russie vous propose de découvrir au cours de l’été, chaque lundi et en feuilleton, Neige Violette, une pièce inédite en France de l’écrivain russe Vladimir Sorokine.

Il y a deux ans, le compositeur suisse Beat Furrer invitait Vladimir Sorokine à écrire le livret d’un opéra inspiré du film d’Andreï Tarkovski Solaris (lui-même inspiré du roman éponyme de l’écrivain polonais de science-fiction Stanislas Lem).

Loin de la lettre, mais non de l’esprit, du projet d’origine, Vladimir Sorokine écrivait alors Neige violette, drame dans lequel cinq personnages se retrouvent isolés, confinés au milieu de nulle part. L’Europe entière est victime d’une catastrophe naturelle : des chutes de neige inouïes, interminables, qui engloutissent tout. Qu’apportera ce cataclysme ? La vie ? La mort ? Quel avenir annonce le soleil qui, à la fin, teinte la neige de violet ?

Drame politique, Neige violette ? Drame social ? Drame écologique ? s’interrogent certains. Drame apocalyptique, répond Vladimir Sorokine à travers son texte, drame annonciateur de la période indéterminée, vraisemblablement transitoire, que nous vivons aujourd’hui.

 

Neige Violette

Pièce en quatre épisodes

Traduite par Anne Coldefy-Faucard

Personnages : Sylvia, Natacha, Yann, Peter, Jacques

Épisode 3

Le salon. Les habitants de la villa sont réunis devant la cheminée. Sylvia a son alto, Jacques – un sifflet mexicain en terre, souvenir pour touristes, Yann une sorte de tambourin bricolé maison. Peter s’est muni d’une lampe à huile. Natacha prend dans la cheminée une casserole contenant une sorte de gratin, mélange de pâte à pain et de nourriture pour les chiens. Sylvia se met à jouer, Jacques à siffler, Yann à taper sur son tambourin. C’est un rituel qu’ils ont inventé pour célébrer la préparation du repas et auquel ils s’adonnent tous les soirs, l’accompagnant de chants improvisés.

Peter. Rendons grâce à ce mets qui nous nourrit en abondance !

Tous. Cela est juste et bon.

Natacha. Rendons grâce à ce mets préparé de nos mains !

Tous. Cela est juste et bon.

Yann. Rendons grâce au feu, aux briques, au tisonnier et aux bûches !

Tous. Cela est juste et bon.

Jacques. Rendons grâce à la gamelle, calice qui recueille notre nourriture !

Tous. Cela est juste et bon.

Peter. Rendons grâce à ce toit sous lequel il nous est donné de préparer ce mets !

Tous. Cela est juste et bon.

Peter. Frères et sœurs ! Élevons-nous, et que nos estomacs accueillent cette nourriture terrestre préparée de nos mains !

Toujours avec sa lampe, Peter gravit, avec une lenteur cérémonieuse, l’escalier menant à la mansarde, suivi de : Natacha et la casserole ; Yann et le tambourin ;

Jacques et le sifflet ; Sylvia et son alto.

Ils jouent une sorte de marche solennelle.

Dans la mansarde, Peter pose sa lampe au centre de la table dressée,

et Natacha sa casserole.

Tous se postent autour de la table en continuant à jouer leur marche.

Sur un signe de Peter, la musique s’interrompt.

Peter. Si l’un de vous veut, comme toujours, dire quelque prière ou quelque action de grâce, qu’il n’hésite pas !

Natacha (elle se signe trois fois à la façon des orthodoxes). Dieu soit loué, nous avons à manger ! Dieu soit loué, nous sommes toujours en vie ! Dieu soit loué, nous sommes tous ensemble !

Jacques. En tant que quasi-bouddhiste, je rends grâce aux subtiles énergies du bien et de la lumière, qui nous viennent en aide.

Yann. En tant que catholique ayant cessé, pour des raisons idéologiques, de payer le denier du culte, je rends grâce à Natacha et Sylvia pour ce repas, ainsi qu’aux anges qui les ont aidées.

Peter. En tant qu’humble protestant, je rends grâce au Créateur, qui nous a envoyé ces formidables épreuves au lieu et au moment voulus.

Sylvia. En tant qu’athée militante, je rends grâce à Struppi, le chien de Natacha, qui n’a pas supporté la mort d’Alex et a rendu l’âme un mois après son maître. De fait, grâce à la mort prématurée de Struppi, nous disposons de deux sacs de nourriture sèche pour chiens, dont nous nous nourrissons actuellement. Béni soit ton nom, Struppi !

Natacha. Je n’ai pas eu le courage de les jeter, ces sacs. J’aurais bien fini par le faire… Merci à toi, Struppi chéri, d’être mort à temps. Nous t’aimions tant, Alex et moi !

Jacques. M-oui… Si Struppi n’était pas mort, nous serions obligés, aujourd’hui, de le manger.

Natacha. Ferme-la, Jacques !

Sylvia (à Jacques). C’est toi qu’on finira par bouffer.

Jacques (avec un rire impatient). J’en serais ravi ! Pardonne-moi. Pardonnez-moi, Mesdames et Messieurs ! Simplement… (Il a un rire presque hystérique.) Simplement, j’ai une dalle épouvantable ! Et ce rituel que nous avons imaginé… me flanque le cafard. Un rituel théâtral bricolé maison… Bouffons plutôt !

Peter. Sans rituels, cher Jacques, l’homme se transforme en animal.

Yann. En Struppi.

Natacha. Struppi attendait toujours qu’on lui donne l’ordre de manger. Il était plus sage que beaucoup d’entre nous.

Peter (solennel). Je bénis ce repas !

Tous prennent place. Les femmes distribuent la nourriture dans les assiettes.

Les hommes servent le vin.

Yann (il mange). C’est bon.

Jacques. Hallucinant… nos femmes… miam… savent tout faire.

Peter. Le premier toast est pour Alex.

Tous (ils trinquent). À Alex !

Natacha. C’est grâce à lui que nous sommes en vie.

Sylvia. C’est fantastique d’être aussi prévoyant : une cave à vin, des denrées de toutes sortes, un jambon de Parme…

Jacques. Que, par bêtise, nous avons liquidé en deux coups de cuiller à pot.

Peter. Alex nous manque. Il aurait pris tout ça avec tellement d’humour… Ces chutes de neige anormales, ça l’aurait fait rigoler ! Il aurait dit, comme toujours : « C’est comme ça ».

Yann. C’est comme ça ! Son expression préférée… Quand j’ai eu mon accident stupide à Nice, il m’a téléphoné à l’hôpital, et ses premières paroles ont été : « Yann, c’est comme ça ! »

Jacques. C’est comme ça.

Sylvia. Et pas autrement !

Natacha. C’est comme ça !

Peter. Et pas autrement !

Sylvia. Comme ça pour tout le monde. Pas vrai ? Après tout, nous ne l’avons pas volé, n’est-ce pas ? Je bois au fait que nous l’avons tous mérité. Toute l’Europe ! Santé !

Elle vide son verre d’un coup.

Yann. Je t’en supplie, ne te soûle pas trop vite !

Peter. Alex réagissait à tout en philosophe. Quand j’ai perdu ma mère, il m’a dit : « Tu parles d’un scoop ! Sa mère est morte ! Du jamais vu ! » De sa part, ce n’était pas du cynisme, ni du mépris. Il l’a dit d’une façon particulière, il y avait dans sa voix de la sagesse et de la compassion. Dans sa bouche, c’était… si léger, si naturel ! Il n’y avait que lui pour dire les choses comme ça. Si Jacques m’en avait dit autant, par exemple, je lui aurais immédiatement flanqué mon poing dans la gueule.

Jacques. Heureusement, mon cher Peter, ça ne peut plus arriver.

Natacha. Quand j’ai eu mes problèmes de boulot en Pologne, Alex m’a dit : « Tu parles d’un scoop ! On a piqué deux cent mille balles dans la caisse. Du jamais vu ! » Et j’ai aussitôt cessé de me tourmenter. Ces deux cent mille tickets me sont sortis de la tête. Définitivement.

Peter. Aujourd’hui, Alex aurait dit : « Tu parles d’un scoop ! Quatre mètres de neige. Du jamais vu ! C’est comme ça ! »

Tous. Et pas autrement !

Ils trinquent, boivent, mangent.

Natacha. Pas la peine de vous jeter sur la bouffe, les mecs. Il y en aura pour tout le monde.

Jacques. Pas mal ce gratin à la nourriture pour chiens ! En Chine, j’en ai mangé des trucs ! Même un plat qui s’appelle : « Le combat du tigre et du dragon ». C’est un ragoût de viande de chat et de chien. J’ai testé aussi les larves de scarabées frites. Et tout était très bon, comme toujours chez les Chinois.

Peter. Messieurs… miam… nous nous bourrons l’estomac trop vite… Du calme ! Il faut ingérer lentement la nourriture.

Jacques. C’est ma sale habitude de manger à toute allure. Mais… miam… une habitude particulièrement difficile à combattre actuellement.

Éclat de rire général.

Yann. Profitons du vin, de cette nourriture et de la bonne chaleur. Est-il besoin d’autre chose pour notre salut ?

Natacha. Oui, Dieu.

Sylvia. Moi, j’en ai pas besoin.

Jacques. Natacha, vous autres, orthodoxes, avez une vision plus simple du monde.

Peter. Dieu merci ! J’ai un ami autrichien qui a séjourné en Russie. Il allait à l’église et il est rentré transfiguré. La Russie est le seul endroit où demeure encore la vraie foi chrétienne.

Natacha. Je ne pense pas. Il y a partout de vrais croyants. Ton ami est simplement las du confort catholique. Chez vous, on est assis durant les offices. Chez nous, on est debout.

Peter. Tu simplifies tout, ma petite caille. La crise du catholicisme est une immense question. Autant qu’il m’en souvienne, tu ne t’y es jamais intéressée. Excuse-moi, mais tu es hors-sujet.

Natacha. La crise de l’orthodoxie est aussi une immense question.

Jacques. En Europe, on le sait depuis longtemps, Natacha. Depuis l’affaire des Pussy Riot.

Natacha. Oui, les gens ont aussitôt compris ce qui distinguait l’orthodoxie du catholicisme.

Éclat de rire général.

Natacha. Les mecs, il faut remettre du bois dans la cheminée. Qui descend s’en occuper ?

Silence du côté des hommes.

Peter. C’est au plus jeune de s’y coller.

Jacques. Tu as une approche patriarcale orthodoxe, Peter !

Tous rient.

Yann. Pour tout vous dire, les amis, je me suis tellement crevé, aujourd’hui, sur ce toit… Mais bon, je suis prêt, bien sûr, à…

Jacques. Moi, j’ai mal au pied.

Natacha. Une réponse de bouddhiste ?

Rires.

Peter. Natacha, la chaleur va se maintenir encore une heure, une heure et demie. Il n’y a pas d’urgence, merde !

Sylvia (déjà bien partie). Ça, c’est bien des discours de protestant ! Vive Luther ! Sola scriptura, sola fide, sola gratia !

Énorme éclat de rire de l’assistance.

Natacha. Tirez au sort, bande de feignasses !

Jacques. Bonne idée.

Peter (d’un ton brutal, faussement menaçant). De la merde, ton idée ! De la merde ! Une idée libérale, décadente, politiquement correcte et complètement pourrie ! Messieurs, sommes-nous des chevaliers ou non ?! Tout le monde descend ! Les chevaliers filent à l’étage au-dessous et bourrent la gueule de la cheminée des symboles de la civilisation ! En bas ! Tous en bas ! Au feu ! Tous au feu !

Natacha. À propos de feu, ne le mettez pas à la maison, chevaliers !

Rires, exclamations.

Les hommes se lèvent, redescendent dans le salon.

Natacha et Sylvia restent seules à la table.

Natacha. Heureusement, mon Dieu, que nous aimons rigoler ! Sinon… il y a de quoi devenir fou.

Une pause.

Sylvia (un verre de vin à la main, elle se lève et va à la fenêtre). Même la nuit, on la voit tomber. Natacha, toi qui es née et as passé ton enfance en Russie, dis-moi… à quoi elle sert, au fond, cette neige ?

Natacha. Qu’est-ce que tu veux dire ?

Sylvia. Ben, c’est pas de la pluie… Elle tombe bêtement, elle tombe, elle abîme tout, tout… pendant ce temps-là, la nature dort. Les hommes aussi. Elle tombe, tombe… En quel honneur, bon Dieu ?

Natacha. Tu sais, je commence à en avoir marre de parler de la neige. Pendant que les mecs sont en bas, si on fumait leur avant-dernier cigare ?

Sylvia. Génial ! On va voir la tête qu’ils feront !

Natacha allume le cigare. Elles le fument à tour de rôle.

Natacha. Tu sais à quoi ça me fait penser ? Tu te rappelles le conte du haricot magique des frères Grimm ? Le haricot qui ne s’épuise jamais ?

Sylvia. Génial ! « Petit haricot, fais-nous à manger ! » Et le petit haricot obéit, il fait à manger et ne peut plus s’arrêter. La purée monte, monte, déborde. Et ensuite ?

Natacha. Il se passe ce qui nous arrive aujourd’hui, à nous et à toute l’Europe. La neige monte, monte et déborde. Elle ne peut plus s’arrêter. Elle nous dégringole dessus encore et encore.

Sylvia (regardant par la fenêtre). Elle tombe, tombe encore et encore…

Natacha. Tombe, tombe encore et encore.

Sylvia. Encore et encore…

Natacha. Et personne n’a le pouvoir de lui dire : « Suffit ! »

Sylvia. Personne…

Natacha. Non, personne.

Dans le salon, Peter envoie promener d’un coup de pied le poste de télévision de sa petite table qu’il désigne à Jacques et à Yann. Tous trois sautent sur la table,

elle craque et s’effondre sous leur poids.

Peter (il se met à genoux devant la petite table). Ô tablette de télé ! Tant d’années tu as supporté cette boîte magique qui nous a offert de belles illusions, des sons captivants, le rugissement des stades, le mensonge des politiciens, les infos météo, les cours de la Bourse, les actes terroristes, les sables de Mars et autres conneries ! Nous te jetons dans le feu, parce que nous n’avons rien d’autre pour l’entretenir !

Jacques (jetant dans le feu des morceaux de la tablette). Brûle !

Yann (l’imitant). Brûle !

Peter (les imitant tous les deux). Brûle !

Photographie par Alex Vasilyev

Jacques (s’agenouillant devant le tabouret du piano). Ô tabouret qui a supporté le magnifique, tendre et charmant fessier du pianiste jouant la Sonate au clair de lune ! Il jouait, jouait, ce pianiste, nous réjouissant l’âme des sons qu’il tirait de son instrument et de son tendre cul… jusqu’au jour où un hic s’est produit. La neige est tombée en masse et le cul du pianiste a gelé. Frigorifié ! Et le cul a dit : merde alors, je me les gèle, les gars ! D’accord, la Sonate au clair de lune, c’est beau, rien à redire. Mais moi, le pianiste, et mon cul, on pèle tellement qu’on rate toutes les touches. Je tremble comme de la gelée de cerise ! Donc, aimable tabouret, au feu ! Réchauffe le cul du pianiste ! (Il jette le tabouret dans la cheminée.) Tiens, et la partition aussi ! (Apercevant la partition, il la balance dans les flammes.)

Peter. Brûle !

Yann. Brûle !

Jacques. Brûle !

Yann (s’agenouillant devant la bibliothèque). Ô vénérable bibliothèque !… Non, j’ai déjà entendu ça quelque part. Tout simplement : ô chère armoire ! Ou, plus simple encore : hé, toi, l’armoire ! Naguère, nous avions besoin de tes livres pour rêver ; à présent, ils vont nous réchauffer ! Que veux-tu, ce sont les aléas de la vie ! Bien des choses ont changé dans l’existence des Européens : si nous mangeons de la nourriture pour les chiens, pourquoi ne pas nous chauffer à la Montagne magique ? Il semble bien, hélas, que nous n’ayons pas le choix ! De sorte, chère vieille armoire, que tu ne protesteras pas si je te déleste de tes plus gros volumes ?

Une pause.

Peter. L’armoire ne dit rien.

Jacques. Elle ne souffle mot.

Yann. Donc, elle consent.

Yann prend trois gros livres.

Yann (les jetant dans la cheminée). La Montagne magique, Ulysse, L’Homme sans qualités.

Peter. Très belle sélection ! Brûlez !

Jacques. Brûlez !

Yann. Brûlez !

L’âtre s’embrase. Les hommes tisonnent le feu, ils s’agitent devant la cheminée,

font les idiots.

Natacha (regardant par la fenêtre). Petit haricot magique, ça suffit !

Sylvia. Ça suffit.

Une pause.

Sylvia. Natacha, j’ai fait un rêve bizarre.

Natacha. Cela nous arrive à tous. Plus la neige s’épaissit, plus nos rêves sont étranges.

Sylvia. Je vois une immense salle de concert et je comprends qu’il s’agit de Berlin dans les années quarante. Une salle vraiment gigantesque, à couper le souffle, un dôme incroyable. La salle est pleine, des milliers de personnes y ont pris place et attendent, figées. Je monte sur la scène avec mon alto, je vois l’orchestre dans la fosse, le chef – notre Andreas, mais terriblement vieilli, un petit pépé. Me voici seule au milieu de la scène, bizarrement je n’ai pas le trac, je suis sûre de moi, et tout en moi exulte – le bonheur de savoir que je vais jouer mon bienaimé Bartók. Je sens dans mes mains une force incroyable, tout mon corps est tendu comme un ressort, j’ai un alto magnifique, italien, j’avance toujours, quand soudain un murmure parcourt la salle : le Führer est là ! Tous se lèvent – et je vois Hitler. Il n’est pas du tout ressemblant, il est beau, noble, grand, les traits de son visage sont fins. Et je sais qu’il vient de gagner la grande guerre. Alors, je commence à m’angoisser affreusement, d’amour pour lui, d’adoration, de gratitude ‒ après tout ce qu’il a fait pour les Allemands ! Et mes mains se mettent à trembler. Andreas agite sa baguette, c’est l’ouverture, mon premier accord, or mon alto se fait brusquement grinçant, criard. Je découvre avec horreur qu’il y a à l’intérieur un énorme insecte, une sorte de gigantesque frelon jaune – il y est installé, il occupe tout l’espace, il grossit, bouge et bourdonne. Un bourdonnement d’une puissance ! Au point que l’alto est pris de tremblement. Je comprends qu’il va se briser, que le frelon va s’envoler et aller piquer le Führer. Une minutieuse opération de sabotage montée par les Anglais. La terreur, l’amertume s’emparent de moi : ainsi des femmes inconnues, des espionnes, présentes dans la salle, en robes de soirée, se sont servies de moi.

Natacha. Tes parents détestent Hitler ?

Sylvia. Bien sûr ! Comme tous ceux des années soixante. Mes parents ! (Elle rit.) Mon père, à cette époque-là, avait rallié la Commune de Berlin, il avait le cerveau farci de Bakounine, se bagarrait contre les flics. À présent, il est maire de la charmante petite ville où il est installé, et ma mère dirige la bibliothèque municipale. Quand ils ont un coup dans le nez, ils ont toujours le même dialogue. Ma mère demande à mon père : « Karl, tout ça pour ça ? » Et mon père répond : « Mais enfin, Renata, nous avons lutté ! » (Elle rit.)

Natacha. En fait, dans tes rêves, tu te révoltes contre eux. Tu leur reproches quelque chose… (Un soupir.) Oui… Alex t’aurait expliqué tout ça.

Sylvia. Il me manque tellement…

Natacha. Et à moi donc… Il aurait disséqué ton rêve et tout remis en place. Il t’aurait dit ce que signifiait cet énorme frelon. Et pourquoi tu en veux à tes parents.

Sylvia. Je leur en veux sans doute de cette neige. De la soudaineté avec laquelle elle nous est tombée dessus. Et aussi du fait que je n’ai pas de nouvelles d’eux. Sont-ils toujours en vie ? J’imagine leur ville ensevelie sous la neige…

Natacha. Ils sont en ville. Vivants, à n’en pas douter. Dans les villes, il y a l’armée, les sauveteurs. C’est nous qui sommes seuls, ici, et n’intéressons personne.

Sylvia. Dieu veuille, en effet, que mes parents soient en vie… Buvons !

Natacha. Ne te soûle pas. Il y a le concert.

Sylvia. Je ne joue pas plus mal quand je suis cuitée.

Peter, Yann et Jacques reviennent dans la mansarde.

Jacques (il chante). Le feu ronfle dans la cheminée !

Yann, Jacques. Le feu ronfle dans la cheminée !

Natacha, Sylvia (elles chantent). C’est merveilleux !

Jacques (il chante). J’ai la dalle depuis que je suis allé au rez-de-chaussée, je veux du rab !

Peter. Du vin ! Du vin !

Yann. Natacha, j’ai jeté au feu la Montagne magique. Ça s’arrose !

Natacha. Il faudra attendre un peu pour bouffer et picoler. Faisons une pause pour le concert ! Ensuite, nous reviendrons à table.

Jacques. Natacha ! J’ai affrrrreusement faim depuis que j’ai bousillé tes meubles ! Je veux grailler !

Sylvia. Natacha a raison. Jouons quelque chose avant d’être complètement bourrés.

Yann (serrant Sylvia dans ses bras). Avant que tu ne sois bourrée, mon trésor.

Peter. Je suis d’accord.

Jacques. C’est dégueulasse !

Natacha. Ferme-la ! (Elle tape dans ses mains.) Le concert ! On tire au sort !

Yann prend un vase. Chacun tire de sa poche un petit bout de papier avec ses initiales et le jette dans le vase. Les yeux fermés, Natacha tire un papier.

Natacha (elle lit le papier.). Peter !

Peter. C’est la troisième fois de suite ! Natacha, tu déconnes !

Yann (riant à gorge déployée). Peter, tu fais une carrière de chanteur d’opéra !

Jacques. Que veux-tu, Peter, les Muses t’aiment !

Natacha. Peter, la scène t’attend.

Sylvia. L’orchestre se met en place !

Sylvia prend son alto, Jacques son sifflet, Yann sa guitare,

Natacha une petite malle et une chaussure d’homme.

Peter (grimpant sur la petite table aux journaux). Merde, c’est pas juste… Pourquoi moi encore une fois ?!

Natacha. C’est le sort !

Yann, Jacques, Sylvia. Le sort !

Peter (il rit). Je ne sais vraiment pas quoi chanter… J’ai déjà célébré quatre fois les insectes fossilisés, Bobby Fischer, Bali. Je vous chante Lola ?

Jacques. On y a déjà eu droit !

Peter. Quoi, alors ?

Natacha. Tu as trente secondes pour te décider, Peter. Sinon, tu es privé de dîner demain.

Sylvia (donnant le la). Les musiciens ! Yann, Jacques, Natacha… Ready ! (Les musiciens accordent leurs instruments.)

Peter réfléchit. Sylvia fait signe à ses musiciens d’arrêter.

Peter leur indique la mesure par gestes et ils attaquent.

Peter (il chante). Notre Univers est immense. Mais est-il infini ? Telle est la question. Son immensité est une évidence même pour les crétins congénitaux. La moindre retraitée qui complète sa pension, le samedi, en travaillant dans des toilettes publiques vous le dira. Quant à l’écolier qui viendra pisser dans ces mêmes toilettes, il vous le répétera : l’Univers est immense, nom de Dieu ! Diverses galaxies y voguent. Elles voguent ! Par millions ! Par milliards ! Composées d’étoiles et de planètes. Nous pouvons les voir. Et pas seulement au télescope. N’importe quel débile peut contempler la Voie lactée. Et ce n’est qu’une galaxie. Or elles sont des millions ! Difficile, ô combien difficile, de se le représenter ! Mais il y a plus malaisé, Mesdames et Messieurs ! Les galaxies, les étoiles et les planètes que nous pouvons observer dans notre Univers n’en constituent que le dixième. Les neuf dixièmes sont ce qu’on nomme la « matière noire » et elle est invisible. Invisible ! Car elle n’émet pas d’ondes électromagnétiques. Elle est pourtant là, à côté de nous. Imposante, occupant la majeure partie de l’Univers. Elle forme les galaxies noires. Imaginez un peu : des galaxies noires ! Imaginez une Voie lactée noire ! Une Voie faite de lait noir ! Et ces Voies de lait noir se comptent par millions ! La matière noire est partout ! Entre les étoiles et les planètes. Elle est là, derrière cette vitre. La matière noire ! Elle est là, entre ces flocons de neige qui tombent. Partout ! Et nous n’en connaissons rien. Qu’est-ce donc ? Le Diable le sait ! Nous en ignorons tout. Et n’en saurons jamais rien. Jamais ! Nous savons simplement qu’elle est là, près de nous. Tout à côté ! Et nous voguons, voguons, voguons, voguons, voguons sur cette Voie de lait noir !

Les musiciens cessent de jouer.

Jacques. Nous voguons, voguons, voguons ! Excellent, Peter. Suffit ! Moi, je vais bouffer et picoler (Il fonce à la table, se verse du vin, boit et mange.)

Peter (descendant du podium). J’ai gagné mon dîner de demain, Natacha ?

Natacha (sans enthousiasme). Tu l’as gagné.

Peter. Dieu soit loué ! (Il prend place à la table, se verse du vin, boit.)

Photographie par Alex Vasilyev

Une pause.

Peter. Ben quoi, mon aria ne vous a pas plu ?

Personne ne répond. Jacques dévore.

Sylvia. J’ai l’impression que l’accompagnement ne collait pas.

Peter. Ah bon ? Moi, je l’ai trouvé bien.

Sylvia. Non, non… je n’avais pas le bon instrument. Tiens… (Titubant, elle descend au rez-de-chaussée, s’empare d’un des garde-neige et regagne la mansarde.) Voilà, c’est là-dessus qu’il fallait jouer. (Elle pose son archet sur le garde-neige.) Sonate Matière noire. Une première sur la planète Terre.

Sylvia joue sur le garde-neige.

Une pause. Tous applaudissent.

Peter. Remarquable !

Jacques. Bravo !

Sylvia (elle jette sur le sol garde-neige et archet, s’approche de la fenêtre). Non, non… les applaudissements ne sont pas de mise. Je ne veux pas de bravos, en revanche j’ai une question : mon cher Peter, dis-moi… dis-moi… bon Dieu… en quel honneur toi, un archéologue… non, un pa-lé-on-to-logue, bref, un type qui traque des merdes de sauterelles fossilisées, tu nous as balancé un chant sur la matière noire ?

Peter (en riant). Tu es sérieuse, Sylvia ?

Sylvia. Oui. Très sérieuse.

Une pause.

Peter (échangeant un regard avec Yann et Natacha). J’ai fait une boulette, les amis ?

Natacha (à voix basse, tristement). Ma foi…

Peter. Yann ?

Yann. Tu as remarquablement chanté. Comme toujours.

Peter. Alors, c’est quoi le problème ?

Yann (avec un soupir). Le problème, sans doute, c’est que nos concerts du soir… on commence à en avoir soupé. À la rigueur, si ma tendre épouse échangeait son alto contre un garde-neige… (Il hausse les épaules.) Bah, je ne sais pas…

Natacha. Je crois, en effet, qu’on en a fait le tour.

Peter. Eh bien, inventons autre chose. Du théâtre, par exemple ?

Yann (avec un petit rire). Ou du cirque.

Jacques (la bouche pleine). Du cirque ! C’est mieux que le théâtre… miam… Yann, on mettra au point, tous les deux, un numéro à tomber : on coupera ta femme en deux belles moitiés avec un garde-neige.

Sylvia (regardant par la fenêtre, sans les écouter). La matière noire… pourquoi, bon Dieu ? Peter ?

Peter. Sylvia, ma chérie, tu n’as pas toujours magnifié ton orchestre. Ni célébré le festival de Bayreuth. Il t’est arrivé de jouer tes traumatismes d’enfant, de célébrer ta tante, ton armoire, les chuchotements de l’autre côté de la cloison, non ? Et nous t’avons tous écoutée avec intérêt.

Sylvia (s’adressant à la fenêtre). La matière noire. Une Voie de lait noir… T’as pété un plomb, Peter. Et tu veux nous les faire péter à nous aussi ? Quel lait noir ? Quelle ma-tiè-re noi-re, nom de Dieu ?!

Natacha. Buvons plutôt.

Sylvia. La matière noire ! Et autour de nous, des flocons de neige… de la matière noire également ! Non, ça me rend dingue ! Et cette assurance… ce… cette certitude d’avoir raison… Et nous, on l’accompagne !

Yann. Sylvia…

Sylvia (ricanant). La matière noire ! C’est quoi ce délire ?! (Elle frappe de la main contre la vitre.) Hou-hou, la matière noire !

Peter. Sylvia, ma chère, j’ai entendu parler mille fois de la morgue des altistes. Et pas seulement de leur morgue…

Tous rient, hormis Sylvia.

Sylvia. Bande de débiles ! Riez plutôt de vous ! La matière noire ! (Elle part d’un grand rire.) C’est tellement drôle ! Ils sont confrontés à des chutes de neige catastrophiques, et ils célèbrent la matière noire ! Génial ! Il n’y a aujourd’hui, dans tous les opéras d’Europe, qu’un spectacle : La Voie lactée noire. Bravo !

Natacha. Sylvia, buvons à la victoire de la matière lumineuse sur la matière noire !

Éclat de rire général.

Sylvia. Des débiles… Mon Dieu… Non mais, quels débiles…

Jacques (finissant de mâcher et faisant passer le tout avec un verre de vin). Mesdames… miam… ce dîner est excellent… Fantastiquement bon… surtout après le concert…

Peter (levant son verre). Au triomphe de la matière lumineuse qui emplit nos âmes !

Jacques. Miam… oui… au triomphe de la lumière… miam. Natacha, avec son inépuisable cave à vin, Alex était un génie ! Il l’était et il le reste !

Peter. Alex est devenu de la matière lumineuse ! Il est parmi nous !

Natacha. Je bois à la lumière au bout du tunnel, mes très chers !

Yann. À la matière lumineuse du bon sens !

Sylvia s’empare de la bouteille de vin et la fracasse contre un mur.

Une pause.

Sylvia se laisse tomber, sans forces, sur le sol et se met à pleurnicher.

Sylvia. Je vous déteste ! Je vous dé-tes-te tous ! Tous ! Je vous dé-tes-te !

Une pause.

Natacha. Sylvia…

Sylvia. Je vous dé-tes-te !

Yann (il s’approche, veut serrer sa femme dans ses bras). Sylvia… ma chérie…

Sylvia (le repoussant). Je vous dé-tes-te ! Tous ! Je vous dé-tes-te !

Yann. Calme-toi, ma chérie.

Sylvia (elle s’empare d’un tesson de bouteille). Ne t’approche pas !

Yann se fige.

Sylvia brandit le tesson, menaçante.

Yann. Sylvia…

Sylvia. Ne t’approche pas !

Yann s’approche prudemment. Sylvia s’érafle le bras gauche avec le tesson.

Yann se précipite, se blesse en lui arrachant le bout de verre. Sylvia hurle.

Natacha et Peter accourent, ils aident à la maîtriser.

Sylvia (hystérique). Oui ! Oui ! Oui !

Natacha (examinant la blessure de Sylvia). Dieu merci, elle n’a pas touché les veines. Jacques, va me chercher une bande et de l’iode dans la pharmacie.

Jacques se résigne à descendre au rez-de-chaussée.

Sylvia. Oui ! Oui ! Oui !

Yann (il remplit à moitié un verre de whisky et le tend à Sylvia). Bois !

Sylvia boit, se serre contre Yann.

Jacques revient. Natacha et Peter bandent le bras de Sylvia.

Son hystérie fait place à l’abattement. Yann la soulève,

la porte au rez-de-chaussée et la met au lit.

Sylvia (gagnée par le sommeil). Tu ne me laisseras pas geler ?

Yann. Voyons, Sylvia ! Nous avons tellement poussé le feu que même ici, il fait chaud. Dors. Tu es fatiguée. Nous le sommes tous.

Sylvia. Tu ne me laisseras pas geler ?

Yann. Je suis avec toi.

Sylvia. Tu ne me laisseras pas geler ?

Yann. Je suis avec toi.

Sylvia s’endort. Yann panse son doigt blessé et regagne la mansarde.

Peter et Jacques sont attablés avec des verres de vin et un cigare qu’ils se partagent. Debout à la fenêtre, Natacha scrute l’obscurité.

Peter. Je te demande pardon, Yann. Je ne voulais vraiment pas…

Yann (l’interrompant). Tais-toi. (Il se sert un whisky et s’assied par terre contre un mur.)

Jacques. Sylvia est la plus sensible d’entre nous. C’est une musicienne.

Yann. Toi aussi, tais-toi. D’ailleurs… taisons-nous tous. Toutes nos conversations me donnent la nausée. Des conneries… pas un seul mot normal… Des conneries vulgaires…

Une pause. Jacques rapproche de lui deux verres vides

et les choque presque sans bruit, comme pour trinquer.

Natacha. J’ai… terriblement peur.

Yann. On a tous peur.

Natacha. Une peur… bleue.

Peter (il tire une bouffée du cigare et le passe à Jacques). C’est la seule chose qui nous reste, non ?

Jacques. Eh bien moi, je n’ai plus peur. Marre de la trouille !

Natacha. J’ai tellement peur… (S’agitant brusquement.) Je… je sens cette neige. Il y en a de plus en plus.

Peter. Ça ne peut pas durer éternellement, Natacha. Un jour viendra où la neige s’arrêtera.

Natacha (hurlant). Ras-le-bol d’entendre cette connerie !

Une pause.

Natacha (elle parle en regardant par la fenêtre). C’est terrifiant… Terrifiant… Seigneur… jamais cela n’a été aussi terrifiant. Il y en a tellement… Neige de merde ! J’en ai assez de faire comme si tout était normal. Si vous voulez savoir, demain matin je ne m’approcherai pas de la cheminée. Je ne ferai plus cette merde de pain ! Fini… Fini, un point c’est tout ! Fi-ni ! Et personne ne pourra m’y obliger. Je n’allumerai plus le feu. D’ailleurs, je ne quitterai plus mon lit. Je resterai sous la couette. Yann ! Demain, tu ne grimpes plus sur le toit. Tu dormiras avec moi. J’en ai rien à faire de ta femme. Et de tous les autres… Pourquoi tu ne réponds pas, Yann ? Dis-leur, dis-leur à tous, qu’on est amants. Tu m’entends ? Annonce à tout le monde qu’on est amants. Dis-le ! Parle, à la fin !

Yann. Natacha et moi sommes amants.

Peter. J’avais deviné.

Jacques (surpris). Pas moi.

Peter. Jacques, les paléontologues sont plus perspicaces que les marchands de bouquins.

Jacques (il rit). Peut-être ! Mais… Natacha et Yann, c’est tellement inattendu, bon Dieu ! Vous êtes amants. Parfait. Pauvre Sylvia…

Natacha. Parfait. C’est par-fait ! Viens, Yann.

Yann la rejoint, s’assied près d’elle, l’enlace.

Natacha. Je… j’ai envie de toi. Maintenant ! Viens !

Yann. Je viens, mon petit soleil.

Yann et Natacha descendent au rez-de-chaussée et gagnent la chambre.

Peter (il écrase ce qui reste du cigare, tire la langue à Jacques, remplit les verres). Et voilà, Monsieur le marchand de livres ! Buvons au bonheur d’autrui !

Jacques. Au bonheur d’autrui !

Ils boivent.

Peter. Au fait, ton amant à toi, il est où ? Le type aux cheveux bouclés ?

Jacques. Latif et moi sommes séparés.

Peter (il rit).Tu dis ça d’une façon… Ha-ha-ha ! « Latif et moi sommes séparés. » Quel pathos !… Du Sophocle : « Latif et moi sommes séparés… »

Jacques. Ça n’a rien de drôle.

Peter. Et où la neige a-t-elle emporté Latif ? Du côté du Kremlin-Bicêtre ?

Jacques. Il est Belge.

Peter. Franchement, je n’y aurais pas pensé… Donc, ses boucles arabes sont semées de neige du côté de Liège. Beau gosse, ton Latif, je l’avais vu une fois ou deux à Paris. Des yeux !… Bien fichu… Il était correct au lit ?

Jacques. Ouais… (Il boit.)

Une pause.

Peter (il rit). Jacques… ha-ha-ha… Tu en fais une tête… Jacques… À croire que tu viens d’avaler une souris vivante ! Ha-ha-ha !

Jacques le fixe sans un mot.

Peter (riant à gorge déployée). Jacques… merde… j’en peux plus… Ha-ha-ha… Une tête !… T’es sûr de ne pas avoir bouffé un bout de matière noire ? Jacques ! Ha-ha-ha !

Jacques lui flanque brusquement son poing dans la figure.

Une pause.

Peter tâte sa pommette, la frotte. Les deux hommes s’affrontent du regard.

Peter envoie son poing dans la figure de Jacques. Jacques tombe de sa chaise.

Peter se lève, lui tend la main. Jacques gît, immobile.

Peter lui tend à nouveau la main. Jacques tend la sienne à contrecœur.

Peter l’aide se relever.

Peter. Il est temps d’aller se coucher.

Jacques. Grand temps.

Une pause. Ils sont debout, à se fixer.

Peter. Bonne nuit, Jacques.

Jacques. Bonne nuit, Peter.

 

À suivre…

 

Neige Violette : une pièce de Vladimir Sorokine (épisode 2)

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