Alexandre Kantorow : Le tsar français du piano

À 22 ans seulement, Alexandre Kantorow est le premier Français à remporter le Premier Prix de piano du Concours international de musique Tchaïkovski – l’un des plus prestigieux du monde – qui s’est déroulé du 17 au 27 juin, à Moscou. Revue de presse.

« Je ne m’attendais pas à gagner, parce que, dès la deuxième épreuve, je me suis senti comme déconnecté. Je n’avais plus du tout le sentiment de participer à une compétition. J’ai vécu des moments de musique fabuleux. Ces salles, cet héritage… je pense que le concours a réveillé énormément de choses en moi. Je suis très heureux. J’espérais donner le meilleur, bien entendu, mais ce Premier Prix… c’est une merveilleuse surprise ! », a déclaré le lauréat à l’agence TASS.

Les Izvestia sont revenues sur la performance d’Alexandre Kantorow, « qui manquait un peu de confiance en lui lors de ses premiers solos, mais a gagné en assurance au fil de la compétition. Pour l’épreuve finale, avec orchestre, il nous a offert, avec toute la fougue de sa jeunesse, un choix royal : Concert pour piano n° 2 de Tchaïkovski et Concert pour piano n° 2 de Brahms. » Le journal salue une victoire « éclatante et méritée ».

« Le public russe est plus honnête. »

L’agence de presse Rosbalt insiste, pour sa part, sur les racines russes du jeune pianiste, qui ne parle pas la langue mais « admire profondément la musique et la culture du pays. » Des origines également soulignées par les sites pétersbourgeois Fontanka.ru et Interessant.ru, qui rappellent que le jeune homme est le fils d’un autre musicien français de renom, le violoniste et chef d’orchestre Jean-Jacques Kantorow, né à Cannes d’un couple d’émigrés russes. Les grands-parents juifs du pianiste avaient quitté la Russie peu après la révolution de 1917 pour rejoindre en France les représentants de l’émigration blanche, précise, de son côté, Jewish.ru.

Le quotidien Rossiïskaïa gazeta, proche du pouvoir, évoque la formation du pianiste au sein de la prestigieuse École normale de musique de Paris, ses débuts de concertiste au festival La Folle Journée – à Nantes et à Varsovie – et les multiples concerts donnés sur les plus grandes scènes du monde. Il note également que M. Kantorow a fait ses classes auprès de la pianiste franco-russe Rena Cherechevskaïa, dont un autre protégé français, le pianiste Lucas Debargue, s’était classé quatrième au précédent concours Tchaïkovski, en 2015. Ainsi, conclut Rossiïskaïa gazeta, la victoire d’Alexandre Kantorow résonne comme un hommage aux talents pédagogiques de Rena Cherechevskaïa.

Alexandre Kantorow au concours international de musique Tchaïkovski à Moscou. Crédit : jeanpierrerousseaublog

Enfin, dans une interview à la revue spécialisée en ligne ClassicalMusicNews.ru, le lauréat évoque notamment la différence entre les spectateurs russes et français : « Le public russe est plus honnête. En France, la tradition prime : là-bas, vous jouez, le concert se termine, tout le monde applaudit, point. Mais ici, dans la salle, les gens expriment leurs émotions. Vous sentez ce qu’ils ressentent et ce qu’ils pensent de vous. Si le concert leur a plu, ils applaudissent à tout rompre, chaleureusement. Sinon, ils y mettent moins de cœur. J’apprécie beaucoup cette franchise. »

À propos de son désir de participer au Concours Tchaïkovski, le jeune Français confie : « Le jour où j’ai décidé de me présenter, j’ai commencé à me préparer comme un fou. Je crois que je désirais me frotter à cet événement, à ce concours incroyable baptisé en l’honneur d’un immense compositeur. C’était très important pour moi de jouer sur cette scène et d’écouter les autres. »

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