Confinement à Moscou : une surveillance très relâchée

La capitale russe est officiellement confinée depuis le 30 mars, par décret municipal. Dix jours plus tard, la police surveille encore sans punir, et la population est globalement obéissante.

Si les personnes âgées de 65 ans et plus, celles revenant de l’étranger, les patients atteints du coronavirus et ceux ayant été en contact avec eux sont soumis à une quarantaine stricte, les autres Moscovites peuvent quitter leur domicile afin de faire leurs courses alimentaires et de première nécessité, aller à la pharmacie, sortir leurs poubelles et promener leurs animaux de compagnie (dans un périmètre de cent mètres autour de chez eux). À ce jour, la ville n’est pas fermée : libre à chacun de faire des allers-retours à la campagne. Par ailleurs, ces restrictions ne s’appliquent évidemment pas aux employés des secteurs « d’importance vitale » : agents des forces de l’ordre, personnels de santé, employés des magasins d’alimentation, etc.

État d’alerte

La loi russe prévoit la possibilité pour le chef de l’État, le gouvernement ou les autorités locales, d’instaurer un « état d’urgence » se traduisant par un couvre-feu, une interdiction partielle ou complète des déplacements, ou encore la mobilisation de la population à des travaux d’intérêt général.

« Les autorités nous fichent encore une paix relative : évitons de les provoquer ! »

Pour l’heure, la capitale russe se trouve actuellement dans une situation d’« alerte élevée », inédite sur le plan juridique. Le 3 avril, le maire a signé une loi permettant de verbaliser les infractions à ce régime spécial à partir de 5 000 roubles (une soixantaine d’euros), et jusqu’à 300 000 roubles environ (3 500 euros) en cas de récidive. Toutefois, dès le lendemain, il était précisé que ces amendes ne s’appliqueraient qu’en cas de non-respect de la quarantaine – non du confinement. Depuis la signature d’un arrêté gouvernemental en date du 8 avril, les rares patrouilles de police qui arpentent les rues sont toutefois autorisées à verbaliser les promeneurs indisciplinés.

Des Moscovites plutôt obéissants

Dès l’annonce du confinement, la presse – citant des sources anonymes à la mairie – a évoqué un projet de traçage de la population combinant caméras de surveillance, géolocalisation des téléphones et relevé des opérations bancaires. D’autres rumeurs ont annoncé l’obligation prochaine, pour chaque Moscovite, de renseigner adresse, profession et numéro de téléphone sur le site de la Ville, en échange d’une autorisation de déplacement (sous la forme d’un code QR à télécharger sur smartphone).

Dans la soirée du 31 mars, une application censée délivrer ces codes QR, développée par une entreprise liée à la mairie, est même apparue sur la plateforme de téléchargement Google store. Selon le quotidien Kommersant, son installation exigeait l’accès à toutes les applications présentes sur le téléphone de l’utilisateur (services bancaires, géolocalisation, fichiers sauvegardés, etc.). Les informations à analyser devaient en outre transiter par des serveurs installés en Allemagne et en Estonie – en contradiction formelle avec la loi russe, qui impose depuis quelques années le stockage des données des utilisateurs russes en Russie.

Contrôle de police sur la place Rouge, le 1er avril 2020. Photo : Valery Sharifulin / TASS

La polémique suscitée par ces révélations a contraint la mairie à faire machine arrière. Rapidement, les autorités municipales ont annoncé que tous ces dispositifs, y compris le système des codes QR, serviraient exclusivement à surveiller les personnes soumises à la quarantaine. Le 2 avril, le maire, Sergueï Sobianine, a déclaré que le « bon comportement » des Moscovites, depuis le début du confinement, rendait superflu tout système de laissez-passer. Quelque 80 % de la population se serait effectivement confinée d’elle-même, sans attendre qu’on l’y force.

Peur du gendarme invisible

Le président du parlement de Moscou, Alexeï Chapochikov, a opéré le même genre de volte-face sur la question des transports en voiture. Moins de vingt-quatre heures après avoir annoncé sa volonté de limiter à deux le nombre de passagers par véhicule (adieu les week-ends en famille, donc…), il est revenu sur ses déclarations face au tollé. La mairie a alors précisé que les automobilistes devraient simplement pouvoir justifier de leur déplacement et seraient tenus de détailler leur trajet aux agents de la police routière.

Cette politique « d’intimidation sans contrainte » semble néanmoins porter ses fruits. Sur internet, les Moscovites s’exhortent les uns les autres à rester chez eux. Et si certains commentaires évoquent le risque de contamination, la plupart sont inspirés par la peur d’un renforcement des mesures : « Oublions les promenades et respectons le confinement ! Sinon, la mairie finira par nous les imposer, ces satanés codes QR ! Ils nous fichent encore une paix relative : évitons de les provoquer ! »

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