Trump, un partenaire commode pour Moscou

Le 18 juin, lors d’un rassemblement à Orlando, en Floride, Donald Trump donnera le coup d’envoi officiel de la campagne électorale en vue de sa réélection. À Moscou, on n’a rien contre l’idée d’un second mandat du président américain…

Le 29 mai dernier, le procureur spécial américain Robert Mueller a remis son rapport dans l’enquête sur l’affaire du « Russiagate ». S’il évoque « des signes » d’une ingérence russe dans la présidentielle de 2016, il admet en tout cas n’avoir trouvé « aucun élément prouvant une quelconque collusion entre Moscou et l’équipe de Donald Trump ». Dès lors, ce dernier s’estime innocenté.

La nouvelle est accueillie favorablement en Russie. Le Kremlin, en particulier, paraît se réjouir d’une possible réélection de Donald Trump, l’entourage du président Poutine considérant l’actuel hôte de la Maison-Blanche comme un partenaire « commode ». « Donald Trump est, à l’heure actuelle, le favori absolu de la présidentielle de 2020. Et sa victoire ne serait probablement pas la pire des nouvelles pour l’avenir des relations entre la Russie et les États-Unis  », estime Mikhaïl Taratouta, politologue spécialiste des États-Unis.

En un peu plus de deux ans, l’occupant de la Maison-Blanche est parvenu à se brouiller avec tous ses partenaires, notamment ceux de l’Union européenne.

Cette affirmation peut sembler paradoxale : depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, aucun dirigeant américain n’a décidé autant de sanctions contre la Russie. Chaque nouveau sommet entre les deux chefs d’État – de Hambourg à Helsinki – n’a fait qu’accroître les tensions dans les relations bilatérales. À Moscou, c’est même devenu un sujet de plaisanterie à l’approche de chaque nouvelle rencontre : pourvu que Poutine et Trump évitent les tête-à-tête…

« Economy, stupid ! »

À l’exception, peut-être, de Richard Nixon, dont tous s’accordent à dire qu’il fut le plus clairvoyant des présidents américains, ceux-ci n’ont jamais particulièrement brillé par leurs choix de politique étrangère. En la matière, le businessman Donald Trump, s’est révélé aussi incompétent que l’on pouvait s’y attendre… En un peu plus de deux ans, l’occupant de la Maison-Blanche est parvenu à se brouiller avec tous ses partenaires, notamment ceux de l’Union européenne ; à déclarer à la Chine une « guerre commerciale » qui consterne et inquiète le monde entier ; à réduire quasiment à néant, à force d’initiatives anti-migratoires excessives, toutes les alliances historiques des États-Unis avec ses voisins d’Amérique latine. Comme si cela ne suffisait pas, Washington joue actuellement un jeu dangereux avec les ayatollahs iraniens, tout en s’obstinant à poursuivre avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un un processus de négociations manifestement stérile.

Rencontre entre Xi Jinping et Donald Trump à Pekin en novembre 2017. Crédit : Izvestia

Dans le même temps, Donald Trump engrange les succès, notamment économiques, sur le plan intérieur. « Economy, stupid ! » (« L’économie, idiot ! »), lançait James Carville, fameux soutien de Bill Clinton, pour expliquer à son adversaire malheureux, George Bush senior, la victoire de son champion à la présidentielle américaine de 1992. Certes, M. Trump est littéralement haï par toute une partie du peuple américain, notamment dans les États les plus progressistes (Californie, nord-est) ; certes, il fait l’objet d’attaques féroces dans les grands médias, ainsi qu’à la Chambre des représentants, passée sous le contrôle des démocrates en novembre dernier.

À Moscou, on donne Trump gagnant à 90 % en cas de duel final contre Biden.

Et pourtant, le milliardaire a réalisé ce qu’au fond les Américains attendaient. « En allégeant les impôts sur les entreprises, il a donné un puissant coup d’accélérateur à l’économie américaine. Résultat, la croissance annuelle est stable et supérieure à 3 %, et le chômage a reculé jusqu’à un minimum historique de 3,6 %. Les Américains constatent une hausse certaine de leurs revenus. La création d’emplois a redonné vie à des régions jusque-là sinistrées », analyse Mikhaïl Taratouta.

Joe Biden aux côtés de Barack Obama à la Maison-Blanche en janvier 2016. Crédit : Va.se

Face à ces réussites, l’autre camp fait aujourd’hui pâle figure. La plupart des observateurs russes ne voient pas dans l’ancien vice-président démocrate Joe Biden un concurrent sérieux dans la course à la Maison-Blanche. De fait, à Moscou, on donne Trump gagnant à 90 % en cas de duel final contre ce dernier.

Bon gestionnaire des affaires domestiques, le président sortant se trouve donc en position de force pour conserver son poste jusqu’en 2024. Une bonne nouvelle pour une Russie dont le pouvoir s’est, à l’inverse, détourné des affaires intérieures pour satisfaire ses ambitions internationales croissantes.

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