Voximplant : le Skype russe s’exporte

Avec l’épidémie de Covid-19, la plateforme de communication virtuelle Voximplant a renouvelé son offre de services pour ses vingt mille entreprises clientes, et s’apprête à conquérir l’Amérique. Le site Inc s’est penché sur cette success story.

Lancée en 2014, par trois ingénieurs moscovites – Alexeï Aïlarov, Sergueï Porochine et Andreï Kovalenko –, Voximplant est l’association de leurs deux précédentes créations : Flashphone, qui permet d’appeler un numéro de téléphone depuis un navigateur internet sans installation de logiciel ; et Zingaya, un système permettant d’appeler le service clients d’une entreprise depuis son site web. En 2013, ce dernier compte déjà plus de 600 clients, majoritairement russes, entraînant un chiffre d’affaires annuel de 500 000 dollars.

Avec Voximplant, une nouvelle fonctionnalité apparaît : les entreprises peuvent à leur tour contacter leurs clients via internet. Certaines, comme Hyundai ou Sberbank, l’utilisent pour mettre en place des services d’appels automatisés, effectués par un assistant virtuel.

De son côté, le fabricant de logiciels Bitrix24 a créé, sur la base de Voximplant, sa propre plateforme permettant aux particuliers de passer et de recevoir des appels depuis leur navigateur.

De gauche à droite : Alexeï Aïlarov, Andreï Kovalenko et Sergueï Porochine. Photo : Incrussia.ru

À la conquête de l’Amérique

Selon son cofondateur Alexeï Aïlarov, Voximplant est la seule société de ce genre sur le marché russe. « Nos principaux concurrents sont les opérateurs de télécommunications, tels MTS, Beeline et Mango Telecom », précise-t-il.

En 2018, Voximplant occupe près de la moitié du marché. « Jusqu’à cette date, notre chiffre d’affaires doublait chaque année, commente l’entrepreneur. Depuis, de nouveaux clients continuent de nous rejoindre, mais nous travaillons déjà avec tous les principaux acteurs de l’économie. Nous pouvons toutefois maintenir une croissance annuelle de 50 à 60 %. »  

En décembre dernier, le territoire américain représentait déjà 15 % des recettes de Voximplant.

La relative saturation du marché russe a incité les trois entrepreneurs à accroître leur présence sur le marché américain, où ils se sont timidement implantés en 2011. À l’automne 2019, Voximplant et les fonds d’investissement Baring Vostok et RTP Ventures ont signé un accord portant sur un investissement de dix millions de dollars.

D’après l’entreprise russe, cet investissement devrait lui permettre de viser un chiffre d’affaires annuel compris entre cinquante et cent millions de dollars. En décembre dernier, le territoire américain représentait déjà 15 % des recettes de Voximplant – une part que ses fondateurs espèrent voir bientôt passer à 50 %.

Outre sa présence en Russie et aux États-Unis, Voximplant, qui compte aujourd’hui vingt mille clients, vend également ses solutions en Europe (France, Allemagne et Royaume-Uni) et en Amérique du Sud.

Covid-19 : développement, ralentissement…

Devant les nouvelles exigences formulées par les entreprises pendant l’épidémie de Covid-19, Voximplant s’adapte en proposant de nouvelles fonctionnalités, comme la visioconférence (jusqu’à présent, la plateforme proposait uniquement des appels vocaux).

Elle met également en place des lignes d’assistance téléphonique destinées au personnel de ses clients. Depuis la fin du mois de mars, les employés de la chaîne de restauration rapide KFC peuvent ainsi poser anonymement leurs questions sur un standard téléphonique. Elles sont ensuite traitées par le logiciel de Voximplant, puis transmises au service des ressources humaines. Enfin, les réponses sont envoyées sous forme d’e-mail groupé. Au cours des deux premières semaines, l’enseigne a reçu une trentaine d’appels, dont la majorité portait sur les conditions de travail pendant l’épidémie. « Nous avons créé des lignes d’assistance similaires en Suède, en Allemagne et aux États-Unis », précise Alexeï Aïlarov.

Le stand Voximplant à la conférence sur les communications Enterprise Connect 2019, à Orlando (États-Unis), en mars 2019. Photo : Voximplant

Dans le même temps, le ralentissement de l’activité économique en avril et mai n’a pas épargné la plateforme, dont le trafic quotidien a baissé d’environ 20 %. Sa direction se montre toutefois optimiste : « Nous devrons réexaminer nos projets en tenant compte d’une croissance plus faible que prévue, mais nos recettes sont suffisamment stables pour que nous puissions continuer à nous développer sans réduire nos dépenses », assure son fondateur.

La bonne santé de l’entreprise ne lui permet toutefois pas de se montrer trop accommodante avec ses clients – par exemple des compagnies aériennes – qui lui demanderaient des reports de paiement. « Nos utilisateurs comprennent généralement que nous avons aussi des frais, notamment vis-à-vis des opérateurs téléphoniques, et que nous ne pouvons suspendre indéfiniment la facturation des services que nous continuons de leur fournir malgré la crise », souligne l’entrepreneur.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *