Quand la traduction précède l’édition originale

Quand la traduction précède l’édition originale

Il est de coutume, pour les traducteurs, de découvrir un texte en langue étrangère, de s’en enthousiasmer et de le traduire. C’est le circuit normal. Mais il arrive – rarement – que le cours des choses s’inverse. C’est le cas de Nastia, d’Andreï Alexandrov.

À la fin de 2017, les éditions L’Inventaire / Nouveaux Angles en découvrent le manuscrit russe et décident aussitôt de le publier en français. Le livre paraît en février 2018, suscitant ce commentaire du Monde des Livres1 :

« Un destin individuel, certes, mais aussi une époque, un air du temps s’y reflètent comme dans une goutte d’eau. Éphémère et fragile. Un texte aussi délicat que les pastels – de l’auteur – qui l’illustrent. »

Retrouver le pays de l’enfance

Dans un village russe comme un autre, des enfants – l’auteur et son frère – passent leurs vacances avec Nastia, leur nounou, le personnage qui donne son titre au récit.

Il y a la beauté de la nature de la Russie centrale, la luge et le ski l’hiver, l’étang, les promenades, les jeux simples… Ici un cheval, là un chat ou un chien. Des isbas. Une ambiance très tchékhovienne, à ceci près que nous sommes en URSS dans les années 1960-1970.

Nastia relève de trois genres littéraires et artistiques, tout en restant inclassable. Il s’agit tout d’abord, dans le texte et les pastels qui l’accompagnent, d’esquisses d’une vie rurale qui semble d’autant plus suspendue dans le temps qu’elle n’existe plus aujourd’hui : les villageois sont morts ou ont gagné les villes, les maisons sont en ruine. Le village de Troïaka évoqué ici est à présent moribond et le mode de vie paysan qui, jusqu’aux années Khrouchtchev, avait survécu par une sorte de miracle à toutes les guerres, révolutions et autres collectivisations, à toutes les famines et destructions, est en très bonne voie de disparition.

Nastia est ensuite un livre de mémoire. Mémoire d’une enfance déjà lointaine. Mémoire d’un lieu englouti, telle une Atlantide, avec les êtres qui le peuplaient. Andreï Alexandrov a gardé le souvenir de chaque maison, de chaque personne, ressuscitées tant dans le texte que dans les illustrations.

Enfin, Nastia est un portrait magnifique, comme on n’en trouve que dans la littérature russe classique : un portrait de nounou – une tradition depuis Pouchkine –, femme irremplaçable, à la beauté simple et pure.

Retour en Russie, depuis la France

L’édition française de Nastia a servi de déclencheur en Russie, où l’on ne s’intéressait guère à ce texte jusqu’à présent : les éditions Tsentr Knigui Rudomino ont décidé de publier le texte original, en reprenant le format et la maquette du livre français. La version russe est présentée au Salon du Livre de Paris 2019, le dimanche 17 mars, à 13 h 30, avec sa jumelle française (stand de la Russie, J 132).

1 Elena Balzamo, Le Monde des Livres, 16 mars 2018.

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