Les Chemins de fer russes se féminisent

À partir du 1er janvier 2021, des métiers jusqu’à présent interdits aux femmes russes leur seront accessibles, notamment celui de conductrice de train. Au début du mois de mars 2020, le métro de Moscou et les Chemins de fer russes (RZD) ont ainsi lancé des projets pilotes de formation de la gent féminine à cette profession.

« Les femmes pilotent bien des avions – il n’y a pas de raison qu’elles ne puissent pas conduire des trains ou des métros, d’autant plus que cette activité n’est pas physiquement exigeante », commente Maxime Liksoutov, adjoint au maire de Moscou, pour l’agence TASS. Depuis le 1er mars dernier, le métro de la capitale russe forme son premier groupe de femmes au métier de conductrice, qui leur était interdit depuis les années 1980.

Les Chemins de fer russes (RZD) – qui ont été parmi les premiers à proposer de réduire la liste des professions interdites aux femmes, voire à la supprimer – lui emboîtera le pas en préparant, à partir du 1er juin, les femmes à la conduite des trains de banlieue Lastotchka.

Une conductrice de métro au début des années 1980. Photo : metro-photo

« Dix femmes participeront au projet pilote. Elles devront être majeures et diplômées de l’enseignement secondaire », indique le service de presse de la compagnie, précisant que la ligne ferroviaire circulaire de Moscou (MTsK) accueillera ses premières aides-conductrices dès 2021.

La formation durera six mois, au cours desquels les étudiantes se familiariseront avec les règles de sécurité et les aspects techniques des trains Lastotchka. Les cours pratiques consisteront en des séances de conduite dans des simulateurs. Après trois années de travail en tant qu’aides-conductrices, ces dernières pourront prétendre à la fonction de conductrice, pour l’instant réservée à leurs collègues masculins.

Un premier pas

D’après Oleg Belozerov, directeur général de RZD, la compagnie est d’ores et déjà techniquement prête à ce que des femmes conduisent ses trains. « Il y a de moins en moins de postes où les conditions de travail sont dangereuses. Nous fournissons des efforts constants pour améliorer les locomotives et les rendre confortables », affirmait M. Belozerov à la chaîne RZD-TV en juillet 2019. Un an plus tôt, il exprimait déjà l’espoir, à l’agence RIA Novosti, que les femmes prennent bientôt les commandes des trains à grande vitesse Sapsan, qui relient notamment Moscou à Saint-Pétersbourg et Nijni-Novgorod.

Près de 100 professions sont encore interdites aux femmes.

« Pourquoi seuls les hommes devraient-ils conduire des trains ? Dans les trains modernes, les conditions de travail sont sûres et confortables. Qui plus est, aucun effort physique important n’est nécessaire », souligne Sofia Egorova, administratrice du groupe Bodypositive sur le réseau social VKontakte. D’après la militante, un grand nombre de femmes préféreraient être conductrices de train plutôt qu’aides-soignantes ou caissières de supermarché, notamment en raison de conditions de travail et salariales plus avantageuses.

Oksana, ancienne hôtesse ferroviaire, souligne toutefois que les trains de nouvelle génération ne sont pas encore majoritaires sur le réseau. « On compte encore un très grand nombre de locomotives dépourvues de toilettes ou de lieux de restauration, et les conducteurs travaillent parfois dans des cabines sales et poussiéreuses, sans système de ventilation », confie-t-elle au site spécialisé Vgoudok. D’après elle, les femmes n’y ont pas encore leur place.

L’aide-conductrice de la navette ferroviaire de l’aéroport de Moscou vous souhaite un bon voyage… Photo : transport.mos.ru

Pour l’association féministe ONA (« Elle »), la décision de RZD n’est qu’un premier pas. « Il était grand temps que les Chemins de fer accueillent des conductrices. Mais nous ne nous battons pas seulement pour ce métier. Nous sommes contre n’importe quelle liste interdisant des professions aux femmes et pour la liberté de choix de chacune d’entre nous. C’est une bonne chose que des changements aient lieu mais nous sommes déjà en 2020. D’autres entreprises doivent suivre cet exemple », souligne une des membres de l’association à Vgoudok.

Une liste qui se réduit

Outre le métier de conductrice de train, la gent féminine pourra bientôt exercer ceux de conductrice de tracteur, chauffeuse de poids lourd, pêcheuse, parachutiste, maîtresse d’équipage, matelot ou encore mécanicienne soudeuse. Il ne s’agit là que de quelques-unes des plus de trois cents professions que le ministère du Travail a retirées, en juillet 2019, de la liste des métiers interdits aux femmes. Établie en 2000 et restée inchangée depuis, celle-ci n’en compte plus désormais que 98 au lieu de 456.

En février dernier, des sénateurs ont proposé de féminiser encore davantage de professions. Il leur faudra pour cela convaincre le ministère du Travail, qui analysera notamment le danger que représente chaque activité pour la santé reproductive des femmes. Pour cette raison, l’industrie chimique, les mines, le traitement des métaux, le forage de puits et l’extraction de pétrole et de gaz restent fermés au « beau sexe ».

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