Le fils Cousteau à la rescousse des baleines russes

L’océanologue français Jean-Michel Cousteau – fils du commandant Jacques-Yves Cousteau – a écrit à Vladimir Poutine pour que la Russie interdise la capture de cétacés dans ses eaux territoriales. Un combat qu’il mène depuis plus d’un an.

En février 2019, des photographies parues dans les médias du monde entier révèlent la captivité de 11 orques et 93 bélugas dans des bassins à proximité de Nakhodka, dans l’Extrême-Orient russe. Capturés en mer d’Okhotsk, les cétacés étaient destinés à des parcs aquatiques chinois.

Ces clichés suscitent une vague d’indignation à travers le monde. Une pétition sur le site Change.org récolte 1,4 million de signatures, dont celle de l’acteur américain Leonardo Di Caprio.

Bélugas en captivité près de Nakhodka, dans l’Extrême-Orient russe, le 1er mars 2019. 
Photo : Yuri Smityuk / TASS

Aussitôt, un collectif d’environnementalistes, conduit par l’océanologue français Jean-Michel Cousteau, écrit à Vladimir Poutine. Le Français propose que l’association dont il est membre, The Whale Sanctuary Project, s’occupe des cétacés. « Les conditions de captivité menacent leur santé sur le long terme. Les bassins sont petits et encombrés, trop peu profonds », ajoute le président américain de l’ONG, Charles Vinick.

D’abord reçus à Moscou par le ministre russe de l’Environnement, Dmitri Kobylkine, les deux hommes visitent les bassins le 5 avril 2019. Trois jours plus tard, le gouverneur du territoire du Primorié, Oleg Kojemiako, ordonne la libération des animaux.

Deux mois plus tard, une loi interdisant la capture de mammifères marins est annoncée par le vice-Premier ministre Alexeï Gordeïev. Elle n’a pas encore vu le jour.

Pétition en ligne

La Russie, qui réglemente strictement la pêche aux cétacés par l’industrie alimentaire, autorise la capture de spécimens sauvages à destination des parcs aquatiques. Les baleiniers écoulent facilement leurs prises en Chine, l’un des rares pays à ne pas recourir systématiquement à l’élevage en captivité dans ses aquariums.

Jean-Michel Cousteau. Photo : RIA Novosti

Craignant de voir réapparaître les « prisons à baleines », les écologistes russes ont lancé à l’automne une pétition en ligne réclamant une interdiction de capture pour cinq espèces : le béluga, le globicéphale, l’orque, le dauphin souffleur et le dauphin à flancs blancs du Pacifique.

Le 23 décembre 2019, le projet, qui a recueilli plus de 100 000 signatures, est transmis à un comité d’experts. Il reçoit le soutien du ministère de l’Environnement et de plusieurs chercheurs rattachés à l’Académie des sciences de Russie.

Les militants craignent toutefois que ces avis ne soient pas entendus du chef du comité d’experts, l’ex-député Vladimir Pliguine : « Il n’a aucune expérience en matière de conservation des espaces naturels et des ressources halieutiques, estime Dmitri Lissitsyne, président de l’ONG Veille écologique de Sakhaline. Il a écouté les arguments de l’agence fédérale de pêche et du ministère de l’Agriculture, mais n’a pas demandé à entendre le ministère de l’Environnement, pourtant le premier concerné dans cette affaire. »

Ces craintes se révèlent rapidement fondées : le 2 avril, la commission émet un premier avis défavorable. Elle se fonde notamment sur une étude indiquant que la population d’orques en mer d’Okhotsk est restée stable (un peu plus de 10 000 spécimens) ces dernières années. « La pêche d’un petit nombre d’individus à destination de parcs aquatiques n’a pas eu d’effet négatif dans la région », se justifie la commission, qui préconise toutefois un renforcement des contrôles des conditions de captivité.

Chasse à la baleine grise dans la mer de Béring.
Photo : Yuri Smityuk / TASS

À la fin du mois de mai, Jean-Marie Cousteau et Charles Vinick se sont à nouveau adressés à Vladimir Poutine. « Nous avons récemment pris connaissance des délibérations du comité d’experts, soutenons l’interdiction de la pêche aux cétacés et espérons que la Russie prendra la tête du combat pour la protection des baleines et des dauphins contre les pratiques cruelles de capture à des fins récréatives, écrivent-ils. Nous croyons cette initiative essentielle pour l’avenir de nos océans. »

Au cours d’une réunion avec des écologistes, le 5 juin, le chef de l’État a rappelé que le projet de révision constitutionnelle érigeait en priorité la protection des animaux. « Il est urgent d’adopter les lois qui fassent de nous des êtres civilisés », a-t-il ajouté.

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