Coiffeurs, instituts de beauté : Enfin ouverts !

À partir du 9 juin, les instituts de beauté, salons de coiffure et barbiers de Moscou sont enfin autorisés à rouvrir leurs portes. Depuis trois mois, les professionnels du secteur étaient passés au système « D ».

À Moscou, pendant de longues semaines, les professionnels de la beauté ont rongé leur frein. Beaucoup espéraient pouvoir reprendre leurs activités le 1er juin, à l’instar des blanchisseries, laveries, cordonneries et autres commerces de services. Sergueï Sobianine, le maire de la capitale, en avait décidé autrement : pour lui, l’ouverture des instituts de beauté, des salons de coiffure et de tatouage risquait de relancer la propagation du Covid-19.

« On peut survivre sans coiffeurs », se justifiait-il sur la chaîne de télévision Rossiya 1. Deux mois après le début du confinement, près des deux tiers des 12 000 établissements de la ville seraient au bord de la faillite.

Prise de température systématique à la « Beauty House R’Legend Roman Tsakoti », à Moscou, le 9 juin 2020. Photo : RIA Novosti

Télécoiffure…

Privés de revenus, beaucoup d’établissements ont d’abord rouvert clandestinement pour pouvoir payer leur loyer et les salaires de leurs employés. Si certains ne s’en cachaient pas et proposaient leurs services sur les réseaux sociaux, d’autres recevaient leurs habitués grâce au bouche-à-oreille. Au nord-ouest de Moscou, un institut de beauté accueillait ses clients sur rendez-vous en les faisant entrer par la porte de service… À l’intérieur, le nombre de clients était limité à deux et les esthéticiens portaient un masque et des gants.

Afin d’éviter la clandestinité et de compenser une partie de leurs pertes, certains établissements ont créé des applications « spécial confinement ». L’institut Call me baby propose ainsi un cours de maquillage en ligne intitulé « Sois ton propre visagiste » pour un montant allant de 3 500 à 10 000 roubles (de 45 à 130 euros) en fonction des services offerts (cours individuels, conseils d’un spécialiste, participation à des concours, etc.). « Nous avons aussi lancé un atelier pour les parents qui veulent coiffer leurs enfants », explique Lina Dembikova, propriétaire du salon.

« Le barbier portait un masque et des gants, et il a désinfecté tous ses instruments devant moi. »

Des initiatives personnelles ont également vu le jour, certains employés ayant décidé de travailler chez eux. « Au début du confinement, je ne pensais pas qu’on en aurait pour plusieurs mois et j’ai refusé de recevoir même les clients réguliers », explique Anastasia. La situation s’éternisant, elle a finalement changé d’avis pour pouvoir continuer à payer son loyer et nourrir sa fille en bas âge. « J’ai compris que l’État nous avait abandonnés et j’ai accueilli chez moi tous les clients qui souhaitaient des soins – en respectant les mesures sanitaires, bien sûr », poursuit la jeune femme. Elle ajoute que, dans son secteur, elle est de toute façon habituée à porter un masque et à désinfecter son poste de travail après chaque client.

Ces précautions sont d’ailleurs saluées par les clients : « Le plus important pour moi était que les mesures sanitaires de base soient respectées, explique Mark, qui a trouvé son barbier sur un site de petites annonces, Avito. Le barbier portait un masque et des gants – sauf quand ce n’était vraiment pas pratique – et il a désinfecté tous ses instruments devant moi. »

Casse-tête sanitaire

Le 25 mai, à l’initiative de l’Association des entrepreneurs du secteur de la beauté (APIK), un millier de coiffeurs, de tatoueurs et d’esthéticiennes ont publié sur Instagram des photos et des vidéos avec le mot clef #PlusSûrÀL’Institut et le slogan « Nous voulons travailler ! ». Ils y montraient les équipements de protection et les désinfectants utilisés dans leurs établissements – épidémie ou non – et appelaient les autorités à annoncer la date de leur réouverture.

Si leur demande a enfin été exaucée, les établissements sont confrontés à un nouveau casse-tête : respecter les recommandations de l’agence sanitaire Rospotrebnadzor. Accueil d’un client à la fois, avec un intervalle de vingt minutes entre deux, port obligatoire d’une blouse médicale, d’une charlotte et d’un masque – à changer toutes les trois heures –, sans oublier le respect d’une distance d’un mètre cinquante entre le client et l’employé.

#PlusSûrÀL’Institut, deux esthéticiennes au salon de beauté « Studio Superlik », à Moscou.
Photo : Instagram / @kim_marina_v

« Comment s’occuper du client sans s’approcher de lui ? », s’étonne Alexeï Lokontsev, fondateur de la chaîne de barbiers Top Gun.

Pour la sociologue Svetlana Barsoukova, professeur à l’École des hautes études en sciences économiques, l’effondrement du marché et la distanciation physique favoriseront encore les pratiques illégales : « Les coiffeurs inviteront les clients chez eux pour leur offrir des soins sans devoir constamment veiller à garder leurs distances, explique-t-elle. Naturellement, ces services ne seront pas déclarés. »

Enfin, la soudaineté de l’annonce de la mairie, survenue la veille de l’ouverture des salons, a surpris plus d’un professionnel et pourrait entraîner un léger retard au démarrage.

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