Théâtre de l’absurde

C’est peu dire qu’une certaine pagaille règne cette semaine dans les esprits. Le coronavirus bouleverse les habitudes de nombre de gens autour du monde, et nous suivons tous avec angoisse les dépêches qui, chaque soir, annoncent le nouveau bilan des décès en France ou en Italie. En Russie, le service Yandex a même créé une carte permettant de suivre en temps réel le nombre de cas confirmés dans le monde ; on y découvre notamment une personne très malchanceuse résidant au nord du Kamtchatka, seule diagnostiquée positive à des milliers de kilomètres à la ronde, qui fait apparaître sur la mappemonde un petit chiffre « 1 », triste et loin de tout.

À l’heure où, en France, les supermarchés se vident et où il est question de confinement total, assorti de rumeurs d’armée déployée dans les rues pour le faire respecter, la Russie semble – pour le moment – relativement épargnée. Officiellement, on y recense un peu plus d’une centaine de cas et toujours zéro décès lié au virus.

Du côté de la presse internationale, on nage dans une sorte d’univers absurde : les consignes contradictoires et les informations rapidement démenties se succèdent à une cadence effrénée, entrecoupées de titres tels que : « Une réunion de crise sur le coronavirus annulée pour cause de coronavirus », ou encore : « Un séminaire d’entreprise “Travailler à l’heure du coronavirus” annulé à cause du coronavirus ». Pour le coup, la Russie ne fait pas exception à la règle, puisque j’ai lu récemment l’information suivante :

Lipetsk. Une procession contre le coronavirus annulée à cause du coronavirus.

À Kaliningrad, c’est le Jour du Hareng et ses festivités qui ont été annulés à cause de l’épidémie – et quand on connaît l’importance du hareng dans la cuisine russe, on comprend que le problème soit pris au sérieux.

Même les informations qui ne sont pas liées au virus – il en existe encore quelques-unes – baignent dans une sorte d’irréalité : tous les comportements semblent déréglés, et les brèves de presse relatant des faits irrationnels se multiplient. Ainsi, à Tchita, un hélicoptère militaire a tiré sur une maison d’habitation « par erreur » ; à Arkhangelsk, un journaliste du site 29.ru a dû payer une amende pour article extrémiste : il avait relayé l’information « une habitante d’Arkhangelsk condamnée à payer une amende pour article extrémiste » ; dans cette même ville, le chef d’un département du ministère de l’Intérieur a été jugé pour avoir obligé deux policiers à lui construire un sauna sur leurs heures de travail ; à Saratov, le magasin Castorama s’est mis à vendre des tuyaux d’évacuation des excréments estampillés « Sus à Berlin ! » ; et ainsi de suite…

Je sais que ma revue de presse est souvent étonnante, mais il me semble que, ces temps-ci, on nage en plein délire. Ce sentiment est apparemment partagé par le chef du Conseil d’État de la République d’Oudmourtie, qui a récemment annoncé sa démission en expliquant vouloir « simplement un peu de repos ». Je vous souhaite de réussir à profiter du confinement pour vous reposer, vous aussi !

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