Dance Inversion : la danse contemporaine dans tous ses états

Organisé à Moscou depuis 1999, le festival de danse contemporaine Dance Inversion accueille des artistes de tous les continents sur les plus grandes scènes de la capitale russe – le Bolchoï, le théâtre musical Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko, le théâtre des Nations, l’opéra Hélikon. Retour sur sa vingtième édition, qui s’est déroulée du 10 septembre au 3 novembre derniers.

L’idée de Dance Inversion trouve son origine dans le succès rencontré par les festivals occidentaux de danse contemporaine organisés à Moscou dans les années 1990. « C’était des événements cloisonnés : d’un côté, la danse contemporaine européenne, et de l’autre, la danse moderne américaine, explique Irina Tchernomourova, directrice des projets spéciaux du Bolchoï. Nous avons décidé de les réunir et d’élargir l’horizon. »

Universalisme oriental

L’édition 2019 de Dance Inversion s’est ainsi ouverte sur une interprétation chinoise du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, un mélange fantasque de codes culturels : des adorations bouddhiques au lieu des rites païens, des jonques flottant sur une rivière au lieu des rondes printanières, des airs tibétains émaillant la partition du compositeur russe, et des costumes superbes, créés par l’artiste hong-kongais Timmy Yip…

Le Sacre du Printemps, une chorégraphie de Yang Lipin. Photo : bolshoi.ru

« Le sens universel de l’œuvre est alimenté par la diversité des éléments culturels, qui renouvellent et dynamisent la chorégraphie », souligne Irina Tchernomourova. Elle souligne que, depuis une dizaine d’années, partout dans le monde, de plus en plus de chorégraphes s’inspirent des codes orientaux, tel le Britannique d’origine bangladaise Akram Khan, présent à Moscou. « Il a démarré sa carrière avec la danse indienne avant de se diriger vers la danse européenne », rappelle-t-elle.

La troupe d’Akram Khan a présenté le spectacle Outwitting the Devil (« Plus malin que le diable ») sur la scène du théâtre Stanislavski et Nemirovitch-Dantchenko. Dévoilée au festival d’Avignon en juillet dernier, la création est inspirée d’un épisode de l’Épopée de Gilgamesh, une des plus anciennes œuvres de l’humanité, créée en Mésopotamie il y a plus de 3 000 ans. Le chorégraphe reprend notamment le passage décrit dans une tablette découverte en Irak en 2011 : le roi Gilgamesh et son compère Enkidu sont frappés d’admiration devant la magnificence de la Forêt des Cèdres et affrontent son gardien, le démon Humbaba.

Outwitting the Devil, Akram Khan. Photo : bolshoi.ru

Renouveler la danse

Autre spectacle marquant et également présenté cet été à Avignon, Autobiography, mis en scène par le chorégraphe britannique Wayne McGregor. Figure majeure de la danse contemporaine, McGregor a collaboré avec l’opéra de Paris, la Scala de Milan, le New York City Ballet, l’American Ballet Theatre et l’Australian Ballet, et a réalisé les chorégraphies du film Harry Potter et la Coupe de feu.

Les vingt-trois scènes d’Autobiography représentent les vingt-trois paires de chromosomes du génome du chorégraphe, séquencé par les généticiens issus de cinq instituts internationaux, dont l’Institut européen de bio-informatique. « Étymologiquement, le mot autobiographie désigne le fait d’écrire sa propre vie. Cet acte d’écriture s’accomplit à chaque instant, tant dans la danse, qu’au niveau cellulaire. McGregor voulait montrer comment, dans ce monde, tout est à la fois fortuit et organisé », commente Jessica Wright, assistante du chorégraphe et metteuse en scène.

« La plus grande phobie d’une personne ambitieuse est de danser toujours de la même façon. Elle a besoin de sentir en permanence qu’elle s’améliore, qu’elle avance », souligne Makhar Vaziev, directeur artistique du Bolchoï, à propos de l’approche créative de McGregor et de sa troupe.

Autobiography, par Wayne McGregor. Photo : bolshoi.ru

Présenté sur la nouvelle scène du Bolchoï, Autobiography et son langage scénique complexe ont réussi à faire salle comble, au moment où la scène historique du théâtre moscovite accueillait le Noureïev de Kirill Serebrennikov. « Le premier objectif de Dance Inversion est de montrer aux spectateurs une danse différente du ballet classique », explique Irina Tchernomourova. Une mission manifestement accomplie.

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