Forum 2018 du club Valdaï : Un exercice convenu et un Vladimir Poutine moins concerné

Comme chaque année, depuis 2003, Vladimir Poutine a participé à la séance plénière du forum annuel du club Valdaï, qui se déroulait du 15 au 18 octobre à Sotchi. Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, revient pour Le Courrier de Russie sur les enjeux de ce rendez-vous où se côtoient des experts, venus du monde entier, pour discuter du rôle et de la place de la Russie dans le monde.

LCDR : Ce sommet était-il différend des autres ?

Arnaud Dubien : Le club Valdaï existe depuis quinze ans. C’est un exercice auquel le président russe est habitué et qui a quelque chose de convenu. Il ne fallait pas s’attendre à de grandes révélations, et il n’y a pas eu de surprises.

Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe.

La seule petite nouveauté tenait à la forme prise par les débats. Cette année, il n’y a pas eu de discours liminaire du président russe, qui s’est directement prêté à la séance de questions-réponses. En outre, contrairement aux autres années, Vladimir Poutine était seul sur scène avec le journaliste Fiodor Loukianov.

« Vladimir Poutine a rappelé que la Russie considérait l’arme nucléaire comme une arme de dissuasion, qui n’a pas vocation à être utilisée pour des frappes préventives. »

LCDR : Quels ont été les points importants soulevés par le président russe ?

A. D. : Sur le fond, Vladimir Poutine n’a fait aucune déclaration. Bien sûr, comme souvent, il a distillé quelques « petites phrases » qui seront reprises par la presse. Notamment lorsqu’il a affirmé qu’en cas d’attaque nucléaire, « les Russes mourront en martyrs et iront au Paradis ». Cette déclaration est sans doute à rapprocher de la décision américaine de sortir du Traité sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (FNI), signé en 1987 par Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan.

LCDR : C’est aussi une manière de rappeler les principes de la doctrine nucléaire russe…

A. D. : Vladimir Poutine n’a rien dit que nous ne sachions déjà. Il a rappelé, en s’adressant plutôt à l’opinion publique qu’aux spécialistes du sujet, que la Russie – à l’instar de la France, d’ailleurs – considérait l’arme nucléaire comme une arme de dissuasion, qui n’a pas vocation à être utilisée pour des frappes préventives.

Son avis sur le dossier ukrainien était plus intéressant. Le président de la Fédération a souligné qu’avec la meilleure volonté du monde, il était impensable d’instaurer un dialogue sérieux et efficace avec Kiev avant la fin du cycle électoral en cours. L’élection présidentielle ukrainienne étant prévue pour mars prochain, et les élections législatives pour novembre 2019, aucune véritable évolution diplomatique n’est, selon lui, à attendre avant un an.

« Il semble que la Russie ne soit pas prête à faire des concession sur la question des îles Kouriles. »

LCDR : Vladimir Poutine s’est également exprimé sur l’évolution de la relation russo-japonaise…

A. D. : Il a rappelé qu’en septembre dernier, il avait proposé au Japon un traité de paix [les deux pays n’en ont pas signé à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, ndlr] sans règlement préalable de la question de l’archipel des Kouriles, dont les quatre îles méridionales sont toujours revendiquées par Tokyo. Si le dossier n’a pas avancé depuis, les deux pays maintiennent le dialogue. Toutefois, il semble que la Russie ne soit pas prête à faire de concessions, contrairement aux efforts qu’elle avait consentis, en 2010, afin de régler le litige territorial qui l’opposait à la Norvège en mer de Barents.

LCDR : À quoi attribuez-vous l’absence d’annonces de la part de Vladimir Poutine ?

A. D. : Depuis quelques années, le club Valdaï évolue d’un format de rencontres informelles entre spécialistes internationaux vers un rassemblement plus cadré, où la presse et les caméras ont toute leur place. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que les débats soient convenus.

En outre, cette année, Vladimir Poutine s’est vu soumettre plusieurs questions intéressant surtout les Russes, par exemple sur les soins palliatifs. Cet exercice ressemblait plus à une opération de communication destinée à l’opinion de Russie.

Enfin, Vladimir Poutine semblait un peu blasé, moins concerné que les années précédentes. L’évolution du format n’y est peut-être pas étrangère.

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