Moscou-régions : le fossé économique se creuse

Selon une opinion très répandue en Russie, toute la richesse du pays serait concentrée à Moscou. Le quotidien économique Kommersant explique les raisons de cette opulence.

Moscou abrite 8 % de la population russe (environ 12 millions d’habitants sur 144 millions) et pèse plus de 20 % du PIB du pays. En 2020, son budget atteindra la somme de 40 milliards d’euros, soit quatre fois plus que celui de la deuxième ville russe, Saint-Pétersbourg (9,7 milliards d’euros), et que la région de Moscou (8,9 milliards). Rapportées au nombre d’habitants, les recettes budgétaires y sont près de trois fois supérieures à celles des autres régions.

Centre économique du pays, la ville doit essentiellement sa richesse aux prélèvements obligatoires. L’impôt sur le revenu représente 38 % des recettes municipales, et celui sur les sociétés 35 %. Contrairement à une idée reçue, les géants du secteur primaire basés dans la capitale n’y sont pas les moteurs principaux de l’activité. Au contraire, l’économie moscovite est — de loin — la plus diversifiée de Russie. Le secteur des hydrocarbures ne représente qu’à peine 7 % des rentrées fiscales, auxquelles contribuent principalement le commerce (22 %) et la finance (17 %). Les services connaissent une croissance constante et soutenue, alimentée par le pouvoir d’achat relativement élevé des Moscovites, dont les revenus sont presque deux fois supérieurs à ceux du reste de la population : 1 174 euros en moyenne contre 672 euros par mois, selon l’agence fédéral de statistiques Rosstat.

Enfin, la capitale russe attire près de la moitié des investissements directs étrangers (IDE), venus d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie, et 14 % des investissements en capital fixe. 

Projets d’urbanisme

Plus que les recettes, les dépenses témoignent d’une déconnexion avec les réalités économiques de la province. Depuis 2010, le volume total des dépenses d’équipements (43 milliards d’euros en 2019) a plus que doublé à Moscou, alors qu’il est en hausse de seulement 15 % en moyenne dans les régions. À noter qu’il s’agit là essentiellement de contributions extrabudgétaires, encouragées par les fortes diminutions d’impôts consenties par la mairie pour les entreprises résidentes de technopôles ou porteuses de nouveaux projets.

Moscou, éternelle ville-champignon. Photo : Urbanlook.ru

La ville investit massivement dans l’urbanisme, comme en témoigne le plan pharaonique de rénovation du parc immobilier qui doit permettre de loger un million de personnes supplémentaires d’ici quinze ans, et dont la facture s’élève à 43 milliards d’euros. Le programme d’embellissement de la ville a engendré plus de 21 milliards d’euros de frais depuis 2011, soit autant que l’intégralité des projets d’urbanisme lancés en Russie sur la même période — une politique dont le maire Sergueï Sobianine estime malgré tout « qu’elle rapporte plus qu’elle ne coûte ».  Les objectifs sont clairs : donner un nouveau lustre à la capitale pour développer l’industrie du tourisme qui a généré l’an dernier 1,8 milliard d’euros de bénéfice pour 25 millions de visiteurs accueillis.

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