L’état inquiétant du complexe militaro-industriel

Le samedi 1er juin aux alentours de midi, trois explosions ont retenti dans l’usine de manufacture, d’essai et d’élimination d’explosifs Kristall de Dzerjinsk, à 350 kilomètres au sud-est de Moscou.

Aucun mort n’est à déplorer parmi les 260 000 habitants de l’ancienne ville ouvrière, mais 116 personnes ont été blessées et l’une d’elles se trouve dans un état grave. Les dégâts matériels sont importants : l’onde de choc a brisé plus de 1 200 fenêtres, endommageant plusieurs centaines de bâtiments, et l’incendie s’est propagé sur 1 200 mètres carrés.

L’état d’urgence a aussitôt été déclaré dans la ville ainsi que dans trois villages environnants, même si aucune « nouvelle explosion » n’est à prévoir, selon le bureau régional de Rospotrebnadzor, le service fédéral de la protection des consommateurs. Dès samedi, ce dernier excluait également tout risque de contamination chimique.

Tout sauf une exception

Ce n’est pas le premier accident que connaît l’usine Kristall. Le 4 avril dernier, une explosion avait entièrement détruit un bâtiment (sans faire de blessés). L’enquête avait ensuite révélé 35 violations des règles de sécurité. Étaient notamment mises en cause l’absence de portes coupe-feu et de sorties de secours à certains étages, ainsi que la présence de panneaux en bois le long des itinéraires d’urgence…

« Les entreprises du complexe militaro-industriel souffrent de problèmes structurels et organisationnels anciens, qui n’ont jamais été résolus. »

Un délai de quatre mois – jusqu’au 26 août – avait été accordé à la direction de l’usine pour mettre les installations aux normes, sans que ses activités soient suspendues. Une enquête pour « violation des règles de sécurité » a été ouverte à la suite de la triple explosion de samedi.

Vladimir Poutine, de son côté, a demandé un contrôle des procédures consécutives à l’enquête d’avril. « Il faut étudier précisément les mesures qui ont été prises en urgence. Quoi qu’il ait été décidé, cela a abouti à une catastrophe… », a déclaré le président russe, mardi 4 juin.

Face à l’offensive du Kremlin, l’usine Kristall cherche déjà à se protéger : selon son porte-parole, son directeur général avait été remercié la veille de l’accident en raison de « violations systématiques des règles de sécurité ».

Les secours s’organisent à Dzerjinsk, le 1er juin. Crédit : pravda.nn

Les déboires de l’usine Kristall n’ont rien d’exceptionnel. Le 31 août 2018, une mine avait explosé dans l’usine d’explosifs et de munitions Sverdlov, située à 400 kilomètres à l’est de Moscou. Six personnes avaient trouvé la mort dans l’accident. L’enquête avait établi de nombreux manquements aux normes de sécurité.

« Les entreprises du complexe militaro-industriel souffrent de problèmes structurels et organisationnels anciens, qui n’ont jamais été résolus. Les conséquences se comptent aujourd’hui en vies humaines », conclut Ilya Sergueïev, journaliste au quotidien Rossiskaïa gazeta.

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