Les séniors russes retournent à l’école

La Fondation des retraités russes tire la sonnette d’alarme : seuls 43 % des hommes et 37 % des femmes travaillent encore cinq ans avant l’âge de la retraite. Dans un contexte de vieillissement de la population, les autorités ont répondu par un programme de formation des séniors, détaillé par le quotidien Rossiïskaïa Gazeta.

Bénéficier d’une remise à niveau lorsqu’on sort d’une longue expérience professionnelle est plus rare en Russie qu’en Europe. Maxime Topiline, le ministre du Travail, a décidé de s’attaquer sérieusement au problème du sous-emploi des séniors en créant des stages de formation gratuits à destination des plus de cinquante-cinq ans. Objectif :  familiariser ces derniers aux nouvelles technologies et leur permettre de développer leurs compétences, voire de se réorienter vers d’autres métiers, afin de rester compétitifs sur un marché du travail en constante évolution.

Parallèlement, les entreprises investissant dans la formation continue de leurs cadres bénéficient d’avantages fiscaux, a fait savoir le ministère de l’Économie.

En 2019, 86 000 préretraités ont commencé une formation, pour 98 700 contrats d’apprentissage signés, soit deux fois plus qu’attendu. Instauré cette année dans le cadre du programme fédéral pour les personnes âgées et du projet national Démographie, ce dispositif est ouvert à tous les Russes à moins de cinq ans de l’âge légal du départ à la retraite — soixante-cinq ans pour les hommes, soixante ans pour les femmes. Il pourrait être élargi à une plus large part de la population à partir de 2020.

L’informatique est le secteur le plus demandé par les stagiaires de tous horizons.

« Les chômeurs connus des services d’aide à l’emploi sont bien sûr admissibles, indique Maxime Topiline. Quant aux employés, ils peuvent postuler par le biais de leur entreprise, qui recevra des compensations financières pour leur absence pendant la formation. »

Coopération internationale

Pour orienter les séniors et animer les stages, la Russie a fait appel à l’organisation internationale WorldSkills. « Nous sommes présents dans plus de 600 centres de formation – universités, lycées techniques et professionnels – répartis sur la quasi-totalité du territoire russe », indique Svetlana Kraïtchinskaïa, directrice de la filiale russe.

Depuis le mois de mars, des milliers de Russes se sont rendus dans les agences WorldSkills, d’où ils sont redirigés, soit vers une formation proposée par l’organisation, soit vers un établissement d’enseignement supérieur. Quelque 25 000 participants devraient commencer un stage d’ici à la fin de l’année.

Des apprentis très appliqués. Photo : macos.livejournal

Le programme est particulièrement prisé dans les régions de Belgorod, de Kostroma, de Kirov, au Kamtchatka, en Mordovie, au Tatarstan ou encore en Crimée. En Tchouvachie, le nombre de participants a atteint le triple des objectifs annuels.

Ce succès encourage certains responsables à revoir à la hausse les ambitions du programme. « Il faudrait abaisser à cinquante ans l’âge minimal. Nous avons reçu de nombreuses demandes de personnes qui ont encore une dizaine d’années à travailler et qui souhaitent d’ores et déjà faire évoluer leur carrière », témoigne Mme Kraïtchinskaïa.

De plus en plus présente dans les entreprises, l’informatique est le secteur le plus demandé par les stagiaires de tous horizons : des électriciens (programmation modulaire), des garagistes (diagnostic des pannes depuis l’ordinateur de bord des véhicules), des enseignants (présentations, création de pages web, outils pédagogiques numériques), et même des informaticiens professionnels, formés dans les années 1980 ou 1990 et dont le métier est en constant bouleversement.

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