Larissa Sadilova : « La France occupe une place spéciale dans mon cœur »

Le 2 mars 2020, Il était une fois dans l’Est, écrit et réalisé par Larissa Sadilova, ouvrira la sixième édition du Festival du film russe de Paris – en partenariat avec Le Courrier de Russie. La réalisatrice revient sur cette histoire de deux voisins, Egor et Anna, qui vivent une relation adultère dans une ville où tout se sait…

Que vouliez-vous montrer aux spectateurs d’Il était une fois dans l’Est ?

Larissa Sadilova : En tournant ce film, mon objectif était de faire découvrir la vie simple des habitants de Troubtchevsk, une petite ville de quatorze mille âmes [située dans l’ouest de la Russie, et dont Larissa Sadilova est originaire, ndlr]. Pour moi, leur quotidien est semblable à celui de tous les Russes.

Nous avions initialement dans l’idée de réaliser trois courts-métrages, chacun consacré à une saison : l’automne, l’hiver, l’été. Mais nous avons finalement décidé de les réunir en un seul film. Le tournage a duré deux ans.

En 1999, vous avez reçu le grand prix du jury au Festival de films de femmes de Créteil pour votre premier long-métrage, Longue vie. Il s’agissait de votre tout premier festival. Depuis, vous avez été récompensée à de nombreuses reprises à l’étranger, et Il était une fois dans l’Est a été présenté à Honfleur et à Cannes l’an dernier. Comment le public français réagit-il à vos œuvres ?

L. S. : La France occupe une place spéciale dans mon cœur. J’ai l’impression que c’est le pays où je suis le mieux comprise. Je m’en rends compte lors des festivals, lorsque je discute avec le public après la diffusion des films. Les spectateurs français sont très importants pour moi. De manière générale, les Européens et les Américains saisissent les messages que j’essaye de faire passer dans mes œuvres : j’essaie de montrer des gens dont le destin touchera profondément le spectateur.

Qu’attendez-vous de cette sixième édition du Festival du film russe ?

L. S. : Elle marquera mon retour à Paris, où je n’étais plus allée depuis 2011. Je suis impatiente de voir ce qu’est devenue la ville, de m’y faire de nouvelles impressions pour de futurs projets, et, surtout, de revoir le public français.

« Ce n’est pas parce qu’un film bénéficie de financements importants qu’il sera bon. »

Quelles œuvres russes vous ont particulièrement intéressée ces dernières années ?

L. S. : Ayka, de Sergueï Dvortsevoï, m’a énormément plu par son professionnalisme [l’actrice Samal Esljamova, qui y incarne une jeune immigrée kazakhe accouchant à Moscou et abandonnant son bébé, a reçu le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 2018, ndlr]. On sent que c’est un film très travaillé. Parmi les films commerciaux, Texto, réalisé par Klim Chipenko [et adapté du roman éponyme de Dmitri Gloukhovski, sur un ancien détenu qui décide de se venger du policier qui l’a envoyé en prison, ndlr], est un bon film même si je n’ai pas aimé la fin tragique.

Si l’on remonte plus loin dans le temps, Nage libre, de Boris Khlebnikov (2006), et Kak Vitka Tchesnok vioz Liokhou Chtyria v dom invalidov (« Comment Vitka l’Ail conduisit Liokha le Boulon à l’hospice »), d’Alexandre Khant (2017), valent également le détour.

Est-il difficile de financer un film en Russie ?

L. S. : À la différence d’Il était une fois dans l’Est, qui avait bénéficié d’un financement privé, pour notre prochain projet, nous solliciterons l’aide de la fondation Kinoprime [créée en 2019, elle assure, grâce à des investisseurs privés, jusqu’à 50 % du budget des projets approuvés, ndlr] et du ministère de la Culture. Les deux modes de financement – public et privé – ont leurs spécificités et aucun n’est préférable à l’autre. Trouver de l’argent pour des films d’auteur est toujours difficile, même si l’État alloue des fonds considérables pour le cinéma.

Il était une fois dans l’Est, un film sur la vie simple des habitants de Troubtchevsk. Photo : kino-teatr.ru

De toute façon, ce n’est pas parce qu’un film bénéficie de financements importants qu’il sera bon. Ce dont l’industrie du cinéma manque le plus actuellement, c’est de nouvelles idées et de projets de qualité. Ce problème ne touche pas uniquement la Russie. Dans le monde entier, le niveau a baissé depuis les années 1980-1990, et je ne parle même pas des décennies 1960-1970.

Nous devons revenir au système de production de films tel qu’il était organisé en Union soviétique. À l’époque, les petits studios privés n’existaient pas et, à leur place, des associations artistiques étaient réunies auprès des grands studios. Tout était minutieusement pensé, de la préparation du scénario à la sortie en salle.

Je reste néanmoins optimiste. Comme le disait Tolstoï, « si chacun se perfectionne, le monde sera parfait ». Je m’applique à vivre selon ce principe et à créer des films qui, je l’espère, inciteront ne serait-ce qu’une personne à s’améliorer.

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