Louer une voiture, garder le volant

L’autopartage se développe à Moscou, comme dans toutes les grandes villes du continent. Un des leaders du secteur, Belkacar, déplore un phénomène lui aussi en expansion : les vols de pièces détachées.

« Je m’installe sur le siège du conducteur, j’attache ma ceinture et là… pas de volant ! » Sergueï, Moscovite de 32 ans, retient un fou rire en racontant sa mésaventure. Les vols sont en effet nombreux dans les voitures en libre service de la capitale russe. En 2018, Belkacar, troisième entreprise du marché derrière Delimobil et Yandex.Drive, a ainsi déploré la disparition de 18 000 litres de liquide lave-vitres et de 2 000 balais à neige. Sans compter les roues, les tapis de sol et les autoradios. Outre ces accessoires accessibles, faciles à emporter et aisément remplaçables, les vols concernent des éléments indispensables et plus volumineux : des batteries (146 vols déclarés par Belkacar l’année dernière), des sièges passagers (14) et une banquette arrière !

Un phénomène marginal

« Certains tentent même de voler les voitures afin de les revendre à l’étranger, ajoute Alexeï Skorik, du service de presse de Belkacar, interrogé par le journal Metro. Un jour, un de nos véhicules a soudain disparu de nos écrans de contrôle dans la région de Moscou. Deux jours plus tard, il a été repéré près de Rostov, à mille kilomètres de là : la plaque d’immatriculation avait été changée, tous les logos de notre entreprise avaient été retirés, et un gigantesque autocollant Tous à Berlin ! [un élément récurrent du tuning à la russe, une référence nostalgique à la prise de la capitale allemande par l’Armée Rouge en 1945] barrait le pare-brise arrière. La voiture a finalement été interceptée par la police à la frontière abkhaze, dans le Caucase. »

Les vols – de véhicules et d’accessoires – restent toutefois marginaux. Si l’entreprise Yandex.Drive confirme l’existence du phénomène (sans communiquer sur son ampleur), Delimobil met en doute les chiffres avancés par son concurrent. « Les voitures sont équipées de capteurs et de caméras, rappelle une représentante du leader sectoriel, Aliona Balakireva. Il est donc difficile de voler quoi que ce soit de volumineux ou de précieux sans se faire repérer. » Le porte-parole de Belkacar fait toutefois remarquer que l’absence d’un accessoire même secondaire constitue une dégradation et une perte de valeur pour le véhicule. L’entreprise n’a pas déclaré le montant total des dégâts constatés en 2018.

De janvier à septembre 2018, les Moscovites auraient réalisé deux fois plus de trajets en autopartage (12 millions) que sur les douze mois de l’année précédente. Selon JPMorgan, la ville de Moscou vise le chiffre d’une voiture pour 500 habitants (soit 25 000 véhicules) d’ici quelques années.

De manière générale, les sociétés d’autopartage comptent sur les clients pour leur signaler les dégradations. « Chaque utilisateur doit contrôler l’état du véhicule qu’il s’apprête à louer avant de démarrer. Si quelque chose manque, il doit le signaler. Une amende est alors infligée au précédent conducteur, qui est a priori coupable de la dégradation : la vérification est obligatoire », rappelle le directeur général de l’entreprise Carrousel, Ivan Serebrennikov, cité par Kommersant. L’entrepreneur reconnaît toutefois que l’écrasante majorité des clients ne contrôlent pas l’état de leur véhicule avant chaque trajet.

Une voiture de Belkacar victime du phénomène à Moscou. Crédit : Twitter

La faute en revient, peut-être, aux entreprises elles-mêmes, pas forcément plus consciencieuses que leurs clients. « Je monte souvent dans des voitures dont le réservoir est censé être à moitié plein. C’est en tout cas ce qu’affiche l’application mobile. En réalité, une fois le moteur allumé, la jauge est dans le rouge. Je le signale à chaque fois au service client, et on me répond : Merci. C’est tout. Le problème est toujours aussi fréquent », déplore Daniil, 25 ans, utilisateur régulier des services d’autopartage.

Un secteur en expansion

Les quelques désagréments rencontrés par les utilisateurs ne freinent pas, pour l’instant, la dynamique de l’autopartage à Moscou. Ce service connaît en effet un développement exponentiel depuis plusieurs années. Selon un rapport du cabinet américain JPMorgan, paru à l’automne 2018 et cité par RBC, le parc automobile partagé de Moscou compterait un véhicule pour 1 082 habitants. De janvier à septembre 2018, les Moscovites auraient réalisé deux fois plus de trajets (12 millions) grâce à ce système que sur les douze mois de l’année précédente. Selon JPMorgan, la ville de Moscou vise le chiffre d’une voiture pour 500 habitants (soit 25 000 véhicules) d’ici à quelques années. La capitale russe bénéficiera alors d’une couverture comparable à celle que connaissent des villes comme Toronto (une voiture pour 498 habitants), Madrid (une pour 500) ou New York (une pour 525).

Cela signifiera, certes, un nombre plus important de vols qu’actuellement, mais cela obligera surtout les entreprises du secteur à ouvrir des services d’objets trouvés. Chez Delimobil, on souligne ainsi que plus de vingt objets personnels sont oubliés chaque jour dans les voitures. Ce sont généralement des gants, des bonnets ou des lunettes, mais certains y laissent parfois leur téléphone, leur tablette numérique ou leur porte-documents. Des trottinettes ont aussi été découvertes l’été dernier. Et plusieurs paires de chaussures.

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