Les vingt ans du festival Nachestvié : Du rock la tête dans les étoiles

Le plus grand festival de rock russe, Nachestvié [« Invasion »], célèbre, du 18 au 21 juillet, son vingtième anniversaire. Cette année encore, plus de deux cent mille personnes sont attendues en rase campagne pour faire la fête.

« Ce qui distingue Nachestvié des autres festivals russes, c’est son impressionnante longévité et sa notoriété gagnée au fil des années. En Russie, presque tout le monde a entendu parler de l’événement, souligne fièrement Evguenia Kisseleva, directrice générale de Multimedia Holding, dont fait partie Naché Radio [« Notre radio »], organisatrice du festival. L’engouement est tel que, dès le feu d’artifice de clôture, de nombreux participants se ruent sur la billetterie afin de réserver leurs places pour la prochaine édition… »

« Le festival grandit et mûrit, comme un être humain : sa vision du monde et son apparence changent. Nous sommes ravis de cette évolution positive, commente Anastasia Rogojnikova, directrice des programmes de Naché Radio. Le nombre de festivaliers augmente, lui aussi : ceux présents lors de la première édition, en 1999, viennent désormais avec leurs enfants. Nachestvié, c’est plus qu’un festival, c’est une grande tradition familiale. »

Le groupe de ska-rock Leningrad se produira ce jeudi pour la dernière fois après vingt-deux ans d’existence.

À l’exception de la première édition, organisée en hiver dans une salle de concert moscovite, le festival a désormais lieu en été et en plein air. Depuis 2009, le « Woodstock russe » s’est installé à Bolchoïé Zavidovo, un village situé à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Moscou, où affluent chaque année quelque deux cent mille visiteurs des quatre coins de la Russie et des anciennes républiques soviétiques. Sur scène, les groupes russophones plus ou moins connus se succèdent : des légendes du rock soviétique – comme Aquarium, Piknik ou Machina Vremeni – à de jeunes artistes pour lesquels l’événement peut constituer un véritable tremplin. Tous se produisent gratuitement, certains préparent même des setlists spéciales pour l’occasion. En 2011, le groupe DDT avait par exemple joué son nouvel album, Inatché, en avant-première, et Machina Vremeni y a célébré son quarante-cinquième anniversaire en 2014. Autre événement mémorable : la reformation du mythique groupe Nautilus Pompilius pour une performance unique lors de l’édition 2004.

Max Pokrovski sur la scène en 2018. Crédit : worldpics

Cette année, si l’affiche est notamment partagée par Bi-2, Moumi Troll et DDT, tous les regards seront tournés vers le concert du groupe de ska-rock Leningrad, qui a annoncé récemment sa dissolution : ce sera sa dernière apparition après vingt-deux ans d’existence.

Space, love & rock’n’roll

Depuis 2004, outre des performances musicales, Nachestvié propose différents divertissements. Conférences, master classes, films, représentations théâtrales, activités sportives, expositions, bibliothèque, animations pour les enfants… le festival semble avoir songé à tout pour attirer le plus large public possible. Un Bureau d’enregistrement des mariages (ZAGS) est même prévu pour les amoureux souhaitant convoler dans une ambiance à la fois rock et champêtre.

Grande nouveauté cette année : les organisateurs ont invité l’agence spatiale russe Roscosmos à participer à l’événement, mettant ainsi un terme à cinq ans de partenariat avec l’armée. L’an dernier, la présence d’engins militaires avait entraîné le refus de plusieurs groupes de s’y produire. Cette polémique ne serait toutefois pas à l’origine du changement de partenaire du festival. « La zone dédiée aux véhicules du ministère de la Défense a toujours connu un énorme succès mais il était temps d’apporter de la nouveauté », affirme Anastasia Rogojnikova.

« Le cosmonaute émérite John Lennon disait que le rock, c’est la paix, l’amour, la liberté. Pas la guerre ! »

Quoi qu’il en soit, l’arrivée de Roscosmos – qui vaut au festival un nouveau slogan : « Nachestvié s’envole dans l’espace ! » – est vue d’un bon œil par les musiciens. « Je suis ravi, commente Alexeï Kortnev, leader du groupe Nestchastny Sloutchaï. Je me suis toujours opposé à la collaboration entre Nachestvié et le ministère de la Défense, car je suis convaincu que rock’n’roll et canons sont incompatibles. Bien sûr, Roscosmos est une organisation fortement militarisée, mais ses activités ont quelque chose de romantique. L’espace, la lune, les étoiles… c’est plus ça, l’esprit rock ! »

Iouri Chevtchouk, chanteur du groupe DDT, va jusqu’à comparer les rockeurs à des cosmonautes : « Boris Grebenchtchikov [cofondateur et leader du groupe Aquarium depuis 1972, ndlr] est un précurseur, c’est notre Iouri Gagarine ! Le rock n’est pas une musique militariste, mais une réflexion sur la vie. Contempler les étoiles, s’interroger sur l’espace, sur la possibilité d’une vie sur Mars, sur notre place dans l’univers… On est en plein dans la philosophie. Le cosmonaute émérite John Lennon disait que le rock, c’est la paix, l’amour, la liberté. Pas la guerre ! »

Grâce à ce nouveau partenariat, les festivaliers pourront notamment s’entretenir avec des cosmonautes de la Station spatiale internationale et assister, en direct et sur grand écran, au lancement d’une fusée Soyouz depuis Baïkonour (Kazakhstan).

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