Cinq choses que vous ignoriez sur Dostoïevski

Nous continuons notre série de l’été « Cinq choses que vous ignoriez sur… » avec l’un des Russes les plus connus en France : Fiodor Dostoïevski. Cet immense écrivain, auteur des Frères Karamazov, de Crime et châtiment, de L’Idiot et de bien d’autres œuvres encore, est également considéré comme un philosophe. Voici quelques détails insolites pour donner corps à cet être de si haute volée…

Son nom signifie « le digne don de Dieu ». Le prénom Fiodor est la version slave du nom grec devenu en français Théodore, c’est-à-dire dire « don de Dieu ». L’adjectif est à chercher, lui, dans son nom de famille : Dostoïevski est formé sur l’adjectif russe « dostoïny », signifiant « digne ». Dostoïevski lui-même aimait d’ailleurs beaucoup l’onomastique, et ses personnages ont souvent des prénoms et noms révélateurs : l’éblouissante Aglaé de L’Idiot est dotée d’un prénom grec signifiant « rayonnante de beauté », le mauvais Rogogine a un nom de famille formé sur le nom « roga », « les cornes » (du diable !), et le père des trois frères Karamazov porte le même prénom que l’auteur : Fiodor…

Dostoïevski détestait la France. Lors de son séjour en Europe occidentale en 1862, il décrivit de manière acerbe les habitants de Paris, dans des lettres lapidaires envoyées à son ami et éditeur Nicolas Strakhov. « Les Français sont un peuple à vous donner la nausée », écrit-il par exemple, avant de préciser sa pensée : « le Français est faux et l’argent est tout pour lui ». Et il n’était même pas possible à nos compatriotes de se rattraper, puisque notre auteur mettait ainsi en garde : « ne lui demandez pas même de réfléchir ». Autre chose ? Ah oui : « le niveau d’instruction est faible à l’extrême »… Heureusement, l’écrivain précise qu’il ne s’ennuie pas trop car il y a de belles choses à voir. Ouf !

La première fois que Dostoïevski a été troublé par une jeune fille, il est tombé dans les pommes. Extrêmement nerveux, il eut avec les femmes des relations compliquées : son mariage raté avec une jeune veuve qui mourut précocement fut suivi d’une passion à l’issue douloureuse avec l’étudiante Apollinaria Souslova. Finalement, Dostoïevski tomba sous le charme d’Anna Snitkina, la sténographe qu’il avait engagée pour rendre à temps le manuscrit du Joueur, et lui soumit le « projet de roman » suivant : un vieil écrivain tombe amoureux de sa jeune sténographe, mais n’ose se déclarer de peur d’être repoussé… qu’en pensait Anna ? Beaucoup de bien, visiblement : elle se jeta à son cou en promettant de l’aimer toute sa vie.

Dostoïevski a perdu au jeu son alliance, celle de sa femme, et son dernier pantalon. Nous avons évoqué le Joueur au paragraphe précédent : ce roman emprunte beaucoup au caractère de son auteur, qui fut longtemps dévoré par la passion du jeu. Un jour que sa femme lui avait envoyé de l’argent, qu’il avait promis de ne pas jouer, il joua encore et perdit tout : ce fut le coup de grâce. Lui écrivant piteusement le lendemain pour redemander des fonds, il promit de ne plus jamais jouer et de réussir uniquement à la sueur de son front ! Et c’est ce qu’il fit : du jour au lendemain, il ne toucha plus à un seul jeu d’argent.

Un jour, Dostoïevski a fait un discours tellement génial que le public s’est jeté sur lui en hurlant et qu’un étudiant, étouffé par l’émotion, est tombé dans les pommes à ses pieds. Il s’agit du Discours sur Pouchkine, prononcé en 1880. Dostoïevski y exprime sa conception du rôle messianique de la Russie dans la réconciliation des peuples. Tourgueniev, qui devait parler après lui, l’a longuement serré dans ses bras, tandis que nombre de femmes coururent acheter des fleurs pour les lui offrir. Il avait cependant l’habitude de ces effusions : le directeur de la revue qui devait publier son premier roman, Les Pauvres Gens, ayant lu celui-ci d’une traite, vint sonner chez lui en pleurant à quatre heures du matin !

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