Cours de religion à la carte

À la fin de l’année 2019, le ministère russe de l’Éducation a entériné le nouveau programme du cours de religion. Après avoir voulu supprimer l’enseignement sélectif des différentes confessions, il a finalement fait marche arrière, à la demande de l’Église orthodoxe. Explications du journal RBC.

Depuis le 1er septembre 2012, le cours d’Initiation aux cultures religieuses et à la morale est obligatoire en CM1. Au programme : une initiation aux concepts tels que la justice, la conscience, l’empathie ou encore le patriotisme, et une présentation des grandes fêtes et notions religieuses.

Jusqu’à présent, les parents devaient choisir l’option suivie par leur progéniture : initiation à la morale, cultures religieuses du monde, orthodoxie, islam, bouddhisme ou judaïsme. En septembre dernier, le ministère de l’Éducation a proposé de réduire le choix à l’initiation aux cultures religieuses des peuples de Russie et à la morale, supprimant l’enseignement séparé des différentes confessions. Le patriarcat de Moscou s’est immédiatement opposé à ce projet, affirmant que ces cours avaient fait leurs preuves, et que les supprimer « nuirait à la fois aux citoyens, à l’État et à l’Église ».

« Notre pays est multiethnique, et chacun doit connaître les traditions et la culture de ses voisins. »

À la fin du mois de novembre, le ministère a rédigé une nouvelle version du projet en tenant compte de cet avis ainsi que de la proposition du patriarche Cyrille d’introduire un cours de culture russe à l’école. Finalement, seule l’option « religions du monde » a changé, devenant « initiation aux cultures religieuses des peuples de Russie ». Le texte entrera en vigueur à la rentrée 2021.

Le cheval de bataille de l’Église

Depuis 2012, l’Église orthodoxe demande régulièrement au ministère de l’Éducation d’ajouter des heures de religion (une par semaine actuellement) à l’emploi du temps des CM1, et d’intégrer cet enseignement aux autres classes (dès le CP dans certaines maquettes éducatives). « Nous devons développer l’enseignement de la culture confessionnelle afin de lutter contre les terroristes qui scandent des slogans religieux et recrutent des jeunes en leur affirmant qu’ils exécuteront ainsi la volonté de Dieu », se justifiait le métropolite Hilarion en 2017.

« Un cours donné une heure par semaine pendant un an ne permet pas de transmettre des connaissances suffisantes, ajoutait le patriarche Cyrille en novembre 2018. Actuellement, l’initiation aux cultures religieuses ne remplit pas son rôle. » Si le ministère de l’Éducation n’est pas opposé au renforcement de cette matière – lui-même évoquait l’idée, en 2014, de le rendre obligatoire du CE1 à la seconde –, rien n’a encore été concrétisé. Au début de 2018, la ministre de l’Éducation, Olga Vassilieva, affirmait que la réflexion se poursuivait.

Initiation aux cultures religieuses et à la morale dans une école d’Izloutchinsk, dans l’Oural. Photo : ugraeparhia.ru

« Nous continuons à mener ce dialogue avec le ministère, commente le hiéromoine Guennadi Boïtichko, directeur du département de l’enseignement paroissial au sein de l’Église orthodoxe. J’espère que ce projet ne restera pas lettre morte. »

« Un cours pour unir tous les Russes »

Si le maintien de l’enseignement séparé des différentes religions réjouit l’Église orthodoxe, des représentants d’autres confessions auraient préféré que le cours se limite à une initiation générale sensibilisant les élèves aux grandes questions morales, les faisant découvrir les textes sacrés, les calendriers et les fêtes des différentes religions présentes en Russie.

« Ce cours doit unir tous les Russes et aborder toutes les confessions, estime Rouchan Abbiassov, vice-président du Conseil des muftis de Russie. Notre pays est multiethnique, et chacun doit connaître les traditions et la culture de ses voisins. Si je veux que mes enfants découvrent l’islam, je peux le leur enseigner moi-même ou les inscrire dans une école musulmane. »

Iouri Kanner, président du Congrès juif de Russie, abonde dans son sens. « Chez nous, la religion est séparée de l’État, explique-t-il. Si un parent veut que ses enfants s’initient à la culture judaïque, rien ne l’en empêche. » D’après lui, le cours de religion doit enseigner aux enfants les points communs et les différences existant entre les différentes religions, pas les plonger dans l’étude exclusive de l’une ou de l’autre.

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