Le Baïkal vidé de ses touristes

Sur l’île d’Olkhon, la plus grande du lac Baïkal, les mesures de confinement ont porté un coup dur au tourisme, la principale activité économique de la région.

À Khoujir, où vit l’écrasante majorité des 1 700 habitants permanents de l’île, les rues habituellement animées sont vides depuis deux mois. Pour endiguer l’épidémie de Covid-19, le confinement a été imposé dans toute la région d’Irkoutsk (Sibérie orientale) dès le 31 mars et vient d’être prolongé jusqu’au 7 juin. Les établissements touristiques ignorent encore quand ils pourront reprendre leurs activités.

« Même si j’avais ouvert malgré l’interdiction, je n’aurais pas pu recevoir de clients : l’île est interdite aux non-résidents », souligne Ekaterina, gérante de la Rive de l’espoir, une base de loisirs comptant trois chalets. Le bac assurant la liaison entre Olkhon et le « continent » (douze kilomètres) fonctionne en horaires réduits et uniquement pour les résidents et le ravitaillement des neuf villages de l’île.

Une île déserte

De manière générale, les mesures ont d’abord été plutôt bien accueillies par les habitants d’Olkhon, inquiets de leur vulnérabilité en cas d’épidémie : le dispensaire local ne compte ni spécialiste ni appareil respiratoire, et le personnel ne dispose pas d’équipements de protection. L’hôpital le plus proche se trouve à Irkoutsk, à plus de trois cents kilomètres de là (cinq heures de route). Une distance que les éventuels malades doivent parcourir par leurs propres moyens : on ne trouve pas d’ambulance sur Olkhon.

La rue centrale de Khoujir, sur l’île d’Olkhon. Photo : Kirill Shipitsin / RIA Novosti

Cependant, les semaines passant, la peur de la maladie a laissé place à celle de la faillite pour les professionnels du secteur touristique, dont l’île dépend entièrement. « À Khoujir, une famille sur deux loue des chambres d’hôtes. Les autres sont employés dans les hôtels, les restaurants et les magasins des environs », confirme Ekaterina.

D’après la direction du Parc national Pribaïkalski, en 2019, l’île a accueilli 142 200 visiteurs (+ 17 % en un an) : un tiers de Chinois, beaucoup d’Européens (Allemands, Français, Belges), environ 20 % d’autochtones et 13 % de Russes venus des autres régions.

« Le tourisme intérieur pourrait devenir un des principaux moteurs de la relance des économies régionales ainsi que de plusieurs dizaines de secteurs connexes. »

Selon Ekaterina, les Chinois représentent jusqu’à 80 % des touristes en hiver (janvier-mars). Cette année, ils n’auront pu profiter du Baïkal qu’un seul mois, la Russie ayant fermé sa frontière avec la Chine le 31 janvier.

Pari sur le tourisme intérieur

Malgré la levée du confinement – que tous espèrent imminente –, l’été s’annonce difficile pour les habitants d’Olkhon. Sans clients pendant de longs mois, beaucoup peinent à rembourser les investissements consentis avant l’hiver, quand d’autres n’ont pas pu se préparer pour la saison estivale.

« Comment accueillir des touristes après toutes les pertes des derniers mois ? Comment les hôtels, les restaurants et les transporteurs vont-ils financer leur activité des premières semaines ? », s’interroge Natalia Bentcharova, copropriétaire de plusieurs chalets sur l’île. Pour elle, de nombreux professionnels mettront la clef sous la porte avant la fin de l’été.

Le débarcadère, la porte d’entrée de l’île d’Olkhon. 
Photo : RIA Novosti

Ni Natalia ni Ekaterina ne s’attendent à une reprise rapide du tourisme. Selon elles, la pandémie dissuadera ou empêchera beaucoup d’étrangers de voyager. Les professionnels du secteur misent pour l’instant sur les touristes russes, en particulier les autochtones et les habitants des régions voisines.

Un espoir entretenu par les déclarations récentes de Zarina Dogouzova, la ministre du Tourisme : « Le tourisme intérieur pourrait devenir un des principaux moteurs de la relance des économies régionales ainsi que de plusieurs dizaines de secteurs connexes, y compris celui des transports », a-t-elle déclaré le 7 mai.

Deux semaines plus tard, le Premier ministre, Mikhaïl Michoustine, a appelé directement la population à s’abstenir de voyager à l’étranger, soulignant que « passer ses vacances en Russie est plus judicieux et plus sûr ».

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *