Confinement : les délinquants s’adaptent

Si l’introduction des mesures de confinement a entraîné une chute du nombre des délits en Russie, elle a également donné lieu à de nouvelles formes d’escroquerie. 

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, la criminalité reste « stable et sous contrôle » en Russie, selon un rapport du ministère de l’Intérieur en date du 20 avril. Entre janvier et mars 2020, le nombre de meurtres et de tentatives de meurtre a baissé de 4,9 % par rapport à la même période de l’année dernière. Les vols avec violences affichent la chute la plus marquée (-22,4 %), tandis que les agressions ont diminué de 3,3 %. Les détournements de fonds (-1,7 %) et les incendies criminels (-1,5 %) baissent également. Enfin, les délits ont diminué de 11 % dans les transports en commun.

La police russe a recensé des cas d’arnaques aux faux tests de dépistage et aux faux traitements anti-coronavirus, ainsi qu’une hausse du piratage informatique.

Le ministère souligne, en outre, la diminution de 3,8 % de la criminalité liée au trafic d’armes (7 500 cas enregistrés entre janvier et mars) et celle de 17,6 % du nombre de vols d’armes, de munitions, de substances et engins explosifs (243 cas). Par ailleurs, en trois mois, 1 400 délits ont été commis à l’aide d’une arme, soit 6,8 % de moins que l’an dernier. 

La baisse des violences s’explique par l’instauration d’un confinement strict dans la majorité des grandes villes du pays. « À Moscou, Saint-Pétersbourg, Krasnodar et ailleurs, les délinquants sont contraints de rester chez eux compte tenu de la présence renforcée de patrouilles de police dans les rues et de l’efficacité des caméras de surveillance », souligne Igor Soundiev, vice-président de l’Association russe de criminologie. Du reste, la baisse de la fréquentation des rues par la population (au mois d’avril, selon la mairie de Moscou, entre 60 % et 80 % des habitants sont restés confinés chez eux) n’est pas non plus étrangère au phénomène : moins de monde dans les rues, cela signifie moins de « cibles » potentielles mais aussi moins de possibilités de se fondre dans la foule pour échapper à la police et aux caméras. 

Contrôle de police sur la Colline aux moineaux, un des principaux lieux de promenade de Moscou, le 9 mai 2020. Photo : Valery Sharifulin / TASS

Les arnaques du confinement 

Dans le même temps, la criminalité prend de nouvelles formes, et les escroqueries en ligne ou par téléphone se développent. Elles exploitent d’ailleurs pleinement les circonstances : « J’ai reçu un SMS m’informant que j’avais enfreint les règles du confinement et que je devais payer une amende de 4 000 roubles [cinquante euros, ndlr], sous peine de blocage de ma carte bancaire », raconte Natalia, mère au foyer moscovite. Elle a immédiatement contacté la police, qui lui a confirmé qu’il s’agissait d’une tentative d’extorsion. 

Environ 30 % des policiers moscovites sont en quarantaine.

Dans la région de Moscou, des escrocs vendent une vingtaine d’euros les laissez-passer électroniques obligatoires pour se déplacer en voiture ou en transport en commun. « Le ministère de l’Intérieur rappelle que tous les prétendus services de ce genre sont illégaux et visent uniquement à soutirer de l’argent et à subtiliser des données personnelles. Les demandes de laissez-passer électroniques sont à déposer gratuitement sur le site de la région », rappellent les autorités. 

La police russe a également recensé des cas d’arnaques aux faux tests de dépistage et aux faux traitements anti-coronavirus, ainsi qu’une hausse du piratage informatique – les employés travaillant à distance, sur des ordinateurs familiaux souvent mal protégés, constituant des cibles privilégiées. Globalement, selon le ministère de l’Intérieur, la criminalité utilisant les nouvelles technologies a explosé en avril (+84 %). 

Un déconfinement problématique 

Le calme relatif observé ces dernières semaines devrait être de courte durée : « Une multitude de petites entreprises vont mettre la clé sous la porte et de nombreux Russes se retrouver sans travail. Certains tomberont dans la délinquance – vols, arnaques – afin de nourrir leur famille », affirme l’ancien policier Vladimir Vorontsov. 

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Arrestation de trois vendeurs de faux tests de dépistage, à Moscou, le 9 avril 2020. Photo : Ministère de l’Intérieur de la Fédération de Russie

Igor Soundiev, vice-président de l’Association russe de criminologie, pointe du doigt, quant à lui, la situation précaire des immigrés qui n’ont pas pu retourner dans leur pays en raison de la fermeture des frontières : « Les ressortissants des anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale venus travailler en Russie sont les plus vulnérables aux conséquences de l’épidémie – chômage, problèmes de logement, etc. Un grand nombre ira grossir les rangs des délinquants », prévient-il.

La police est-elle prête à faire face à une probable hausse de la criminalité ? Non, selon Vladimir Vorontsov : « Les effectifs des services essentiels (patrouilles, brigade criminelle) ont été réduits. Quant aux policiers qui restent, leur maigre rémunération et le manque de protection ne les poussent pas au zèle… » 

Mikhaïl Pachkine, le directeur du Syndicat moscovite de police, ne partage pas entièrement cet avis. « Le montant des salaires n’est pas un problème dans la capitale : la mairie a donné une prime de trente mille roubles [375 euros] aux policiers en service pendant le confinement. Les effectifs sont suffisants et peuvent compter, si besoin, sur le renfort de la Garde nationale », souligne-t-il. Pour le syndicaliste, la question se pose toutefois dans les régions, où les policiers et les caméras de surveillance sont moins nombreux. « La situation est aggravée par le fait que l’épidémie a également éclairci les rangs de la police, ajoute-t-il. À Moscou, par exemple, environ 30 % des policiers sont en quarantaine pour avoir côtoyé une personne contaminée ou l’avoir été eux-mêmes… » 

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