Juste pour se détendre

Les orthodoxes russes sont entrés en Carême avant-hier, lundi 2 mars, après une semaine de Mardi gras – car oui, chez eux, la « Maslenitsa » (c’est ainsi que l’on appelle ces réjouissances) dure du lundi au dimanche, et chaque jour a son thème festif propre. Avantage notable, donc, par rapport aux traditions catholiques, entaché cependant par le fait que les hommes sont traditionnellement obligés de passer tout le vendredi de la Maslenitsa avec leur belle-mère. La semaine s’achève sur un grand feu de joie… sur lequel certains ont pris un peu d’avance cette année.

Dans la région de Nijni-Novgorod, la police a en effet réussi, au cours de cette semaine, à mettre la main sur l’homme qui avait incendié quatre granges en décembre, et à le faire s’expliquer sur son geste. Celui-ci a déclaré qu’il souhaitait « simplement se détendre » – une réponse qui m’a à peine étonnée, tant elle revient souvent. Ont déjà donné la même par le passé : cet habitant d’Astrakhan qui avait enflammé la maison de sa voisine « pour passer le temps », cet autre de Volgograd qui avait mis le feu à la Lada de la sienne « pour voir une explosion », les amoureux de Kostroma qui souhaitaient « faire un selfie devant le feu » (une maison et trois voitures y sont passées), un homme à Tambov qui voulait avoir « le plaisir de regarder un beau gros feu », et j’en passe. Faut-il y voir un mensonge absurde traduisant du mépris pour les enquêteurs, ou s’agit-il réellement d’une indifférence face au réel poussée à l’extrême ? Toujours est-il que la police le prend généralement assez mal.

Un farceur en a d’ailleurs, lui aussi, fait les frais cette semaine : ayant commis un « délit administratif » (on ne saura pas vraiment de quoi il retourne) dans un commissariat, cet ancien policier est interrogé sur place et, sommé de décliner son identité, se présente sous le nom d’Andreï Larine. Il s’agit du héros de Flics (ou La Rue des lampadaires cassés), célèbre série russe lancée en 1998 et qui comptabilise actuellement seize saisons. Cette plaisanterie n’a pas été du goût des gardiens de la paix, qui l’ont tabassé, « avant, précise l’article, de suivre la procédure habituelle : rédiger un procès-verbal, photographier l’inculpé, puis le renvoyer chez lui », tout calmement. Dieu sait ce qui a pris à cet ancien fonctionnaire de venir ainsi jouer avec les nerfs de ceux qui ne sont plus ses collègues.

Il n’est pas le seul à jouer avec le feu (si j’ose dire) sur le terrain de sa profession d’antan : un ancien fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, toujours en contact avec des fonctionnaires locaux, vient de voir son système de pots-de-vin découvert. Du nom de Dmitri Zakhartchenko, notre homme avait trouvé habile de rogner son nom de famille pour en faire un prénom, et d’ouvrir un compte en banque au nom de « Zakhar le Rusé » (Захар Хитрый). Malheureusement pour lui, les enquêteurs se sont révélés plus rusés.

Finissons sur une note plus sympathique que ces histoires de feux et de corruption : c’est avec enthousiasme que la ville de Volgograd a annoncé l’ouverture du premier musée de Russie entièrement dédié à la… moutarde. Une belle occasion de sortir des sentiers battus lors d’un voyage touristique au pays des tsars !

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