EHESE : une fac russe confinée dans Minecraft

Confinés depuis la fin de mars, des étudiants de l’École des hautes études en sciences économiques (EHESE) de Moscou se sont amusés à reconstruire le campus de leur université dans le jeu vidéo de construction Minecraft (une sorte de Lego virtuel très populaire dans le monde entier). Des cours y ont déjà lieu.

Lors de l’inauguration du campus virtuel, le recteur de l’EHESE, Iaroslav Kouzminov, a souligné que la « Vychka » (le surnom de l’université) se développait et s’adaptait aux nouvelles conditions imposées par l’épidémie de coronavirus, en conservant toute sa créativité, sa virtuosité et son esprit d’initiative. Les élèves – « présents » sur place grâce à un avatar – ont ensuite pu visiter l’établissement numérique et assister à plusieurs cours. Une exposition de mèmes (images, vidéos ou textes massivement repris et détournés sur internet) et un concert du célèbre chanteur de pop Valeri Meladze se sont également tenus sur la plateforme.

Inauguration du campus virtuel en visioconférence par le recteur de l’EHESE, devant une assemblée d’avatars. Photo : hse.ru

Séduites par l’idée, huit autres universités russes se sont à leur tour lancées dans la construction de leur équivalent virtuel.

Le coup de pouce du virus

Les étudiants de l’EHESE songeaient depuis longtemps à créer une copie virtuelle de leur campus. L’instauration du confinement et la mise en place de cours à distance, au milieu du mois de mars, les a encouragés à concrétiser leur idée.

« Toutes les conditions étaient réunies : la volonté des étudiants d’occuper leur temps libre, les possibilités techniques et même le soutien de la direction », explique Olessia Iakovleva, une des conceptrices de la « Vychka » virtuelle. Le frère du vice-recteur de l’université – un joueur assidu de Minecraft suivi par cinq millions de personnes – a proposé d’installer le campus sur son serveur, et l’administration de l’école a transmis aux élèves un plan détaillé de l’édifice pour que sa version « minecraftée » soit la plus fidèle possible à l’original.

À l’avenir, le campus virtuel pourrait accueillir des conférences et des journées portes ouvertes, accessibles aux étudiants d’autres villes du pays.

« Désœuvrés et déprimés de ne plus voir leurs camarades de classe, un grand nombre d’étudiants – de la première à la dernière année – ont immédiatement rejoint le projet », poursuit Olessia Iakovleva.

Tourné vers l’avenir

Le site reconstitué est le nouveau complexe universitaire de l’EHESE, inauguré en septembre dernier sur le boulevard Pokrovkski, dans le centre historique de Moscou. Constitué de treize bâtiments reliés par trois atriums et accueillant chaque jour plusieurs milliers d’étudiants, il est le cœur de la vie estudiantine, scientifique et culturelle de l’université. Il abrite également les bureaux de la direction, qui y a déménagé l’an dernier.

L’atrium de la Vychka, un mélange architectural d’ancien et de moderne.
Photo : twitter/@su_hse

Entouré de façades historiques, l’atrium central de plus de 2 000 mètres carrés, lieu de rencontre favori des étudiants et de leurs professeurs, a été beaucoup plus facile à construire en ligne que dans la réalité, souligne Olessia Iakovleva. Il est en effet adossé à l’arrière de l’hôtel particulier Dourassov, un édifice précieux, inscrit au patrimoine culturel comme un des rares vestiges épargnés par l’incendie déclenché pendant l’occupation napoléonienne de 1812. La construction de l’atrium avait également nécessité de déplacer toute une aile de la maison voisine, érigée à l’époque soviétique.

Le campus virtuel de l’EHESE ne fermera pas ses portes après le déconfinement (prévu le 1er juin à Moscou). Dmitri, élève en deuxième année de licence, envisage d’ailleurs la reconstitution virtuelle d’un autre bâtiment universitaire, situé rue Staraïa Basmannaïa, où il étudie. « Je suis en train de réunir une équipe », précise-t-il. En outre, selon Olessia Iakovleva, ce nouveau support numérique pourrait accueillir certains événements annuels, comme des journées portes ouvertes, des séminaires et des conférences. Cela permettrait d’ouvrir la vie de l’établissement aux étudiants des campus de la « Vychka » situés dans d’autres villes du pays – à Saint-Pétersbourg, Perm ou encore Nijni-Novogorod.

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