Forum économique de Saint-Pétersbourg Les investisseurs aiment le calme

Les affaires aiment la discrétion, le calme et la sérénité. Les bons entrepreneurs le savent : le commerce s’épanouit uniquement quand le temps est au beau. Si un pays veut attirer des investisseurs, il doit émettre des signaux positifs : à tous les niveaux de l’État, le climat politique doit être favorable et sûr, sans avis de tempête, en dépit d’éventuelles pressions extérieures.

Depuis le début de la crise ukrainienne, il y a cinq ans, la Russie fait l’expérience d’une périlleuse navigation entre tensions internationales et nécessités économiques intérieures. Quoi qu’en pensent les apôtres de la production nationale, les sanctions occidentales ne favorisent en rien l’activité du pays. En 2018, selon la Banque centrale russe, les investissements étrangers ont battu, à la baisse, un record vieux de dix ans, chutant à 8,8 milliards de dollars, soit trois fois moins qu’un an auparavant (28,6 milliards). La fuite des capitaux a atteint 23,1 milliards de dollars, le pire résultat depuis 2014.

La raison en est simple : les sanctions ont durement frappé l’image de la Russie, dont le marché a clairement perdu en attractivité. Pour inverser la tendance, les investisseurs attendent plus que jamais des témoignages forts de la bienveillance de Moscou à leur égard. Et le Kremlin en est conscient. Toutefois, les déclarations de bonnes intentions ne suffisent pas.

Lors du Forum international d’investissement de Sotchi, en février dernier, le Premier ministre, Dmitri Medvedev, a ainsi rappelé aux investisseurs étrangers que son pays les accueillait les bras ouverts… quelques heures avant l’arrestation de l’homme d’affaires français Philippe Delpal et de plusieurs de ses associés, dont l’Américain Michael Calvey, présent en Russie depuis près de vingt-cinq ans.

L’incarcération des principaux dirigeants du fonds d’investissement Baring Vostok – pour un litige d’ordre commercial – a produit l’effet d’une bombe sur la communauté d’affaires étrangère installée en Russie. Fait sans précédent, elle a également suscité l’incompréhension des cercles économiques russes et de certains hauts fonctionnaires, qui se sont empressés de laisser entendre au Kremlin que la ligne rouge était en passe d’être franchie.

Le message semble avoir été reçu. Nul, au sommet de l’État, n’a tenté de justifier la sévérité des mesures prises à l’encontre de MM. Calvey et Delpal. De son côté, Vladimir Poutine a entrepris plusieurs démarches visant clairement à apaiser les tensions à quelques semaines du Forum économique de Saint-Pétersbourg. Il s’est rendu à l’inauguration de la première usine Mercedes-Benz de Russie, ouverte dans la région de Moscou, et a reçu, au Kremlin, les représentants des grandes entreprises britanniques et françaises (ces derniers, pour la troisième fois en quatre ans !). À cette occasion, le président russe a esquissé un geste de confiance fort, en évoquant la possibilité d’une égalité des conditions de participation aux appels d’offres publiques, pour les entreprises russes et étrangères.

Bref, le temps semble s’éclaircir. Espérons que la tendance à l’embellie se maintiendra.

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