Confinement vôtre

L’avantage d’avoir fait du Courrier de Russie un journal en ligne, c’est que vous n’avez pas besoin de sortir pour vous le procurer, et Dieu sait si, en ce moment, cette économie de déplacement est précieuse. Partout dans le monde, les sorties commencent à être comptées, justifiées, contrôlées, sanctionnées. À Moscou, le mausolée de Lénine a été officiellement fermé pour éviter les risques de contagion entre les visiteurs, ce qui a permis à certains journaux de titrer avec humour : « Lénine isolé du coronavirus », comme s’il s’agissait d’une mesure de protection prise pour lui. La plupart des événements rassemblant du monde ont été interdits… mais il en reste quelques-uns qui réussissent à passer entre les mailles du filet, et pas n’importe lesquels.

Ainsi, en Crimée, où des mesures de confinement ont été prises, les rassemblements publics, sportifs et autres ont été interdits. En revanche, un grand marché a été maintenu, et pas n’importe lequel : la foire aux cercueils de Simféropol. Bien que cet événement soit tristement d’actualité, ce n’est pas pour des raisons liées à l’épidémie qu’il a été épargné par les interdictions, mais parce qu’il est considéré comme un rassemblement « d’affaires ». Ceux-ci n’étant pas (encore) concernés par les restrictions, la grande foire aux cercueils pourra donc se tenir. Certains internautes russes ont d’ailleurs déjà fait de sombres traits d’esprit : « Achetez-en avant que les prix ne montent ! »

Les habitants de Saratov semblent, eux aussi, très préoccupés par la question puisque, dans un récent sondage en ligne, l’un d’eux a proposé de ne pas poursuivre la rénovation du cirque, qu’il propose de transformer en… crématorium. Le nombre de likes qu’il a reçus et le fait que la suggestion ait été relayée par les journaux lui donne sans doute un peu d’espoir de voir son projet réalisé un jour. Il est cependant permis de se demander où iraient les animaux, mais les habitants de Saratov leur trouveront sûrement une utilité : souvenez-vous, c’est dans cette ville qu’avait été faite une vidéo relayée l’an dernier par le Courrier de Russie, montrant un chameau qui tractait une Lada au milieu de la neige.

Le coronavirus nous poursuit, il en est partout question, y compris, on vient de le voir, dans mes chroniques. Je vais donc poursuivre ma revue de presse en vous offrant une échappée loin de ces préoccupations COVIDiennes. Partons du côté de Smolensk, où nous avons, cette semaine, un fait divers qui, s’il était publié sur Twitter, se verrait gratifié du hashtag #vraimentrusse. Les héros : quatre pêcheurs d’une quarantaine d’années. Leur objectif ? Pêcher. Leur méthode ? L’explosif. Pour ceux qui l’ignorent, la pêche à l’explosif est une pratique consistant, comme son nom l’indique, à provoquer une onde de choc dans l’eau au moyen d’une explosion : il ne reste plus ensuite qu’à ramasser les poissons qui remontent à la surface et sont déjà morts. Là où nos pêcheurs russes s’illustrent, c’est qu’ils ont tout simplement décidé de fabriquer leur explosif eux-mêmes : what could go wrong ? Vous devinez la suite : ils ont été victimes à la place des poissons. Transférés à l’hôpital, ils ne sont plus en danger : espérons que cela leur serve de leçon.

La presse locale continue, malgré la panique mondiale, à faire part des petits événements du quotidien, apportant un peu de légèreté dans l’avalanche assez oppressante des statistiques infectiologiques mondiales. Je vous offre donc un dernier sourire avec cette info :

Le gouverneur du district autonome juif (Extrême-Orient) se retrouve coincé dans l’ascenseur de l’hôpital pour enfants dont il était venu vérifier la bonne réparation.

Au moins, il est bien confiné…

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