Des nouvelles de l’épouvantail

Partout dans le monde, les mesures de confinement se durcissent ; les Français râlent beaucoup de n’avoir pas le droit de remplir au crayon à papier leur attestation de sortie, ou de devoir s’acquitter de 135 euros au premier manquement, puis de 1 000 au deuxième. J’ai eu une pensée pour eux en apprenant qu’en Russie, le président de la Douma, Viatcheslav Volodine, avait proposé de sanctionner ceux qui braveraient le confinement de sept ans de prison. Le président de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, est même allé plus loin, déclarant qu’ils méritaient tout simplement la mort.

Le coronavirus nous obsède tous, et l’on voit déjà apparaître sur internet des bandes dessinées dans lesquelles il est un personnage à part entière, représenté sous la forme d’un virus schématisé : une sorte de boule avec des piquants autour. À Krasnoïarsk, une famille lui a même donné la forme d’un épouvantail portant autour du cou un écriteau où l’on pouvait lire son nom en cyrillique : КОРОНАВИРУС. Après une séance photo où chacun pouvait lui pointer une arme sur la tête en souriant, il y a été mis feu.

Photo : gudok.ru

Si cette famille a su comment faire de mauvaise fortune bon cœur et tirer un moment convivial de la situation, d’autres se sont aussitôt montrés plus bassement intéressés. À Novokouznetsk, un entraîneur de fitness de retour de Chine a ainsi cherché à mettre à profit ses chances d’avoir été infecté : il a donc écrit à plusieurs hommes d’affaires de la ville pour leur proposer d’aller tousser et éternuer dans les bureaux de leurs concurrents, moyennant 50 000 roubles (575 euros). Il se rendrait ensuite dans un centre médical où il déclarerait avoir des symptômes, et indiquerait qu’il s’était rendu en ces lieux, lesquels seraient donc obligés de fermer. Malheureusement pour lui, les premiers à l’avoir contacté ont été les policiers.

Ce jeune homme n’a pas été le seul à ne pas prendre le virus au sérieux : la semaine dernière, Lev Lechtchenko, un célèbre chanteur des années 1980, a fanfaronné à son retour des États-Unis sur « l’artificialité » du virus, vraisemblablement inventé de toutes pièces pour des raisons politiques ou financières. Il a appelé à continuer à vivre comme si de rien n’était, le meilleur moyen à l’en croire de combattre les conséquences apocalyptiques annoncées par la presse. Diagnostiqué positif au COVID-19 depuis sa déclaration, il est actuellement en réanimation.

À l’inverse, certains ont voulu le prendre au sérieux et en ont été empêchés : à Kaliningrad, une jeune femme cherchant à obtenir un rendez-vous en ligne dans une clinique s’est vu opposer un refus, sous prétexte qu’elle était morte depuis trois ans. Interloquée, elle a contacté le portail régional de la santé, qui lui a confirmé qu’elle était bien décédée d’une cirrhose du foie depuis plusieurs années. Elle a porté plainte auprès du procureur de la Fédération de Russie.

Comme vous le voyez, les journaux locaux russes sont eux aussi remplis du virus mondial. Pourtant, parallèlement à cette déferlante d’informations marquées par le COVID-19, on continue à relater des faits divers qui semblent venir d’un autre monde, où, si ce danger-là semble absent, il s’en trouve bien d’autres. Florilège :

Kirsanov. Invité avec sa femme à passer la soirée chez un couple d’amis, il refuse de jouer son épouse aux cartes ; son hôte le tue.

Kouzbass. Furieuse d’avoir entendu quelqu’un faire claquer à grand bruit la porte de l’immeuble, une jeune femme sort dans l’escalier et commence à crier. Un homme vient lui dire de se calmer, elle le tue.

Kamtchatka. Un député n’ayant pas ses papiers sur lui prend la fuite en voiture lorsqu’un inspecteur lui demande son permis, traînant sur plusieurs mètres le représentant de la loi qui s’accroche à sa portière.

Kaliningrad. Fatigué qu’un résident de 72 ans ne cesse de se plaindre de sa gestion, le président d’un syndicat de copropriété offre 100 000 roubles à une connaissance pour son assassinat.

Coronavirus ou pas, au vu de ces titres, la consigne aurait pu être la même : #RestezChezVous.

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