Bachkirie : Un ermite au milieu des champs

Un homme de soixante-quatorze ans, originaire du Tadjikistan a vécu seul dans un village abandonné de Bachkirie pendant de longs mois. Il vient d’être recueilli par les habitants du village voisin.

Né au Tadjikistan, en 1946, Rafkat Abzalov émigre en Russie dans les années 1980, après un divorce. Chauffeur, instituteur, maçon, il fait tous les métiers et traverse tant bien que mal la fin du communisme.

« J’ai beaucoup voyagé, j’avais du mal à trouver un emploi stable, ce qui m’a longtemps empêché d’obtenir des papiers russes, raconte-t-il. Au milieu des années 1990, je me suis établi en Bachkirie [au sud de l’Oural, ndlr]. J’y ai trouvé un emploi dans une coopérative d’élevage. »

En 2006, la ferme fait faillite, et Rafkat est licencié. À soixante ans, retraité et sans domicile, il s’installe avec l’accord du conseil du village dans une maison abandonnée du hameau de Kirillo-Karmassan.

« Quand je suis arrivé, tout était à faire, poursuit-il. La peinture, les plâtres, le ramonage du poêle… J’ai fabriqué moi-même le lit, l’armoire et la table. On m’a donné deux téléviseurs et un réfrigérateur. Il n’y avait de place pour rien d’autre. »

Rafkat Abzalov. Photo : UTV.RU

Seul au monde

À l’époque, cinq familles habitent le village. Quatre ans plus tard, on n’y dénombre plus que deux résidents. « Les enfants sont partis, les anciens sont morts. Ma dernière voisine, Nina, est décédée cet hiver. Je me suis retrouvé tout à fait seul », témoigne Rafkat Abzalov.

Durant toutes ces années, Rafkat vit sans eau courante ni gaz. Il se chauffe au bois et se douche avec un seau qu’il remplit à une source. Une fois par semaine, il se ravitaille en boîtes de conserve dans une épicerie du village voisin, Samarino (285 habitants), situé à plusieurs kilomètres de là. L’été, il profite des rares autobus transportant les ouvriers agricoles à la moisson. Le reste de l’année, le vieillard fait le chemin à pied, à vélo ou à skis.

« Les postiers avaient un mal fou à m’apporter ma pension de retraite [une centaine d’euros par mois, ndlr]. Comme ils me faisaient de la peine, j’ai fini par aller la retirer moi-même à Iazykovo, le chef-lieu de district. C’est à douze kilomètres », précise-t-il.

De son ancienne vie, Rafkat ne parle pas beaucoup. Seules quelques photographies de famille lui sont restées.

L’isolement est particulièrement problématique pour l’accès aux soins. « Un hiver, je suis tombé malade. J’ai voulu marcher jusqu’à l’hôpital de Iazykovo, mais j’étais trop faible. Je me suis effondré au bord de la route. Par chance, j’avais mon téléphone sur moi, et l’on est venu me chercher en traîneau. Quand je suis arrivé, j’étais tellement épuisé que les médecins m’ont gardé en observation pendant quarante jours. »

À cette occasion, Vener Avzalov, le président du conseil rural, découvre que Rafkat n’a pas de papiers d’identité. « Nous avons régularisé sa situation et avons proposé de le placer en maison de retraite. Il a refusé », confie l’élu.

Celui que l’on surnomme « l’ermite » préfère rester autonome. Lorsqu’il n’est pas occupé à réparer une cloison ou à courir les chemins, il écoute les informations ou des concerts retransmis à la télévision. De son ancienne vie, il ne parle pas beaucoup. Seules quelques photographies de famille lui sont restées.

« On se débrouillera »

Tout change en mars 2020. « Je me rendais à Samarino, relate Rafkat. Tout à coup, je vois une voiture enlisée sur la piste. Au volant, une jeune femme du nom d’Elena. Je l’aide, on sympathise et je lui raconte ma vie. Les jours suivants, elle m’apporte des courses, du sucre, du pain, etc. »

Une nouvelle maison pour l’ermite. Photo : UTV.RU

Elena travaille pour une association régionale de bénévoles. En mai, elle trouve une habitation à vendre en bordure du village de Samarino et convainc Rafkat de déménager. « Au début, les propriétaires en demandaient 200 000 roubles (2570 euros). Quand je leur ai dit pour quoi c’était, ils sont descendus à 170 000 (2185 euros) », raconte-t-elle. Une collecte de fonds menée dans plusieurs régions réunit bientôt la somme nécessaire.

Début juin, Rafkat emménage. « Ça me fait bizarre : j’ai de la place, deux rues passantes, des voisins… Si je trouve la force, je voudrais aménager un potager… », confie-t-il.

Richat, bénévole lui aussi, s’inquiète d’autre chose : « Pour l’instant, il y a un poêle à gaz pour se chauffer, mais cela revient cher en hiver. Il serait judicieux d’installer un chauffe-eau et un radiateur avant l’arrivée du froid. »

Comment trouver la somme nécessaire (un peu plus de mille euros) ? « On se débrouillera ! Les gens nous ont déjà aidés pour la maison, je ne veux pas les solliciter davantage », répond Richat, mystérieux…

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