Chagall à la Nouvelle-Jérusalem : Entre Ciel et Terre

Ce week-end s’achève l’exposition « Chagall : entre Ciel et Terre », organisée depuis novembre dernier au Musée de la Nouvelle-Jérusalem, dans la banlieue de Moscou. Deux mois après le vernissage, le musée avait déjà battu son record d’affluence avec plus de 50 000 visiteurs.

Situé dans l’enceinte du monastère de la Nouvelle-Jérusalem fondé en 1656 à Istra, le Musée de la Nouvelle-Jérusalem est le plus grand complexe d’exposition moderne de la région de Moscou. C’est dans ce lieu empreint de spiritualité qu’avaient élu domicile, pour quatre mois, 239 peintures, gravures, dessins, tapisseries, croquis et lithographies de Marc Chagall (1887-1985), issues de musées et de collections privées de Biélorussie, de Russie et de France, dont un certain nombre d’œuvres « bibliques » jamais montrées auparavant en Russie.

Le monastère de la Nouvelle-Jérusalem. Photo : vpoxod.ru

L’exposition est divisée en trois parties. La première, intitulée « Vie terrestre », présente des objets ménagers et religieux en lien avec l’enfance et la famille, évoquant notamment la vie des communautés juives d’Europe de l’Est, et des œuvres du premier quart du XXe siècle : La bague (1908), Ma mère (1914).

« Ces objets ont été prêtés par le Musée de l’histoire des Juifs de Russie. Ils étaient familiers à Chagall, que ce soit dans son enfance en Biélorussie ou plus tard, pendant ses études à Saint-Pétersbourg », explique la commissaire de l’exposition, Ekaterina Selezneva. Des artefacts également très présents dans les œuvres du peintre, dont les compositions oniriques mettent en scène des paysages et des éléments banaux pour les sublimer.

La deuxième partie de l’exposition, « Voyages et ponts », raconte le voyage que Chagall effectue en Palestine en 1931. « Dans ces rues étroites où courent les chèvres, où les Arabes se pressent et où les Juifs errent vers le Mur des lamentations, j’ai senti que le Christ avait marché sur ces pierres récemment », écrivait alors l’artiste. Impressionné par la nature locale, il peint des paysages, et de nouvelles couleurs – plus chaudes et lumineuses, moins vives que celles inspirées par la vie parisienne, qu’il a découverte dans les années 1910 – apparaissent dans sa palette. C’est à cette époque qu’il illustre des scènes de la Bible pour l’éditeur français Ambroise Vollard et qu’il peint Jérusalem. Le Mur des Lamentations (1931) et l’Exode d’Egypte (1931-1939).

Jérusalem. Le Mur des Lamentations (1931). Photo : thecity.m24

La troisième partie de l’exposition souligne encore l’importance du sujet religieux dans l’œuvre du peintre et propose un choix de lithographies et de gravures basées sur l’Ancien Testament, ainsi que des compositions de la seconde moitié du XXe siècle, comme David et Bethsabée (1956). Elle évoque son rêve de la Terre Sainte, sa quête de « sa Jérusalem à lui », présents dans tout au long de son œuvre. Dans son autobiographie parue en 1931, ne racontait-il pas qu’enfant déjà, le simple mot de « Jérusalem » prononcé par son père lui faisait verser des larmes ?

C’est là une des clefs suggérée par l’exposition de la Nouvelle-Jérusalem : « Les personnages des peintures de Chagall ont le don de savoir voler – de la manière la plus simple qui soit, comme des oiseaux ou des anges. Ils sont légers comme un amour heureux, suspendus en apesanteur comme un rêve, dirigés vers le ciel comme un ballon. Avec Chagall, l’amour aspire à d’autres mondes et fuit vers des villes – lointaines et proches », souligne Ekaterina Selezneva.

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