Classement Forbes : les entreprises françaises parmi les plus grands investisseurs étrangers en Russie

Sept sociétés françaises figurent dans la dernière édition du classement des cinquante plus grands investisseurs étrangers en Russie, établi chaque année par la revue Forbes Russia. Tour d’horizon.

L’Hexagone domine le classement grâce à Auchan. Les deuxième et troisième marches du podium reviennent à deux producteurs de tabac : Japan Tobacco International et Philip Morris International. La France réapparaît au septième rang avec Leroy Merlin, qui appartient au même groupe qu’Auchan (Mulliez). Viennent ensuite Renault (17e) et Danone (19e). L’Oréal et Sanofi se classent respectivement en 42e et 44e positions.

Outre les entreprises déjà mentionnées, le top 10 inclut le japonais Toyota Motor, les allemands Volkswagen et Metro Cash & Carry, ainsi que le britannique British American Tobacco, l’américain PepsiCo et le suédois IKEA.

La France se place troisième au nombre de sociétés présentes dans le classement. Elle est devancée par les États-Unis, qui placent neuf de leurs entreprises, et par l’Allemagne, qui en compte huit.

Les constructeurs automobiles enregistrent la meilleure progression du chiffre d’affaires.

Ce classement comporte uniquement des entreprises dont le capital est détenu à plus de 50 % par des étrangers, et a été établi en fonction de leur chiffre d’affaires de 2017. Il n’inclut pas les établissements financiers (banques, sociétés d’assurance, de leasing, d’investissement, de gestion, etc.).

Les constructeurs automobiles, qui enregistrent la meilleure progression de leur chiffre d’affaires (CA), constituent la majorité des entreprises présentes dans le classement (treize sur cinquante). On retrouve ensuite les entreprises agroalimentaires (huit) et les chaînes de magasins (six).

La filiale russe du suédois Volvo affiche une hausse de 115 % de son CA, soit près de quatre fois celle du groupe Volvo dans le monde. La croissance du coréen KIA s’élève à 36 %, et celle de Renault à 33 %.

Le groupe Volkswagen et le danois Carlsberg enregistrent les résultats les plus décevants avec tous deux un CA en baisse de 18 %. Ils sont suivis par l’américain Coca-Cola (-15 %). Au total, quinze entreprises du classement ont réalisé moins de bénéfices qu’en 2016.

La société la plus dépendante du marché russe est le finlandais Nokia Tyres. Ses recettes perçues en Russie représentent 46 % de ses ventes globales. Viennent ensuite Japan Tobacco International (26 %) et le producteur d’énergie finlandais Fortum (21 %).

Leader depuis trois ans

C’est la troisième année consécutive qu’Auchan arrive en tête de ce top 50. À la fin de l’année 2017, l’entreprise comptait 62 hypermarchés et 248 magasins en Russie. À titre de comparaison, 119 hypermarchés et 425 magasins Auchan sont présents en France. Le CA de la filiale russe de l’entreprise s’élève à 356 milliards de roubles (près de 5 milliards d’euros) en 2017.

En 2017, les investissements étrangers en Russie représentaient 27,9 milliards de roubles (environ 360 millions d’euros), soit 14,5 % de moins qu’en 2016, selon la Banque centrale de Russie.

D’après Maria Kournossova, porte-parole d’Auchan, la prospérité de l’entreprise sur le marché russe s’explique par son arrivée opportune dans le pays, en 2002 : « C’était l’âge d’or du retail russe : un large assortiment de produits était disponible, les gens avaient plus d’argent et ils le dépensaient facilement », se souvient Mme Kournossova.

Le groupe français a traversé la crise de 2008 sans essuyer de pertes élevées grâce à la mise en place de diverses stratégies, par exemple l’introduction d’articles à moins de 100 roubles (1,30 euro). L’année 2010 a été marquée par la stabilisation du marché russe et par le rétablissement de la demande. Deux ans plus tard, la Russie est entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ce qui a automatiquement entraîné une baisse des taxes à l’importation et une stabilisation du marché des devises. L’activité des entreprises étrangères s’en est trouvée facilitée. De manière générale, la conjoncture économique est devenue plus prévisible et plus stable. En 2012, le président du groupe Auchan, Vianney Mulliez, estimait que l’entrée de la Russie à l’OMC contribuerait «  à moyen terme, au développement économique du pays ».

De gauche à droite : le directeur général du centre commercial ENKA, Murat Duran, le directeur général d'Auchan Retail Russia, François Remy, et le président de l'Association des entreprises du commerce de détail (AKORT) Sergueï Beliakov, lors de l'ouverture d'un nouveau concept de magasin Auchan. 10 Octobre 2018. Crédits : TASS
De gauche à droite : le directeur général du centre commercial ENKA, Murat Duran, le directeur général d’Auchan Retail Russia, François Remy, et le président de l’Association des entreprises du commerce de détail (AKORT) Sergueï Beliakov, lors de l’ouverture d’un nouveau concept de magasin Auchan. 10 Octobre 2018. Crédits : TASS

En dépit des sanctions

L’année 2014 a toutefois apporté son lot de difficultés : la crise ukrainienne a pris le relai de la crise économique, prenant par surprise tous les acteurs du marché russe. La Russie s’est heurtée à des obstacles majeurs sur les marchés étrangers, notamment après l’introduction de sanctions contre elle. À la suite des contre-sanctions russes, mises en place à l’été 2014 sur décision du Kremlin, les importations de produits agroalimentaires depuis l’Union européenne ont été interdites, avec pour conséquence la disparition de nombreuses marchandises des rayons d’Auchan et d’autres chaînes de supermarchés, notamment Metro.

En dépit de ces différents freins aux échanges économiques, en 2017, le CA global des entreprises étrangères installées en Russie a atteint 5 700 milliards de roubles (75,2 milliards d’euros), soit une hausse de 3,3 % par rapport à 2016.

Par ailleurs, les sanctions se sont accompagnées d’une baisse du nombre de nouvelles usines en Russie et du volume des investissements directs étrangers. En 2017, selon la Banque centrale de Russie, ces derniers représentaient 27,9 milliards de roubles (environ 360 millions d’euros), soit 14,5 % de moins qu’un an plus tôt. En ce qui concerne les États-Unis, en pointe dans l’instauration de sanctions contre Moscou, le département du Trésor américain annonce une réduction de 80 % des investissements du pays à destination de la Russie depuis 2013.

Toutefois, selon Forbes, dans un avenir proche, les grandes entreprises internationales pourraient commencer à dégeler les capitaux destinés au développement de leurs activités en Russie. Selon la dernière étude menée par l’Union russe des industriels et des entrepreneurs (RSPP) et par l’agence de communication FleishmanHillard Vanguard, 33 % des investisseurs étrangers ont observé une amélioration du climat des affaires en Russie en 2017, contre 23 % en 2016 et 6 % en 2015. Par ailleurs, les sondés donnent une note de 4,7/7 aux infrastructures russes, un record absolu.

Autre évolution intéressante : en 2014, parmi les principaux problèmes entravant le développement de l’entrepreneuriat en Russie, 82 % des sondés évoquaient l’incertitude politique. Ils n’étaient déjà plus que 29 % en 2016, et seulement 14 % en 2017.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *