Collectionneurs étranges de Russie

J’ai parlé récemment, dans un article sur les jeux étonnants ou morbides des enfants russes, de ce petit garçon qui collectionnait les annonces nécrologiques pour en faire des tickets de rationnement et jouer à l’épicerie ; il s’en est fallu de peu que je n’embraye, alors, sur d’autres collectionneurs loufoques parmi ses compatriotes, car il y en a… Je vais donc pouvoir le faire cette semaine.

Il existe dans l’histoire russe quelques collectionneurs célèbres : Tretiakov, bien sûr, qui a donné son nom à la célèbre galerie de Moscou, mais aussi, dans un autre genre, l’empereur Pierre Ier, dit Pierre le Grand. Sa « Kunstkamera », ou cabinet de curiosités, qu’il ouvrit au public en 1719, est considérée comme le premier musée russe. Elle recelait nombre d’objets étranges et une grande variété de spécimens anatomiques anormaux, tels que des animaux à deux têtes ou cinq pattes. L’un des objectifs de cette macabre exposition était de chasser par l’intérêt scientifique de ces anomalies les superstitions populaires que le tsar avait en horreur. Lui-même, s’estimant suffisamment versé en médecine dentaire, n’hésitait pas à arracher les dents de ses amis avec une brutalité légendaire – lesdites dents étant ensuite exposées à la Kunstkamera.

Certains « spécimens » de son cabinet de curiosités étaient des êtres vivants, nés difformes, qui y vivaient et étaient entretenus par le Trésor. Dans ce domaine, toutefois, Pierre Ier fut surpassé par sa nièce, Anna Ivanovna, qui régna de 1730 à 1740. Celle-ci avait carrément une cour de nains et de « monstres », qui l’accompagnait partout et vivait dans le Palais pour être en mesure de la divertir à tout moment. Elle organisa un jour, par amusement, un mariage grotesque entre une de ses naines et le prince Golitsyne, avant de les forcer à passer leur nuit de noces dans un palais entièrement fait de glace.

Les collections macabres sont souvent le signe d’un esprit particulier, mais celui-ci peut être précisément recherché pour son excentricité sans limites. Au début du cinéma russe, le réalisateur Khanjonkov, à la recherche de collaborateurs originaux pour l’aider dans sa course au sensationnel cinématographique, s’en fut ainsi dénicher en Pologne un certain Starevitch. Cet homme collectionnait les insectes morts, il en avait des quantités, naturalisés et triés. Starevitch déménagea en Russie, où il fit des films d’animation dont les acteurs étaient ses petits cadavres à huit pattes et plus, mettant en scène des vaudevilles et autres histoires amusantes. L’un de ses films, La Revanche du caméraman, est disponible sur YouTube.

Qu’en est-il des collectionneurs russes d’aujourd’hui ? Lors de la dernière présidentielle, un habitant d’Orenbourg a été arrêté parce qu’il volait des bulletins de vote, dont il faisait collection. Mais le collectionneur russe le plus célèbre dans sa loufoquerie est indéniablement Youri Babine, qui collectionne les… kopecks. Son appartement, rempli de piécettes, évoque la piscine de Picsou : le sol est un tapis de pièces, recouvert de sacs de pièces, sur les rebords de fenêtres se trouvent des bouteilles de pièces… Et Babine accueille ses visiteurs dans un costume fait de kopeks. Voyez plutôt :

Crédit : Ria Novosti

Et vous, quelle est votre collection insolite ?

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