Festival du film russe : des courts-métrages étonnants

Ce samedi 7 mars, à 11h00, le cinéma Max Linder Panorama présentera sept courts-métrages dans le cadre du Festival du film russe de Paris, en partenariat avec Le Courrier de Russie.

« L’objectif, chaque année, est de sélectionner, parmi les deux cents courts-métrages produits en Russie, les meilleurs, les plus aboutis, ceux à même de surprendre le spectateur par leur intention, leur écriture ou leur mise en scène », explique le producteur Nikolaï Iarochenko, programmateur de la matinée.

Dont acte. Les sept films présentés ce samedi étonnent par leur variété esthétique (comprenant, notamment, un film d’animation, Il ne peut pas vivre sans l’espace, et deux flirtant avec le fantastique, Noir sur blanc et L’anachronisme), ainsi que par la diversité des thèmes – l’éducation, la solitude, l’amour, la misère sociale, l’honneur, la famille – abordés avec un sérieux que l’humour (généralement noir) fait facilement craquer aux entournures.

Histoires de familles

Ils brossent aussi le portrait d’une série de personnages touchants, confrontés à l’égoïsme de leur entourage.

Voyez Sergueï (Noir sur blanc), le mineur auquel – aussi étrange que cela puisse sembler – la suie ne colle plus à la peau depuis qu’il a avoué à sa femme qu’il l’avait trompée. Un mineur blanc ! La honte de la compagnie ! Et sa femme qui, après cela, va se plaindre au directeur de la mine (son amant) que l’avancement de son mari soit menacé…

Noir sur blanc, d’Anton Mamykine. Photo : ruskino.ru

Ou le jeune professeur de lettres d’Un sujet complexe, adoré de tous – élèves, parents, enseignants – mais dont ces derniers n’hésitent pas à salir la réputation dès lors qu’il refuse de céder aux avances des uns et au chantage des autres. Lui qui a tant à faire avec ses propres démons…

Citons encore Mitchiè (Maman), qui enchaîne les petits boulots du matin au soir et se voit reprocher, en rentrant à la nuit tombée, par sa sœur qui la loge, un retard de loyer de vingt-quatre heures. Et puis il y a Artiom (Congé), que son ex-femme accuse de « ne servir à rien » même pas à son fils, s’il ne peut pas payer la pension alimentaire – lui qui vient de dépenser ses dernières économies dans les funérailles de son père.

L’État et les institutions apparaissent en décalage avec la réalité du pays.

Que les liens familiaux soient au cœur de l’intrigue, comme dans Il ne peut pas vivre sans l’espace (l’histoire d’une mère qui ne veut pas que son fils devienne cosmonaute comme son père, qui l’a quittée), ou simplement évoqués comme des causes parmi d’autres de la détresse des personnages, ils sont omniprésents dans ces films qui rappellent – à rebours du discours actuel des élites politiques et religieuses – qu’il ne suffit pas de décréter le caractère sacré des « valeurs familiales » pour en faire l’alpha et l’oméga d’une politique sociale.

Impuissance de l’État

Autre pan de l’existence mis en avant de manière frappante : le travail. Il peut être vocation (le futur cosmonaute né en scaphandre), moyen de subsistance, marqueur identitaire (la migrante obligée de courir les petits boulots)… À chaque fois, il est cause, sinon de malheur (le policier de La recrue est assassiné juste parce qu’il porte l’uniforme), du moins d’insatisfaction financière, de déception sentimentale et de malentendu. En ces temps de crises à répétition (morales, économiques), l’activité professionnelle, toute constitutive qu’elle soit de la personnalité de chacun, échoue à réaliser les aspirations des uns et des autres.

Et ce n’est pas l’État qui prendra le relais, tant il apparaît en décalage avec la réalité du pays. L’administration moscovite considère Mitchiè, originaire d’Extrême-Orient, comme une étrangère. Les chefs d’établissements scolaires sont dépassés par la fougue juvénile des élèves – qu’elle s’exprime par la violence ou le désir érotique.

L’Anachronisme, de Mikhaïl Mestetski. Photo : piligrim.fund

Quant à la police… L’agent de La recrue drague discrètement la maman du jeune Nikita. « Un gentil garçon », croit-il savoir, sans se douter une seconde de ses mauvaises fréquentations. Dans la salle de boxe où l’adolescent s’entraîne, un drapeau de la Russie est accroché au mur. Lorsque Nikita se voit confier un pistolet, il se place devant un miroir qu’il met en joug. Que vise-t-il, le reflet de son entraîneur ou celui du drapeau ?

Il y a encore l’armée. Dans Congé, la télévision relate à grand renfort d’images spectaculaires et de commentaires enthousiastes les opérations militaires de la Russie en Syrie. Artiom, divorcé, orphelin, suicidaire, demande alors un congé sans solde à son employeur. Il semble pourtant un peu âgé pour s’engager… D’ailleurs, pourquoi achète-t-il lui-même une tenue de camouflage au marché aux puces ? Il monte ensuite dans un autocar pour une destination inconnue : la Syrie (probablement pas pour soutenir les forces gouvernementales) ? le Donbass ?

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