Déconfinement : les régions en ordre dispersé

Vladimir Poutine a délégué aux autorités locales le soin d’organiser le déconfinement en fonction de leur propre situation sanitaire et économique. Les règles varient fortement d’une région à l’autre.

Le 6 mai, Anna Popova, directrice de l’agence fédérale sanitaire russe (Rospotrebnadzor), a présenté un plan de déconfinement en trois étapes. Lors de la première phase, les promenades et la pratique sportive en plein air sont autorisées à condition de respecter la distanciation sociale. Les petits commerces, les instituts de beauté et autres sociétés de services peuvent par ailleurs reprendre leurs activités. La deuxième étape voit l’ouverture de certaines écoles et des grandes surfaces. La troisième, enfin, concerne tous les commerces et établissements scolaires, ainsi que les cafés, restaurants, centres commerciaux, hôtels, théâtres, musées, parcs, piscines, etc.

Déconfinement à la carte

Ce « calendrier » et les critères fixés pour le passage d’une étape à l’autre, qui prennent notamment en considération la vitesse de propagation du coronavirus au niveau régional, le nombre de tests effectués quotidiennement et les capacités d’accueil des hôpitaux, n’ont toutefois qu’une valeur indicative.

Ainsi, tandis qu’au 12 mai, seuls trente-trois des quatre-vingt-cinq sujets fédéraux remplissaient les conditions d’un passage en phase 1, une soixantaine de régions ont aussitôt assoupli les mesures de restriction. Selon les données officielles, le 11 mai, la Russie enregistrait un nombre record de nouveaux cas de contamination (11 656).

L’île de Sakhaline n’est plus accessible qu’aux résidents et aux personnes testées négatif au Covid-19.

Dans la région de Mourmansk, dès le 12 mai, les habitants ont pu reprendre leurs activités extérieures habituelles, excepté les personnes de plus de soixante-cinq ans et celles souffrant de maladies chroniques. La région était alors sixième au nombre de malades (2 428 cas officiels). Au Tatarstan, toutes les grandes entreprises avaient déjà repris leurs activités le 6 mai et, depuis l’annonce du président, le confinement n’est plus obligatoire, y compris pour les personnes âgées.

À l’inverse, Saint-Pétersbourg a prolongé le confinement jusqu’au 31 mai, à l’instar du territoire de Krasnodar et de la Crimée, principales destinations ensoleillées du pays. Inquiètes d’un possible afflux de visiteurs dans les prochaines semaines, les autorités de la péninsule envisagent d’ailleurs le confinement obligatoire des touristes pendant quatorze jours…

À Moscou, en dépit d’une baisse continue du nombre de nouveaux cas (2054 le 28 mai, pour 3793 guérisons), le maire, Sergueï Sobianine, a prolongé le confinement (débuté le 30 mars) jusqu’au 14 juin. Les chantiers et les sociétés industrielles ont toutefois été autorisées à reprendre leurs activités le 12, les administrations le 25 et les magasins (autres qu’alimentation et pharmacie) pourront rouvrir à partir du 1er juin. Dans le même temps, le système de laissez-passer a été renforcé pour les personnes habitant à l’extérieur de la ville, et le port du masque est désormais obligatoire dans les rues.

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Novossibirsk, le 20 mai 2020. Les grandes vacances ont déjà commencé sur les rives de l’Ob. Photo : Kirill Kukhmar / TASS

Enfin, dans certaines régions, les autorités multiplient les annonces contradictoires, propres à dérouter la population. Celles d’Ekaterinbourg, de Belgorod et de Smolensk ont ainsi commencé par annoncer l’ouverture prochaine des centres commerciaux, des magasins et des cafés, avant de faire machine arrière – souvent sous la pression des antennes locales de Rospotrebnadzor.

La région de Sakhaline (qui rassemble l’île du même nom et les Kouriles, dans l’Extrême-Orient) a quant à elle fermé son territoire et, depuis le 14 mai, n’est plus accessible qu’aux personnes y étant domiciliées ou disposant d’un laissez-passer électronique. Ces derniers doivent en outre présenter un test officiel négatif au Covid-19.

Impératifs budgétaires

Selon le journal Novaïa Gazeta, deux tiers des régions russes ont assoupli les mesures de confinement en faisant fi des recommandations des autorités sanitaires. La raison ? Le ralentissement économique et la baisse des recettes budgétaires.

« Face au déficit budgétaire croissant, les gouverneurs n’ont pas d’autre choix que de remettre la population au travail pour relancer l’activité économique », explique Natalia Zoubarevitch, professeur de géographie économique et sociale à l’université d’État de Moscou.

Afin de parer au plus pressé, le Premier ministre Mikhaïl Michoustine a annoncé, le 24 mai, l’octroi de cent milliards de roubles (1,3 milliard d’euros) à cinquante-six régions dont les recettes budgétaires étaient, au 1er mai 2020, inférieures à celles des deux précédentes années, afin de couvrir leurs dépenses les plus urgentes.

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