Vladivostok, capitale culturelle d’Extrême-Orient

Capitale du district fédéral de l’Extrême-Orient depuis 2018, Vladivostok est en train de devenir un centre culturel international, aux portes de la Chine, à plus de 6 500 kilomètres de Moscou.

Fermée aux étrangers et aux touristes entre 1952 et 1992, Vladivostok a longtemps été considérée comme une ville militaire grise, un port humide, venteux et dangereux. Dans les années 1990, elle devient la plaque tournante de l’importation de voitures japonaises, débarquées sur de gigantesques porte-conteneurs. Ce commerce entraîne des embouteillages monstres dans le centre-ville, et la criminalité monte en flèche. Si la criminalité s’est aujourd’hui considérablement résorbée, les bouchons, eux, sont toujours là : la ville est en plein développement.

Le 31 décembre 2023, elle ajoutera une corde à son arc en accueillant un des quatre principaux clusters culturels du pays. Les trois autres ouvriront leurs portes à Sébastopol (Crimée), Kemerovo (Sibérie) et Kaliningrad. 

Le Centre culturel et éducatif de Vladivostok abritera ainsi des filiales de l’Ermitage, du Musée russe (Saint-Pétersbourg), de la galerie Tretiakov, du Musée d’art oriental (Moscou) et de l’Académie moscovite de chorégraphie, ainsi qu’une salle d’exposition de la galerie d’art du Primorié. 

Le Mariinsky extrême-oriental 

Vladivostok a toutefois déjà amplement de quoi ravir les amateurs d’art, avec son théâtre Gorki, ouvert il y a quatre-vingt-cinq ans, son théâtre de la Jeunesse, son théâtre de marionnettes, sa Philharmonie (quatre festivals et 390 concerts annuels), ou encore le musée d’État Arseniev ; sans oublier l’ancien théâtre du Primorié, devenu la scène locale du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, inaugurée en 2016. 

« En 2014, le théâtre du Primorié comptait trente-quatre danseurs de ballet, contre quatre-vingt-dix aujourd’hui, se réjouit Eldar Aliev, maître de ballet en chef de ce Mariinsky d’Extrême-Orient. La troupe de 2014 n’a rien de comparable avec celle de 2019. » Vladivostok forme aujourd’hui ses propres danseurs dans la filiale locale de l’Académie de ballet Vaganova. 

La direction du théâtre est aux petits soins avec ses artistes, qui ne veulent plus quitter Vladivostok.

« Notre troupe est relativement jeune, commente Larissa Diadkova, mezzo-soprano du Mariinsky pétersbourgeois et directrice artistique de l’opéra du Primorié. Nous enrichissons progressivement notre répertoire tout en formant des artistes. » 

Le Mariinsky de Vladivostok fait venir de jeunes artistes des quatre coins du pays, tels le ténor bouriate Merguen Sandanov et la soprano pétersbourgeoise Elizaveta Senatorova. « C’est une place en or. J’avais le choix entre travailler dans un petit théâtre de Saint-Pétersbourg et venir ici ; je n’ai pas hésité un seul instant », commente la jeune femme.

À la surprise d’Eldar Aliev, la majorité des artistes ne veulent plus quitter Vladivostok. Il faut dire que la direction du Mariinsky est aux petits soins pour eux : loyer pris en charge, facilités bancaires pour les prêts immobiliers, un médecin ORL local spécialement formé à Saint-Pétersbourg pour s’occuper de la troupe – avec un équipement flambant neuf, qui a coûté trois millions de roubles (plus de 42 000 euros).

Le futur Centre culturel et éducatif de Vladivostok. Crédit : Asymptote Architecture

Selon Alexandra Titova, directrice par intérim du Mariinsky du Primorié, le théâtre ouvre ses portes presque chaque soir et tous les spectacles font un tabac. Ils rassemblent jusqu’à 205 000 spectacteurs chaque année, dont un quart de touristes étrangers. À l’affiche des prochains jours : Don Quichotte, La Belle au Bois dormant, Le Corsaire (ballets), La Flûte enchantée, Macbeth, La Traviata, Eugène Onéguine (opéras)… 

« Une porte sur le Pacifique »

Côté peinture, la direction de la galerie d’art du Primorié attend avec impatience l’inauguration de son nouvel espace d’exposition au sein du futur Centre culturel et éducatif de Vladivostok. Il lui permettra notamment de présenter des œuvres issues de sa réserve, où sont conservés plus de 95 % de ses collections. 

La directrice de la galerie, Aliona Datsenko, a d’ores et déjà réussi à mettre en place des collaborations avec l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et la galerie Tretiakov de Moscou, ainsi qu’avec des musées étrangers. Les visiteurs se pressent actuellement devant La Vierge de la loggia de Botticelli, prêtée par la galerie des Offices de Florence. 

« Vladivostok nous permet de nous ouvrir sur les pays, cultures et civilisations du Pacifique, ainsi que sur l’avenir, commente Eike Schmidt, directeur de l’établissement florentin. Cette ville est en train de devenir un centre d’échanges culturels variés et je suis persuadé que le partenariat autour du Botticelli n’est que le premier d’une longue série. » 

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