« Il était une fois dans l’Est » : éloge de la vie simple

Le 2 mars prochain, Il était une fois dans l’Est, écrit et réalisé par Larissa Sadilova, ouvrira la sixième édition du Festival du film russe de Paris – en partenariat avec Le Courrier de Russie. Ce film au rythme lent et aux dialogues rares offre un portrait réaliste et émouvant de la vie quotidienne des habitants des campagnes russes.

Troubtchevsk, petite ville de province située à six cents kilomètres au sud-ouest de Moscou. Anna (Kristina Schneider) et son amant (Egor Barinov), un chauffeur routier dont le nom n’est pas prononcé, vivent à quelques maisons l’un de l’autre. Régulièrement, pour se voir en cachette, ils prennent la route. Lui charge son camion à l’aide de sa femme Tamara (Maria Semionova), tandis qu’elle, prétextant la vente des gants qu’elle tricote, se rend avec son mari Iouri (Iouri Kisselev) à la gare routière du village, d’où elle prend le bus pour Moscou.

Au premier virage, Anna demande à descendre du bus et attend son amant. Ils livrent le chargement du camion et passent la nuit ensemble, tantôt à bord du véhicule, tantôt à l’hôtel. À chaque fois, ils s’arrêtent pour manger des pelmenis (des ravioles russes) dans le même petit restaurant routier.

Les saisons défilent, le schéma se répète sans que, dans cette Troubtchevsk où tout se sait, personne ne se doute de rien…

La vie simple des campagnes

Grâce à l’interprétation très juste de ses quatre acteurs principaux, Larissa Sadilova parvient à tisser une histoire complexe où se mêlent amour, loyauté, compromis et conventions sociales. Elle joue avec les attentes du spectateur, friand de transgressions au nom de l’amour, pour finalement tout ramener à l’ordre initial. Une des morales de l’histoire est d’ailleurs énoncée par une vieille grand-mère très émouvante, pour laquelle une femme doit rester fidèle à son foyer et tout accepter, car il ne se passera jamais rien de bon si elle s’en éloigne.

Anna (Kristina Schneider) et son amant (Egor Barinov ). Photo : wyme.ru

Cependant, le film ne se réduit pas à une histoire d’adultère. Il est ici avant tout question de circularité : celle du temps, des choses, des gens… L’été, puis l’hiver, puis l’été à nouveau. Les générations se côtoient et se succèdent. L’une des scènes finales, montrant un garçon offrant des fleurs à des jeunes filles, nous rappelle que l’histoire d’Anna n’est pas unique et recommencera. Rien ne change à Tchoubtchevsk. Dans un monde où tout se meut à grande vitesse, la vie des campagnes russes, loin des villes mondialisées, semble figée.

Il était une fois dans l’Est célèbre ces gens simples, isolés, dont les médias nationaux et internationaux ne se souviennent qu’en cas de catastrophes naturelles. La réalisatrice, elle-même originaire de Troubtchevsk, a d’ailleurs choisi ses interprètes parmi les habitants de la ville, dont la vitalité et le naturel « crèvent » l’écran. Larissa Sadilova confiait récemment au Courrier de Russie, qu’elle avait voulu « faire découvrir la vie simple des habitants de Troubtchevsk », semblable à celle de millions de Russes. Mission accomplie.

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