Le rythme de l’Histoire

Pas un jour, depuis que le virus s’est répandu dans nos vies, sans qu’un expert, une voix autorisée, ne nous avertisse, ne nous harangue et, parfois, ne nous sermonne, sur nos insuffisances, notre égoïsme et notre futilité. À les en croire, nous serions devenus, au fil de notre époque, d’inconscientes machines à consommer, incapables de nous rassembler pour relever le défi épidémique qui se présente ‒ humaines épaves dispersées d’un système arrivé à bout de souffle. 

Politiques, économistes, philosophes et tribuns assermentés des médias, ce sont souvent les mêmes qui, il y a peu de temps encore, nous vendaient, sans relâche, le modèle de société qu’ils piétinent allègrement aujourd’hui. « On vous l’avait bien dit ! » On nous avait dit quoi, au juste ? Que l’individualisme néolibéral était notre seul horizon politique, culturel, historique. Les mêmes de s’indigner à présent de notre absence d’esprit collectif et de nous appeler à « faire nation ». Au fait, devons-nous tenter de ressembler à une nation, ou feindre de, juste le temps de deux ou trois mois de confinement ?

Pour échapper à ce camp de rééducation politique en devenir, pour faire sauter les cadenas que l’on pose actuellement à nos portes et dans nos esprits et, tout simplement, pour ne pas rester seul chacun chez soi, Le Courrier de Russie s’est tourné vers ceux qui invitent au rêve, à l’imagination et au plaisir de réfléchir : les écrivains. Les écrivains russes contemporains en l’occurrence, dont le regard – pas assez considéré en France – porte bien au-delà des steppes dans lesquelles on aime à les confiner, mais aussi bien au-delà de leur nombril et de celui de la Russie ; des écrivains qui s’inscrivent dans le rythme de l’Histoire. 

Evgueni Vodolazkine qui ouvre cette série nous rappelle à propos (1) que « la poésie a pour particularité de savoir expliquer intuitivement ce qui n’entre pas dans les catégories de la science ».

(1) « Ne te couche pas là où tous meurent ! », à lire ici

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